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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le PARADIS - Garonmana et Vaikuntha (mythes indo-européens)

Le paradis

Un lieu paradisiaque, à l'écart du monde terrestre, où vivent les dieux, est un concept typiquement indo-européen, pré-datant de beaucoup l'apparition du paradis monothéiste ou la notion de Jérusalem céleste. En témoigne l'Edda :

À l’extrémité méridionale du monde est un palais magnifique appelé Gimle et plus resplendissant que le soleil ; il survivra à la destruction du ciel et de la terre. Les justes l’habiteront pendant toute l’éternité.

Le Voyage de Gylfe, 17.

Il existe deux traditions : l'une d'elles place la demeure des dieux au sommet d'une montagne (souvent l'axe du monde), l’autre sur une île inaccessible et lointaine, située dans les terres chaudes et sans saison.

Le pays de l'éternel été, « Summerland », est propre aux traditions slave et celte. Dans l'épopée irlandaise préchrétienne Echtrae Condi, Manannan, le dieu de la mer...

vient d'un pays qui n'est que vérité, où n'existe ni le grand âge, ni la déchéance, pas plus que la tristesse, l'envie, la jalousie, la haine ou l'arrogance.

Le paradis

védique

Svarga

hindou

Saket Loka (Rama), Goloka (Krishna)

roumain

Macarele (île des ascètes saints)

grec

Prés d'Asphodel (âmes ordinaires) - Île des Bienheureux - Champs Élysées (soldats) - Limbes (enfants)

romain

Champs de Mars (pour les braves morts au combat)

celte

Sidh « la paix »

celte gallois

Annwn, Sindh

arthurien

Île d'Avalon

scandinave

Asgard – Gimle (la cité post-Ragnarok)

slave

Le monde chaud où vont les oiseaux en été - Sverga

égyptien*

Champs d'Aaru et Duat

sumérien*

Kur

abrahamique*

Jardin d’Éden

 

 

La demeure des dieux

védique

Indrapura - Dévaloka

hindoue

Brahmapoura (Brahma et les dévas) – Kailash (Shiva) – Vaikunda (Vishnou, Krishna) – Sripura (Shakti)

mazdéenne

Garonmana

kailasha

D'e Lu - Tirich Mir (fées)

géorgienne

Zeskneli

roumaine

Le palais au sommet de la montagne

(mythe de Ler-empereur)

grecque

Le Mont Olympe

romaine

La colline du Capitole (Mont Saturnien) - les cieux

bretonne

Île d'Avalon

irlandaise

Sidh

scandinave

Asgard et le palais de Valhala

slave

Île de Bouïan – Ir, cité céleste

 

Le Garonmana

Dans la tradition mazdéenne, une fois le dernier souffle expiré, l'âme du défunt reste trois jours et trois nuits auprès de son corps, puis elle s'en va en enfer ou au paradis, cela dépend de la somme des actions justes ou mauvaises. C'est une sorte de fantôme féminin qui représente la nature d'une existence. Si la vie fut vertueuse, l'apparition sera belle et parfumée, sinon elle sera laide et effrayante.

« Alors que se levait la troisième aube, l'âme des pieux s'en est allée dans le doux parfum des arbres, qui passe à travers le nez des vivants, tandis qu'inspiré par Dieu, souffle le vent du sud. Apparaissent alors devant eux leurs propres actions, sous la forme gracieuse d'une belle demoiselle, qui a grandi dans la vertu et qui possède de généreux seins lourds, charmant tout autant le cœur que l'âme. Cette vision était aussi brillante qu'elle était agréable et désirable. C'est alors que l'âme du juste demanda à cette demoiselle : « qui es-tu ? Quelle personne es-tu ? Je n'ai jamais vu dans le monde des vivants une femme plus élégante et dont le corps est plus magnifique que le tien. »

