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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le DÉLUGE indien

Récit inspiré du Matsya Purana, selon la traduction de J. A. Dubois (le Matsya Purana est un des plus anciens recueils du corpus puranique).

*

Alors que Brahma, l’auteur et le gardien des Védas, était plongé dans le sommeil, le démon Hiranyaksha s'approcha de lui pour lui voler sa doctrine sacrée. Pour mieux s’assurer ce précieux trésor, il avala les Védas, puis s'en alla aussitôt se cacher dans l'abîme le plus profond de l'océan des eaux primordiales, capturant au passage la Terre.

Une fois qu'il eut vent de cet événement, Vishnou, l’Être-Suprême, prit aussitôt la résolution de récupérer à tous prix les Véda perdus et de les rendre à Brahma. C'est ainsi qu'il s’incarna en un nouvel avatar, Matsia, un poisson qui naquit dans la rivière Narmada, qui n'était autre qu'une des filles de Shiva qui nourrissait le sud de l'Inde de ses flots.

C'est alors qu'un matin, afin de purifier son esprit et son corps avant de recevoir en lui les rayons du Soleil, Manu, le roi de la Terre, qui depuis quelques centaines d'années était veuf, s’était levé à l'aube pour faire ses ablutions dans la rivière sacrée. Après s'être mouillé, il offrit des libations d'eau aux ancêtres, c'est à dire qu'il prit de l'eau dans son vase de cuivre, puis éleva le bol vers le ciel et demeura ainsi immobiles quelques instants en marmonnant une prière. Ensuite, il renversa lentement le vase, délivrant ainsi une onde qui retombait dans les vagues du passible fleuve, tout comme jadis Narmada était tombé du ciel sur les montagnes Vindhya pour le bonheur de l'humanité.

Vishnou, incarné en petit poisson, attendu qu'il eut terminé ses ablutions pour sauter dans son vase. Manu fut pris de pitié à la vue du poisson frétillant dans le vase vide, et pensant qu'en sautant ainsi dans son vase il cherchait sa protection contre les plus poissons de la rivière, il emplit son récipient et l'amena avec lui jusqu'à son palais.

Le poisson lui dit en chemin : « Tant que nous sommes petits, nous sommes en péril ; car un poisson dévore l’autre. Protège-moi et je te protégerai. D’abord, garde-moi dans un vase, puis, quand je serai trop grand pour y tenir, creuse-moi un bassin où je pourrais nager. Quand je serai trop gros pour demeurer au fond du bassin, jette-moi dans la mer, car j’aurai alors la force d’échapper à tous les dangers. »

Cependant, si ce poisson ne faisait qu'un pouce de long lorsqu'il jaillit du Gange, il avait en quelques jours tant crût que le vase n’était plus suffisant pour le contenir. Voyant ce prodige, saisi d’étonnement et de crainte, Manu s'écria :

« Quelle est donc la merveille dont je suis témoin ! Est-ce un poisson ? Est-ce un dieu ? Ou bien est-ce là l’effet d’une illusion ? »

Le roi le plaça alors dans une grande barque remplie d’eau, où il pût nager à son aise.

Le poisson croissait de jour en jour et à vue d’œil, et bientôt la barque ne put plus le contenir. On le transporta alors jusqu'à la mer. Il était alors devenu si monstrueux qu’il inspirait à chacun la terreur. Le roi Manu, qui avait aussi peur que ses sujets, alla trouver le poisson, et après lui avoir offert ses adorations, il lui dit : « Qui êtes-vous, seigneur poisson ? D’où venez-vous ? Qu'est-ce qui vous a amené par ici ? Votre vue inspire partout la terreur et mes sujets, saisis d’épouvante, ont déjà pris la fuite et quitté le pays ! »

_ Ne crains rien, grand roi Manu ! répondit le poisson : je suis l’Être-Suprême, le grand Vishnou. Sache que les Védas ont été volés par un démon qui est caché au fond de la mer. J’ai pris la forme d'un poisson pour aller à sa recherche et lui arracher la doctrine sacrée, afin de la rendre à Brahma. Bientôt un déluge dévastera l'univers, alors construit un bateau et rejoint-moi ici même quand le monde sera inondé. »

Le roi ayant entendu ces paroles, loua profondément la gloire et la grandeur du dieu-poisson, et se retira pour s'exécuter.

Peu de temps après, comme l'avait annoncé le poisson, les eaux tombèrent du ciel, et jaillirent des mers et des fleuves. Le fil qui retenait les étoiles à la voûte de l'univers ayant été rompu, les astres tombèrent sur la Terre, qui fut aussitôt dévastée.

Tandis que le Feu, comme un chef, ressemblait les dieux, Manu se rendit au sommet de l'Himalaya et depuis le sommet du monde, il vu s'élever les fumées des sacrifices. Il chanta alors les paroles magiques du Shanty Mantra, le mantra de la paix. Dans la joie et l'enthousiasme, toutes les divinités, ainsi que le peuple de Manu, concentrèrent leurs prières et l'accompagnèrent en chantant le poème Védique suivant :

« Ô Terre, nous t'adressons des mots d'amour et douceur, et nourrissons pour toi des pensées douces et aimantes. Puissions-nous ne jamais te blesser, ni t'exploiter...

Nous adressons donc nos prières aux dieux et à tous les êtres de la création, auxquels nous adressons un sacrifice plein d'amour.

Puisse Dieu accroître l'éclat et la splendeur de celui qui lui adresse ses sacrifices, puissent nos ancêtres se réjouirent et connaître à leur tour le bonheur !

Om Shanti ! Shanti ! Shanti... Que la paix soit sur l'univers... »

C'est alors que Matsia, qui était devenu plus grand qu'une baleine, partit à la recherche du démon de l'avarice Hiranyaksha, qui avait volé les Védas à Brahma, assoupi depuis que la création était parvenue à son terme. Après l’avoir longtemps cherché en vain, Matsia le découvrit enfin dans l’abîme et l’attaqua aussitôt, lui arracha les entrailles pour y trouver les Védas qui y étaient cachés.

De retour à la surface, Matsia retrouva le roi Manu, seul survivant de l'humanité, sur le pont de son bateau, qui l’attendait en disciple fidèle, accompagné seulement d'un couple de chacun des animaux de la Terre. Une corne d'or avait poussé sur le front de Matsia, qui lui avait permis de terrasser Hiranyaksha. Afin de lier cette corne au bateau de Manu, Vishnou ordonna à Sesha de servir de corde, grâce à son corps infini qui est la frontière entre ce qui meurt et ce qui ne meurt pas, puis le poisson tira l'embarcation jusqu'à l'Himalaya, qui ressemblait alors à une petite île sur un océan de vagues furieuses.

Après l'avoir déposé en sécurité au sommet des montagnes, autour desquelles déjà les flots refluaient, Matsia dit à Manu:

_ Te voilà sauvé ! Lie maintenant ton navire à un arbre et quand les eaux se retireront, tu en redescendras. »

Le poisson confia ensuite à Manu les Védas, que le saint-roi tendit aussitôt à Brahma, puis Matsia disparu pour mourir de ses blessures au font de la mer. Depuis, Matsia est vénéré comme le sauveur de l'océan des misères et le sauveur de ceux qui s'incarnent dans l'existence matérielle, c'est à dire sur Terre.

Le DÉLUGE indien

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