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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les FANTÔMES

Sont condamnés à demeurer fantômes ceux qui n'ont pas été correctement inhumés ou incinérés. Il convient donc de réaliser dans les règles les rituels de funérailles, qui doivent donc être présidées par un membre de la caste des prêtres (contre salaire).

Dans sa visite des enfers, Énée rencontre ces âmes errantes et terrifiantes, qui jusqu'à nos jours fascinent les foules et inspirent les artistes :

« Dieux qui avez l’empire des âmes, ombres silencieuses, Chaos, Phlégéthon, vastes lieux où règnent la nuit et le silence, souffrez que je raconte ce que j’ai entendu : permettez qu’un mortel révèle les secrets ensevelis dans les ténébreux abîmes de la terre.

La Sibylle et Énée marchaient, seuls dans la nuit, à travers les ténèbres, les demeures désertes de Pluton et ses royaumes vides. Tel, à la clarté douteuse d’une pâle lune, le voyageur chemine à travers les forêts : Jupiter a enveloppé le ciel d’une ombre noire, et la nuit ôte aux objets leur couleur.

Devant le vestibule des enfers, et à la bouche même du gouffre de l’Orcus, le Chagrin et les Remords vengeurs ont établi leur demeure. Là habitent et les pâles Maladies, et la triste Vieillesse, et la Faim, mauvaise conseillère, et la honteuse Indigence, spectres terribles à voir, et la Mort, et le Travail, et le Sommeil frère de la Mort, et les mauvaises Joies du cœur, et sur le seuil même la Guerre meurtrière, et les Euménides couchées sur des lits de fer, et la Discorde insensée, avec sa chevelure de vipères qu’enlacent des bandelettes sanglantes. Au milieu est un orme touffu, immense, qui étend de tous côtés ses rameaux et ses bras séculaires : c’est, dit-on, la retraite des vains Songes, qui s’abritent, hôtes légers, sous chaque feuille. Là sont encore mille monstres divers : sous les portes gîtent les Centaures, les Scyllas à la double forme, Briarée aux cent bras, l’Hydre de Lerne aux sifflements horribles, la Chimère armée de flammes, les Gorgones, les Harpies, et l’ombre de Géryon aux trois corps.

Soudain Énée, frappé de terreur, saisit son glaive et leur en présente la pointe : et si la docte prêtresse ne l’eût pas averti que c’étaient de légers simulacres sans corps, de vaines et subtiles images qui voltigeaient dans les ténèbres, il se serait précipité, et il aurait frappé çà et là de son épée d’impalpables fantômes. » Enéide, 6.

 

Soslan, le sauvage héros des Ossètes (descendant des Alains), visite lui aussi l'enfer. Dès son entrée, il croise les fantômes.

« J'ai enfoncé la porte et je suis entré de force », confie-t-il à sa femme Beduha, qui réside en enfer alors que Soslan ne fait qu'y passer, occupant la même fonction que la Pythie de Virgile. Elle est celle qui, vivant au pays des morts, peut en expliquer les mystères.

« La porte franchie, j'ai vu venir une foule d'hommes en armes, continue-t-il. Ils se sont jetés sur moi, proférant des menaces, criant que je ne leur échapperais pas. Mais leurs mains n'ont pas pu m'atteindre et moi, sans dire un mot, comme si je ne m'apercevais de rien, j'ai poursuivi mon chemin.

- Il n'y a rien là d'étonnant, lui répond-elle. Ces hommes sont tous ceux que ta main a expédiés chez les morts. Tant que tu n'es pas mort toi-même, ils ne peuvent t'atteindre et n'ont pas le moyen de se venger, mais, quand tu mourras, ils sauront bien te tourmenter. » Soslan au Pays des Morts, dans G. Dumézil, Le Livre des héros, légendes sur les Nartes.

 

Dans le Livre d'Arda Viraf (68) :

« Je vis également les âmes d'un homme et d'une femme. Si l'homme s'envolait vers le ciel, la femme était maintenue en enfer, alors sa main s'accrochait au nœud et au fil sacré [kusti] qui étaient autour de la taille de l'homme. Le retenant ainsi de s'envoler au paradis, elle gémissait : « Comment se peut-il qu'après avoir connu une union bénéfique parmi les vivants, à présent tu ailles au ciel tandis que je m'en vais en enfer ? »

L'homme lui répondit : « c'est parce que j'ai reçu les justes, les dignes et les pauvres et [je fus généreux avec eux.] J'ai pratiqué la juste pensée, la juste parole et le juste devoir. J'ai aussi écouté Dieu, rejeté les démons et pratiqué la bonne religion des mazdéens. Toi par contre tu as méprisé les pauvres, les dignes et les voyageurs. Tu as aussi méprisé Dieu, adoré les idoles et pratiqué la mauvaise pensée, la mauvaise parole et le mauvais devoir, de sorte que tu es demeuré ferme dans le culte d'Ahriman et des démons. »

Sa femme lui dit alors : « Lorsque nous étions vivants, tu fus mon maître absolu et mon corps comme mon âme étaient à toi. Ma nourriture, mes vêtements, tout ce que j'avais me venait de toi. Ainsi donc, pourquoi ne m'as-tu jamais puni ni châtié pour mon attitude ? Tu ne m'as même pas enseigné la bonté ni la sagesse que tu te revendiques. Que ne m'as-tu pas appris la bonté et l'excellence, grâce à quoi, à présent, je n'aurais pas eu à supporter les affres de l'enfer ? »

L'homme a finalement rejoint le ciel et la femme resta en enfer. Cependant, en considération de se repentance, elle ne fut pas affligée de souffrances et le châtiment fut de demeurer dans un coin sordide et obscur de l'enfer. Quant à l'homme, il s'est assis au paradis parmi les pieux et fut honteux de ne pas avoir converti sa femme, qui grâce à lui aurait pu être vertueuse. »

Les FANTÔMES

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