Celle qui était ses propres actions et sa propre religion lui répondit : « Je suis tes actions, ô jeune aux justes pensées, aux justes paroles, aux correctes actions et à la bonne religion. C'est grâce à tes vœux et à tes actions que je suis aussi splendide, aussi bonne, aussi parfumée, aussi triomphante et sans stress, telle que j’apparais devant toi à présent. Tout ceci c'est parce que tu as chanté les Gathas, que tu as consacré l'eau qui purifie et que tu as entretenu le feu sacré. De même, les justes qui venaient de loin et qui passaient près de toi, tu les honoras. Bien que je fusse solide, je me suis encore consolidée grâce à toi, bien que je fusse vertueuse, je le suis devenue encore plus à travers toi, bien que je fusse déjà valeureuse, j'ai encore gagné avec toi, bien que je fusse jadis assise sur un trône resplendissant, je resplendis encore plus à travers toi, et bien que je fusse passionnée, je le fusse encore plus avec toi. Ces justes pensées, ces justes paroles et ces justes actions que tu as pratiquées, ainsi que les longues séances de rituels et de communion avec Ahura Mazda, que tu as si souvent invoqué en de longues conversations, t’honorent. Que de tout cela jaillisse la paix. » Arda Viraf, 4.

Les âmes vertueuses entre alors au Garonmana, qui est une inspiration du paradis monothéiste abrahamique :

« Je vis aussi les âmes de ceux qui pratiquent la cérémonie du Yazishn et celles de ceux qui connaissent les Écritures [Avesta] par cœur. Ils étaient splendides parmi les nobles et exaltés parmi les grands. Et cela me parut sublime.

Je vis également les âmes de ceux qui célébrèrent tous les rituels de la religion et qui dirigèrent les adorations envoyées à Dieu. Ils étaient assis au-dessus même des autres âmes et leurs bonnes actions s'empilaient pour monter au plus haut des cieux. Et cela me parut sublime.

Je vis également les âmes des guerriers, revêtus de pagnes magnifiques, marchant avec beaucoup de pompe, de puissance et de gloire, dans la plus pure allégresse, aux côtés des rois. Ils arboraient des armes solides et un équipement de héros fait d'or, constellé de joyaux, d'ornements et de broderies. Et cela me semblait sublime.

Je vis également les âmes de ceux qui, sur Terre, tuèrent de nombreuses créatures malfaisantes [khrafstras]. Où ils se tenaient, les eaux, les feux sacrés et le feu en général, s'en trouvaient exaltés et adorés. Et cela me parut sublime.

Je vis également les âmes des agriculteurs, dans un splendide domaine, revêtus d'habits amples et majestueux. Ils se tenaient là et offraient des prières aux esprits des eaux, de la terre, des arbres et du bétail, exprimant ainsi leur remerciement et leur bénédiction. Leurs trônes à eux tous étaient grandioses et la place qu'ils occupaient d'une grande valeur. Et cela me parut sublime.

Je vis également les âmes des artisans qui, sur Terre, avaient servi leur chef. Ils étaient assis sur de glorieux trônes embellis d'ornements, et cela me parut sublime. » Arda Viraf, 14

« Je vis également les âmes des bergers, grâce à qui, sur terre, les quadrupèdes et les moutons étaient employés, nourris et protégés des loups, des voleurs et des hommes violents. En temps voulu, de l'eau et du fourrage leur furent donnés, et ils furent préservés du froid intense et de la chaleur. Les mâles étaient laissés libres et restreints seulement quand c'était nécessaire. Profits et bénéfices, nourriture et vêtements, tout était alors offert à ces bergers, qui se promenaient au sommet d'une colline, scintillants de bonheur et de plaisir. Et cela me parut sublime.

Je vis également de nombreux trônes d'or, de fins tapis et des coussins de riches tissus, sur lesquels étaient assis les âmes des chefs de clans et de villages, qui étaient écoutés, avaient de l'autorité et exerçaient en tant que médiateurs. Ceux-là transformaient la ruine en prospérité. Ils avaient aussi fait construire de nombreux canaux, ils avaient creusé des sources et placé des fontaines, afin de faciliter les récoltes et le travail des champs. Ces âmes se tenaient devant les anges gardiens des eaux, des arbres et des saints, et leur adressaient des louanges, des prières et des bénédictions sans cesse renouvelées. Et cela me parut sublime.

