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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

ROD, SVAROG, le canard et la Terre (conte slave)

Remarquons l'importance de la mer initiale, représentée sous la forme d'un marasme chaotique dont découlent toute existence et toute réalité. Nous trouverons aussi dans ce récit le thème de l'oiseau annonciateur de bonne nouvelle, celui-là même qui dans les cultures sémites sera le compagnon de Noé, et qui lui annoncera le reflux des eaux après le Déluge en lui portant un rameau dans son bec.

Ce récit tiré du folklore slave, mais corroborant en tout point la tradition indienne, nous informe que si la création est possible chez les Indo-Européens, ce n'est que grâce au sacrifice d'un être primordial. Celui-ci se livre alors à d'autres divinités pour que soient créés l'Univers ainsi que chaque existence qui le compose. C'est le Purusha des Védiques et le Rod du récit qui va suivre.

Quant au thème de la création issue de la transpiration d'un démiurge, il est commun tant aux peuples slaves qu'aux peuples hindous, qui possèdent quant à eux de nombreuses légendes faisant naître monstres et héros de la semence, des pleurs ou de la transpiration d'une divinité, qu'elle soit dieu, comme Shiva ou Brahma, ou rishi, comme Atri. Ainsi, dans les légendes hindoues, il est dit que :

Brahma reposait dans le vide qui le portait quand dans son esprit, un désir se forma, qui fut la première semence de tout l'Univers. Voici comment il apparut : grâce à la chaleur de ses émotions, il fit ruisseler de la sueur le long de son front ainsi que par tous les pores de sa peau. Ces ruisseaux de sueur se convertirent en eau puis s’agglutinèrent en flaques à ses pieds. C'est alors que Brahma aperçut sa propre image et en devint épris, ce qui marqua la naissance du Désir

De même, un conte croate intitulé « l'origine de l'homme » et rapporté par Louis Léger dans Contes populaires slaves, nous propose un mythe similaire :

Au commencement, il n’y avait rien que Dieu ; or Dieu dormait et rêvait. Ce sommeil dura des siècles. Le moment fixé pour son réveil arriva. Il s’éveilla brusquement, regarda autour de lui, et chacun de ses regards créa une étoile. Dieu s’étonna et se mit à voyager pour voir ce que ses yeux avaient créé. Il voyagea… Il voyagea, sans terme et sans fin. Enfin il arriva à notre Terre, mais il était déjà las et la sueur lui gouttait du front. Une goutte de sueur tomba sur la Terre, cette goutte s’anima et ce fut le premier homme.

Le texte suivant est extrait de « La légende de Gamayun, l'oiseau prophétique de la sagesse », publié dans Tales of Forgotten Past de l'écrivain russe Alexey Vasilyevich Trekhlebov (1957).

*

Il était une fois un œuf d'or lové dans le néant le plus sombre, et dans cet œuf, résidait le père de tout être vivant : Rod.

Rod cassa la coquille de l’œuf d'or et immédiatement créa pour lui une compagne : Mère-Lada, la déesse de l'amour. Grâce à l'amour, Rod trancha les ténèbres et grâce à un arc-en-ciel, il coupa son cordon ombilical. Dès lors, il se mit au travail et commença à séparer les océans et les mers des cieux.

Ensuite, Rod sépara la lumière des ténèbres et la vérité du mensonge, puis il divisa l'Univers en trois mondes : Prav, le domaine des dieux et de la vérité, Yav, le domaine des existences visibles et incarnées, et Nav, le monde souterrain qui sera la demeure des morts.

Après ça, Rod mit au monde notre mère la Terre, qui disparut aussitôt dans les profondeurs de l'océan, où elle resta longtemps cachée.

Puis le soleil fut créé avec le visage de Rod, le père des dieux, tandis que la lune brillait en émergeant de son torse. Des yeux de Rod jaillirent les innombrables étoiles et de ses sourcils naquirent le lever du jour et les rayons éblouissants du soleil. Des pensées de Rod jaillirent alors la nuit obscure… Puis la pluie et la neige naquirent de sa transpiration et de ses pleurs… Enfin, issus de sa respiration, des vents puissants balayèrent alors l'Univers, et sa voix devint le tonnerre et l'éclair.

Rod créa alors un fils, et insuffla la vie en lui. C'était Svarog, qui lui-même fut en charge de terminer l’œuvre de création sur Terre. Pour l'aider dans sa tâche, Rod le fit avec quatre têtes, afin qu'il puisse voir chacune des extrémités de la Terre, et qu'il soit le maître de chacune des directions.

Svarog est le tout-puissant dieu de la forge, il est l'artisan des existences qui s'incarnent sur la Terre, le joaillier de la vie. Sa première œuvre fut de donner un chemin au soleil, afin qu'il puisse tourner autour de la Terre en créant le jour et la nuit sur son passage. L'alternance du soleil et de la lune fit se mouvoir les océans en impressionnantes vagues, qui faisaient beaucoup d'écume. Fier de son ouvrage, Svarog comprit qu'il manqua cependant quelque chose, et que cette chose c'était la Terre elle-même !

Non loin de lui, au milieu des eaux, il aperçut un canard gris qui se baignait autour d'un tourbillon noir. Svarog lui demanda alors s'il avait vu sa mère la Terre. Le canard lui répondit qu'elle résidait au plus profond des océans. Le dieu lui demanda alors d'aller la chercher et de la lui ramener. Le canard disparut et ne revint qu'un an plus tard, en disant qu'il n'avait pas pu retenir sa respiration assez longtemps pour parvenir jusqu'à elle. Enfin, il demanda de l'aide à Svarog, qui souffla alors sur l'océan afin que les flots s'ouvrent et laissent passer le canard.

Deux ans passèrent avant que le canard ne revienne. « Je me suis rapproché de la Terre, dit-il, mais encore une fois j'ai manqué d'air. »

Alors, Svarog demanda l'aide de Rod, qui fit abattre sur l'océan une tempête et des légions de tonnerres.

Effrayé, le canard disparut trois ans durant, puis il revint avec un rameau dans son bec. Svarog prit la branche entre ses mains, puis s'adressa aux forces élémentaires de l'Univers :

« Soleil, réchauffe-toi ! Lune, allume-toi ! Vent, souffle ! Nous devons sauver notre mère la Terre, notre nourrice ! »

Tous les éléments réunis, le vent souffla sur le rameau, qui tomba alors dans l'océan… Le soleil brilla alors tellement, que les eaux se réchauffèrent, puis s'évaporèrent. C'est alors que la mère la Terre apparut à la surface, pour être aussitôt refroidie par la Lune.

À présent que la Terre avait jailli en surface, Svarog créa trois royaumes souterrains. Ensuite, afin que la Terre ne s'affaisse pas à nouveau dans les profondeurs de l'océan, Svarog créa un immense serpent, Yusha, dont le destin fut donc de porter la Terre au-dessus des eaux. C'est Yusha qui est responsable des tremblements de terre, car chacun de ses mouvements la fait remuer. »

ROD, SVAROG, le canard et la Terre (conte slave)

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