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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

L'OISEAU de VÉRITÉ (mythe indo-européen)

L'oiseau est le messager des Indo-Européens. Il est le pasteur des créatures de l'Univers.

À travers l’œil de l’intelligence, les sages voient l’oiseau céleste que cache l'illusion déployée par les Démons. Quelque part au milieu de l'espace, ils le distinguent et leur âme éclairée reconnaît en lui l'origine de ses propres rayons. Il est le pasteur des créatures de l'univers, d’abord incapable de voler hors de son nid, il traversa les airs pour enfin disparaitre derrière l'horizon. Suivant le même objectif mais selon une direction nouvelle, l'Oiseau Céleste roule et roulera demain encore entre le ciel et la terre. L’oiseau, divin poète et musicien, emporte avec lui la parole sainte qu’il répétait déjà dans son nid : c'est le chant brillant et fortuné qu'entendent les sages qui respectent avec justesse et piété l'Ordre de l'univers.

L'oiseau de vérité, Rig-Veda, 8, 8, 35.

Chez les Celtes, c'est la grue qui remplit ce rôle de passeur entre le monde du haut (divin, éternel, matriciel) et celui du bas (terrestre, temporel, matériel).

En Inde, outre Aditi, la lumière initiale, et Diti, la matière, le rishi thaumaturge Kashiapa eut de nombreuses autres femmes. De son union avec Vinata, la mère de tous les oiseaux, naquit Aruna, l'aurige du char céleste du Soleil et Garuda, l'oiseau de vérité, qui devint dès lors la monture de Vishnou. Garuda est le compagnon de Vishnou : il s'incarne dans l'Univers pour fondre sur les serpents et les démons qui menacent les sages. S'il n'est représenté par un faucon géant, Garuda apparaît sous la forme d'un homme à tête de faucon, doté d'ailes. Conséquence de l'influence tamoule, Garuda est vénéré jusqu'en Indonésie.

 

Garuda portant Vishnou et deux déesses, par Raja Ravi Varma

 

L'oiseau jouait un rôle central dans la religion des anciens Slaves. En témoigne une tradition que rapporte le Dit de la campagne d'Igor (v. 1300) :

Les vieillards nous racontent qu’autrefois, dans les réunions des braves, on lançait dix faucons sur une troupe de cygnes : le guerrier dont le faucon atteignait le premier les cygnes, avait le droit de chanter le premier un hymne aux héros de la nation.

Cité par C. Robert dans Le Gouslo et la poésie populaire des slaves.

On peut sentir l'influence du divin oiseau dans La Bataille de Kosovo, un des plus anciens textes du corpus slave. Il s'agit d'un poème épique et mystique commémorant la défaite serbe face aux Turcs lors de la bataille qui se déroula du 15 au 28 juin 1389. Si ce chant fut composé dans un contexte orthodoxe, il possède néanmoins des caractéristiques évoquant le divin oiseau, le messager des dieux, l'annonciateur du destin.

Un oiseau gris, un faucon a volé.
Il a volé depuis Jérusalem.
Le faucon gris tenait une hirondelle.
Ce n'était pas un faucon, l'oiseau gris,
Mais il était le saint prophète Élie.
Ce qu'il tenait n'est pas une hirondelle,
Mais une lettre de la Mère de Dieu.
À Krusevac [centre de la Serbie], il la porte à Lazare ;
Sur ses genoux il la laisse tomber.

C'est l'oiseau que les alchimistes, les druides et les prêtres évoquent lorsqu'ils mentionnent le « langage des oiseaux » et la divination par les présages.

Le christianisme, comme à son habitude, reprit à son compte le mythe païen. La colombe devient le messager de Dieu, en annonçant par exemple à Noé la présence de terres immergées post-diluviennes. Le trouvère Rutebeuf compara la vierge Marie à l'oiseau de paix, dans une métaphore filée qui évoque à la fois la mythologie grecque (l'aigle) et phénicienne (le phénix) :

Tu es étoile de la mer,
Tu es ancre, nef et rivage,
C'est toi qu'on doit servir, aimer,
Tu es fleur de 1'humain lignage,
Tu es la colombe sans tache,
Qui porte aux captifs leur message. […]
Tu es l'aigle et le phénix,
Qui du soleil reprend jeunesse.