Je vis également, dans les reflets les plus brillants du trône éclatant, les âmes des fidèles, des enseignants et des étudiants [questionneurs], et cela me parut sublime.

Je vis également les âmes des intercesseurs et celles des protecteurs de la paix, et leur valeur avait ici même encore augmenté, pour qu'elles brillent aussi intensément que les étoiles et le soleil et pour l'éternité ils s'en allaient, marchant dans la lumière.

J'ai donc visité le monde supérieur des pieux, lequel est semblable à la toute glorieuse lumière de l'espace, parfumée au basilic [tulsi], ornée, vénérée de tous, magnifique, pleine de gloire et contenant toutes les joies et tous les plaisirs qui ne peuvent être rassasiés. » Arda Viraf, 15.

 

Vaikuntha

Quand il a vaincu l’orgueil, l’erreur et le vice de la concupiscence, fixé sa pensée sur l’Âme suprême, éloigné les désirs, mis fin au combat spirituel du plaisir et de la douleur, le sage marche sans s’égarer vers la demeure éternelle. Ce lieu d’où l’on ne revient pas ne reçoit sa lumière ni du Soleil, ni de la Lune, ni du Feu : c’est là mon séjour suprême. 

Bhagavad Gita, 15.

Pour rejoindre Vaikuntha, il faut donc, si ce n'est par les actes, par la pensée renoncer à toute action et pratiquer avec obstination l'union spirituelle qui consiste à ne jamais penser qu'à Vishnou. En pensant à lui et grâce à son secours, on traverse tous les dangers.

Bhagavad Gita.

Pour les vishnavites, le paradis est le domaine de Vishnou, appelé le Vaikuntha.

 

 

La première mention du Vaikuntha comme domaine éternel de Vishnou se trouve dans l'hymne à Vishnou et Indra, composé par le rishi Dirghatamas et contenu dans le Rig-Veda :

« Ô Vishnou, c'est de ton union avec Indra que jaillit le feu. Agni, le feu incarné, l'archer céleste, a fait de ses flammes des flèches, dont tu es l’essor et le tranchant. Nos libations ont donc pour dessein de faire jaillir le feu, en rapprochant Indra de Vishnou, c’est-à-dire en mêlant le tonnerre à l’énergie vitale de l'Univers.

C’est la vigueur de Vishnou que nous chantons ! Toujours jeune et florissant, il vient à notre appel : il est le maître, le sauveur, le libéral bienfaiteur ! En trois pas, il fait le tour des mondes, pour y répandre partout la vie et sa gloire.

Les poètes ont divisé son vaste corps en plusieurs parties, ainsi Vishnou possède trois noms : l’un convient aux mondes inférieurs, c'est Vishnou-le-Fils, un autre nom convient aux mondes supérieurs, c'est Vishnou-le-Père. Enfin, son troisième nom est celui qu’il possède dans la région la plus lumineuse du ciel, située au-delà même de ce que ne pourront jamais percevoir les sens : le Vaikunda.

Si ces deux premières stations touchent au domaine des mortels, qu'ils soient hommes ou dieux, la troisième est inaccessible à tous, même à l’oiseau qui vole. Celui qui suivra les pas de Vishnou, tout du moins ses deux premiers pas, vivra dans l'allégresse et l'extase. »

Situé au sommet de l'Univers, il est parfois considéré comme une planète. C'est un univers éthéré, donc immatériel et indescriptible, qui est situé au-delà même de l'univers perceptible, matériel comme immatériel. Vishnou y vit avec sa famille : son épouse Lakshmi, ses enfants et des dizaines de milliers de yoginis qui l'adorent et lui sont dévoués corps et âme. Pays d'abondance et peuplé d'animaux joyeux et chantant, de plantes éternellement en fleurs, Vaikuntha est composé de 10 008 palais dans lesquels Vishnou s'incarne simultanément, pouvant ainsi s’adonner à des milliers d'activités différentes en même temps. Comme danser avec ses dévots, cueillir des fruits du verger, connaître ou encore jouer de la musique avec les plus grands musiciens que la Terre ait connus. Ceux-là, après huit vies dévouées à la pratique de leur instrument, sont devenus les musiciens attitrés de Vishnou qui improvise au sitar avec eux.

