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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les funérailles de SIEGFRIED (récit germanique)

Voici les funérailles de Siegfried, telles que racontés dans le chapitre 17 de l'épopée des Nibelungen (trad. Laveleye) :

*

Ils pleurèrent, du fond du cœur, l’époux de Kriemhilt. On allait chanter la messe ; de toutes parts hommes et femmes se dirigèrent vers l’église. Il y en eut bien peu qui ne déplorèrent pas la mort de Siegfried.

Gérnot et Giselher parlèrent :

« Chère sœur, console-toi de sa mort, puisqu’il n’en peut être autrement. Nous tâcherons de t’y aider tant que nous vivrons. »

Mais nul ne pouvait lui donner quelque consolation.

Le cercueil fut prêt vers le milieu du jour. On leva Siegfried de la civière sur laquelle il était couché. Sa femme ne voulait pas encore le laisser enterrer, ce qui donna beaucoup à faire à tous ses gens.

On enveloppa le mort dans une riche étoffe ; nul, je pense, n’était là qui ne versât des larmes. Uote, la noble femme, et toute sa suite pleuraient, du fond du cœur, sur le beau corps de Siegfried.

Quand on entendit qu’on chantait à la cathédrale, et qu’on l’avait enfermé dans son cercueil, une grande foule se rassembla. Que d’offrandes on fit pour le salut de son âme ! Même parmi ses ennemis, plus d’un se prit à le regretter !

La pauvre Kriemhilt dit à ses camériers :

« Pour l’amour de moi vous allez devoir vous donner de la peine. Au nom de l'âme de Siegfried, vous distribuerez son or à tous ceux qui lui veulent du bien et qui me sont dévoués. »

Nul enfant, si petit, qui, parvenu à l’âge de raison, ne voulût aller à l’offrande.

Avant qu’il fût enterré, on chanta bien cent messes par jour. Les amis de Siegfried s’y pressaient en foule.

Quand on eut fini de chanter, le peuple se dispersa. Dame Kriemhilt parla :

« Vous ne me laisserez point seule, cette nuit, veiller le corps du héros sans pareil. Avec lui toute joie est enfermée dans cette bière. Je veux qu’il reste ainsi trois jours et trois nuits, afin que je puisse encore jouir de la présence de mon époux bien-aimé. Peut-être Dieu ordonnera-t-il que la mort me prenne aussi. Ainsi finirait la douleur de l’infortunée Kriemhilt. »

Les gens de la ville rentrèrent en leur logis. Mais elle ordonna aux prêtres, aux moines et à toute sa suite, de veiller près du héros. Ils eurent de tristes nuits et des journées pénibles. Plus d’un guerrier resta sans boire et sans manger ; à ceux qui voulaient prendre de la nourriture, on en offrait en abondance ; Sigemunt y pourvoyait ; c’était une grande besogne pour les Nibelungen. Pendant ces trois journées, avons-nous entendu dire, ceux qui savaient chanter accomplirent une tâche pénible, à cause de la douleur qu’ils éprouvaient. Ils prièrent pour l’âme du guerrier vaillant et magnanime.

On fit également aller à l’offrande avec de l’or pris dans le trésor de Siegfried, les pauvres qui étaient là et qui ne possédaient rien. Comme il ne devait plus vivre ici-bas, bien des milliers de marks furent donnés pour son âme.

On distribua ses terres arables aux couvents et aux bonnes gens. On donna aux pauvres de l’argent et des vêtements à profusion. Kriemhilt fit bien voir par ses actions combien son âme lui était dévouée.

Au matin du troisième jour, à l’heure de la messe, le vaste cimetière, près de la cathédrale, était rempli de gens de la campagne qui pleuraient et qui rendaient hommage au mort, comme on le fait à ses amis chéris. On dit que dans ces quatre jours, trente mille marks et plus furent donnés aux pauvres pour le salut de son âme. Son corps puissant et d’une si grande beauté était là couché dans le néant.

Quand on eut servi Dieu et que les chants furent terminés, beaucoup d'entre le peuple se tordirent les mains de désespoir. Il fut porté hors de l'église vers la fosse. Là on entendit gémir et pleurer ! Les gens suivirent le corps avec des cris de douleur. Nul n’avait de joie, ni homme ni femme. Avant de le mettre en terre, on chanta et on pria. Ah ! que de bons prêtres étaient présents à son enterrement.

Quand la femme de Siegfried voulut se rendre vers la fosse, un tel désespoir étreignit son cœur fidèle, qu’on fut obligé de lui verser sur le corps à plusieurs reprises de l'eau de la fontaine. Sa désolation était profonde et sans bornes. C’est vraiment merveille qu’elle n’en revint jamais. Maintes femmes étaient près d’elle, qui l'aidaient, tout en gémissant. La reine parla :

« Vous, fidèles de Siegfried, que votre dévouement m’accorde une grâce, qu’une légère satisfaction me soit donnée au milieu de mon affliction. Faites que je puisse contempler encore une fois sa belle tête. »

Pleurante, elle pria si longtemps et si instamment qu’il fallut briser le magnifique cercueil. On la conduisit vers la fosse. De ses blanches mains elle souleva sa tête si belle, et le baisa mort, le noble et bon chevalier. De douleur, ses yeux si brillants pleurèrent du sang.

Ce fut une séparation déchirante. On l’arracha de là ; elle ne pouvait point marcher ; on vit la noble dame tomber sans connaissance. Son corps si gracieux semblait succomber à ce désespoir.

Quand on eut mis en terre le noble seigneur, ce fut une désolation sans mesure pour tous les guerriers qui étaient venus avec lui du pays des Nibelungen. Jamais plus on ne vit Sigemunt joyeux.

 

Nous observons dans les autres aires civilisationnelles indo-européennes des pratiques similaires. À propos des tribus slaves Drevlianes, Radimitches, Viatitches, Krivitches et Sévériens, la Chronique de Nestor remarque :

« Quand l'un d'entre eux mourait, ils célébraient une fête autour du cadavre, puis ils faisaient un grand bûcher, posaient le mort sur le bûcher, y mettaient le feu ; ensuite ils rassemblaient les os, les mettaient dans un petit vase et plaçaient ce vase sur une colonne au bord de la route. Ainsi font encore aujourd'hui les Viatitches. Telles étaient aussi les coutumes des Krivitches et des autres païens, qui ne connaissaient pas les lois de Dieu et se faisaient des lois à eux-mêmes. » Chronique des temps passés, 10. Trad. Léger.

Soslan, le héros sauvage du folklore ossète, héritier de la culture scythe, se fait mettre en tombeau accompagné de ses biens les plus précieux, qui sont sans surprise ses armes favorites. Son tombeau est sculpté afin d'y aménager des fenêtres. Il devient alors un mausolée :

« Soslan se fit mettre au tombeau. Comme il l'avait prescrit, on plaça près de lui son arc et ses flèches et l'on ménagea les trois fenêtres [dans son tombeau]. » G. Dumézil, Le Livre des héros, légendes sur les Nartes.

Les funérailles de SIEGFRIED (récit germanique)

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