Dit des Neuf joies de Notre-Dame

 

Le mythe de l'oiseau céleste est souvent associé à celui de l’œuf d'or (Hiranyagarbha chez les hindous). Ces mythes ne sont d'ailleurs pas uniquement indo-européens, comme en témoigne leur présence dans la cosmogonie présentée au début de l'épopée finnoise du Kalevala :

« Soudain apparaît une mouette voletant à tire-d’aile qui cherche où poser son nid. Elle vole ici et là, et ne trouve aucun lieu, pas la plus petite place où construire son nid, où se préparer un refuge. Longtemps elle plane, examine et médite : « M’établirai-je dans les régions du vent ou bien sur les vagues ? » En disant ces paroles, voici que la reine de la mer, la vierge de l’air [Luonnotar], élève son genou au-dessus de la surface de l’Océan. C’est une place pour le nid de la mouette, un refuge au bon oiseau. La mouette vole lentement à droite et à gauche ; elle remarque enfin le genou de Luonnotar sur la mer bleue ; elle le prend pour un tertre de verdure, pour une motte de frais gazon. Lentement il vole, le bel oiseau, d’un côté, puis de l’autre ; il s’abat enfin, construit son nid, et y dépose ses œufs : il y en a six qui sont d’or, le septième est de fer. La mouette ensuite commence à couver. » A. Geffroy, La Finlande et le Kalevala.

Nous retrouvons ce mythe dans les plaines d'Amérique du nord. Il s'agit peut-être d’une influence possible des peuplades sibériennes (Finno-ougriens, Ouralo-altaïques) en Amérique, qui date d'une époque durant laquelle le détroit de Béring était franchissable à pied. Pour illustration, le mythe de la fille tombée du ciel fait partie de la cosmogonie iroquoise :

Artaensic venait de glisser par une brèche ouverte dans la voûte céleste. Loin, très loin au-dessus du monde où tombait la jeune fille, s'étendait un océan immense : aucune île, aucun rocher n'y affleurait, aucun rivage ne le bordait. Pourtant il n'était pas désert, y vivait la tortue, le rat musqué et toutes sortes d'animaux aquatiques.

C.-C. Ragache, La Création du monde.

Une variante du mythe de l'oiseau céleste qui ne sait pas où se poser se retrouve en Égypte :

Tous les textes insistent sur la solitude du démiurge et sur le fait qu'il n'a, au tout début, aucun endroit où s'installer, puisque ce n'est qu'ultérieurement que va émerger, dans cette immensité, une butte, un tertre, une touffe de papyrus, un lieu où il va pouvoir se poser. Les procédés de création sont directement le fruit de cette solitude. Le démiurge se manifeste souvent sous l'aspect d'un être hybride, comme né à la fois de la terre et de l'eau (serpent, grenouille), mais parfois aussi comme un oiseau ; cet oiseau est appelé « Lointain », rapace planant au-dessus des eaux, dans la cosmogonie d'Edfou, ou oiseau-héron (bénou), celui qui va se poser sur les papyrus qui émergeront de l'Océan primordial.

N. Guilhou et J. Peyré, La mythologie égyptienne.

Le corbeau

L'oiseau, en tant qu'animal, peut être adoré sous une forme simple et naturelle. Il s'agit souvent du corbeau. Voici ce qu'en dit Jacques Collin de Plancy, dans son illustre Dictionnaire infernal :

« On a deviné, par le chant du corbeau, [...]. On l’interprétait en Islande pour la connaissance des affaires d’État. Les Islandais croient le corbeau instruit de tout ce qui se passe au loin ; il annonce l’avenir, disent-ils ; il prévoit surtout les morts qui doivent frapper une famille : alors il vient se percher sur le toit de la maison, d’où il part pour faire le tour du cimetière, avec un cri continu et des inflexions de voix. Les Islandais disent encore qu’un de leurs savants, qui avait le don d’entendre l’idiome du corbeau, était par ce moyen instruit des choses les plus cachées. [...] On croit en Bretagne que deux corbeaux président à chaque maison, et qu’ils annoncent la vie et la mort. Les habitants du Finistère assurent encore que l’on voit sur un rocher éloigné du rivage les âmes de leur roi Gralon et de sa fille Dahut qui leur apparaissent sous la forme de deux corbeaux ; elles disparaissent à l’œil de ceux qui s’en approchent. »