Ceux qui vivent à Vaikuntha ont la peau bleue, signe de leur lien de parenté avec Vishnou. Ils se déplacent en volant à bord de vimanas (engins volants). Ils n'ont pas de passion et donc pas de morale, et il n'existe à Vaikuntha ni bien ni mal. Tous les habitants de Vaikuntha vivent alors dans la transe, l’extase et la communion permanente, le sentiment d'amour total et infini envers Vishnou, le maître des lieux et pourvoyeur de bonheur pour chacun d'eux. Les plus fervents dévots de Vishnou y accèdent grâce à la Bhakti, c’est-à-dire en se dévouant corps et âme à la vénération de leurs divinités, des avatars de Vishnou tel Krishna, Rama ou Narasima.

À 337 318 502 km au-dessus de Satya-loka, le monde immatériel du Brahman, est situé au-dessus des trois-mondes, ils sont les mondes souterrains, les mondes matériels et les mondes spirituels. Le Vaikunta est gardé par les monstres Jaya et Vijaya ; ils ne sont autres que les démons Hiranyaksha, la Luxure et Hirankashyapou, l'Avarice, que Vishnou domina jadis dans une bataille sans merci qui décida du destin de l'Univers.

Ce qui pourrait être présenté comme la capitale du Vaikunta est l'Immaculé Sakéta. Il s'agit de l'Ayodhya éternelle, le palais céleste qui attendait le retour de Rama. Sakéta est un lieu si fantastique et si parfait qu'il ne peut être ni perçu, ni compris, ni envisagé par l'entendement humain. C'est un palais fait de joyaux, où règne l'opulence.

Au cœur de Sakéta, se trouve Ashoka-Vana, un verger composé d'arbres à souhaits, dont les fruits représentent les vérités de l'univers, et au milieu de ce bois, s'élève un lotus aux mille pétales plus lumineux encore que des milliers de lunes.

Sous ce lotus il y a un autel, un parasol et un trône royal fait d'or et de pierres précieuses transparentes. C'est ici que se termina le voyage astral de Rama, après la mort de son corps terrestre.

Si Vaikunda renferme de nombreux univers peuplés et de très nombreux palais, Goloka est au contraire un endroit strictement naturel, composé de vergers, de nombreuses sources et de prairies verdoyantes où paissent des vaches célestes.

C'est à Goloka, la « planète des vaches », aussi appelé Vrindavan, « la forêt du basilic sacré. » que vit, entourée d'un troupeau paisible, une incarnation de Kamadenyu, la mère de toutes les vaches, l'animal divin et composite qui est à l'origine de toutes les richesses et de tous les bienfaits disponibles dans tous les univers.

C'est donc à Goloka, sous un arbre à souhaits, en compagnie de Kamadenyu, que Rama et Sita vivent pour l'éternité, entourés de centaines de milliers d'adorateurs qui les servent avec zèle et révérence. À l'ombre d'un arbre à souhaits, ils dansent ensemble, accompagnés par une foule de leurs serviteurs les plus dévoués, qui battent le tambour en accompagnant leur maître Krishna qui joue de la flûte. Symbole de séduction, la flûte de Krishna est aussi le symbole de la douce mélodie de la sagesse quand elle entre dans l'esprit de l'initié.

En même temps qu'il existe un Vrindavan au plus haut des cieux, il existe un Vrindavan sur Terre, aux environs de Matura, la ville d'origine de Krishna. Il s'agirait du lieu où Krishna aurait passé son enfance, puis son adolescence. Redécouvert au 19e siècle par Chaitanya Mahaprabu, un éminent gourou du vishnavisme, le vaste site de Vrindavan est aujourd'hui un haut lieu du pèlerinage hindou. Il existerait sur place plus de mille temples en l'honneur de Radha et Krishna.

Le PARADIS - Garonmana et Vaikuntha (mythes indo-européens)

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