Dans la version romaine du mythe de Mithra, le corbeau est le messager du Soleil. Il communique à Mithra ce que l'astre solaire attend de lui : il lui indique d'abord la cachette du taureau de vie, puis lui ordonne de le sacrifier. Dans le mystère mithriaque, le corbeau est le premier grade hiérarchique initiatique. En Iran, l'expression populaire « khosh khabar bashi », que l'on traduirait par « que tu apportes de bonnes nouvelles » est encore prononcée de nos jours lorsque le chant du corbeau est entendu. Chez les Celtes, le corbeau est le messager de Lug. En Scandinavie, « Odin porte sur l’épaule deux corbeaux qui lui disent à l’oreille les nouvelles du monde. Tous les matins, ces corbeaux prennent leur vol, parcourent la terre, et à midi ils s’en viennent raconter à leur maître ce qu’ils ont appris » (X. Marmier, Lettres sur l’Islande). Enfin, les Kailashas considèrent le corbeau comme un signe de prospérité et d'abondance. Il représente les ancêtres, il est nourri de la main gauche, c’est-à-dire de la main réservée aux tâches hygiéniques et malpropres.

Le christianisme imposant en Europe son hégémonie, les symboles du paganisme furent dévoyés. Par exemple, les fées, qui avaient été les amantes des dieux, devinrent des esprits rebelles à Dieu. Le corbeau, messager des dieux, devint celui du diable et de la mort. De nos jours, cet oiseau est donc signe de mauvais augure. En témoigne cette superstition rapportée par le folkloriste Eugène Monseur : « un corbeau qui vient voler près de la maison est signe de mort » (Le Folklore wallon).

Pourtant, jusqu'au 17e siècle, le corbeau semble avoir eu bonne réputation, comme en témoigne La Belle aux cheveux d'or, un conte extrait du répertoire de la baronne d'Aulnoy (1651 - 1705) :

« Un autre jour qu'[Avenant] continuait son voyage, il vit un corbeau bien embarrassé : ce pauvre oiseau était poursuivi par un gros aigle (grand mangeur de corbeaux) : il était près de l'attraper, et il l'aurait avalé comme une lentille, si Avenant n'eût éprouvé de la compassion pour cet oiseau. « Voilà, dit-il, comme les plus forts oppriment les plus faibles : quelle raison a l'aigle de manger le corbeau ? » Il prend son arc qu'il portait toujours, et une flèche, puis, visant bien l'aigle, croc ! il lui décoche la flèche dans le corps et le perce de part en part. L'aigle tombe mort, et le corbeau, ravi, vient se percher sur un arbre. « Avenant, lui dit-il, vous êtes bien généreux de m'avoir secouru, moi qui ne suis qu'un misérable corbeau ; mais je ne demeurerai point ingrat, je vous le revaudrai. »

Oiseaux célestes

 

védique

L'oiseau de vérité

brahmanique

Hamsa, Arayana (cygne ou oie, véhicule de Brahma et Sarasvati)

vishnavites

Garuda - Le paon de Krishna

bouddhiste gandhari

Hamsa (cygne)

népalais

Hamsa (oie)

birman*

Hamsa (canard roux, « brahminy duck »)

perse

Simorgh

zoroastrien

Varagna (Verethraghna)

kailashas

Le faucon - le corbeau

hyperboréen

Le griffon

hittite

Le Sphinx - l'aigle bicéphale

yézidi

Le paon Melek Taus, Tawuse Melek

kurde

Simorgh

albanais

L'aigle bicéphale

grecs

Phénix - le paon d'Héra - la chouette d'Athéna -

le corbeau de Cronos

romains

Les augures (méthode de divination) – L'aigle de Jupiter

mithriaques

Le corbeau messager – L'étape initiatique Corax

ligure

Cicnu (cygne)

celte

Le cygne

gaulois

Tarvos trigaranus (les 3 grues du pilier des Nautes)

mérovingien

La colombe de la Sainte Ampoule

irlandais

Badb, la déesse-corbeau de la guerre

slaves

Gamaïun - Mater Sva - Semargl

russes

L'aigle bicéphale - Simargi

japonaise*

Tengu

 

L'OISEAU de VÉRITÉ (mythe indo-européen)

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