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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le mythe ARYEN moderne et le rapprochement indo-allemand lors de la seconde guerre mondiale

Le mythe aryen moderne

Au milieu du 19e siècle, la colonisation anglaise de l'Inde permit à l'Occident de découvrir enfin la friche philosophique hindoue (Vedanta). Les Védas furent traduits en Europe, de même que les puranas. Aux clichés et a priori du siècle précédent succède l’émerveillement. Enthousiasmés par les richesses de l'hindouisme et du bouddhisme, c'est avec attention et délectation que Lamartine, Schopenhauer, puis Nietzsche, liront respectivement le Ramayana, les Upanishads et l'Avestan. Ces ouvrages sont traduits pour la première fois pour un public occidental par des indianistes comme Anquetil-du-Perron (1731-1805) ou Eugène Burnouf (1801-1852). Nombreux sont alors les artistes et intellectuels européens à trouver en Inde une source d'inspiration fabuleuse. Le chef de file du Parnasse parisien, Leconte de Lisle (1818-1894), y puisera la matière pour composer une bonne partie de son œuvre poétique, avec des hymnes tels que « Prière védique pour les morts », « La mort de Valmiki », « La vision de Brahma », « L’arc de Shiva », ou encore « La joie de Shiva. »

En 1875 est fondé à Bombay l’Arya-Samaj, la « noble société », qui se propose de rétablir de manière stricte et sans compromis les Védas comme base unique de la pensée hindoue. Les puranas, les influences du monothéisme, sont minorés pour essayer de rendre aux Védas leur caractère essentiel et central dans le culte aryen. La Bhakti et toutes les tendances de l'hindouisme moderne sont récusées comme étant des œuvres humaines et falsificatrices. Ses membres proposent de revenir à un culte védique prédatant les invasions musulmanes et la décadence de la pensée indienne, la perte des traditions et l'oubli du sens des vérités initiales. Ce que souhaitent alors les membres de la Noble Société, c'est rétablir les Védas et les Upanishads comme uniques sources de sagesse possible, mais aussi assumer les castes comme étant indispensables à la perpétuation de la pureté raciale et religieuse.

Les divinités comme Shiva ou Vishnou sont alors relayées au rang d'idoles, pour que seules demeurent les puissances élémentaires. Il s'agit donc d'un retour aux sources de l’hindouisme qui, par son intransigeance, signifie aussi le reflux qui marque la fin d'une décadence et l'amorce d'un renouveau. Ce renouveau aryen fera naître pourtant de nombreux fantasmes, tant en Inde qu'en Europe et la suprématie de la culture aryenne se verra bientôt considérée comme la base théorique et raciale du nazisme.

Si ce mouvement eut un grand retentissement en Inde, qui se cherchait un nationalisme intellectuel pour redonner vie à une culture brahmanique moribonde. En Occident, c'est le Védanta universaliste de Vivekananda, disciple de Ramakrishna, qui passionne les foules et fait naître de très nombreuses vocations. En 1893, au Parlement des religions à Chicago l’allocution de Vivekananda fait grande impression. Il prône une sorte d'œcuménisme de tous les cultes, sur la base d'un immense respect et d'une pratique quotidienne du yoga, ou de la prière philosophique.

De 1875 jusqu'en 1945, c'est véritablement l'âge d'or de la diffusion de la pensée indienne, pourtant déformée par le prisme d'un Occident curieux et romantique. La même année que la fondation de l'Arya Samaj est créée la société théosophique, un courant de pensée ésotérique, philosophique et religieux, fondé par Helena Blavastky (1831–1891) et largement inspiré de l'hindouisme. La société théosophique se propose de faire découvrir à l'Occident les principaux préceptes de l’ésotérisme hindou et du Védanta. Helena Blavatsky est la fondatrice du mouvement théosophique, qui s'inspire du savoir ancestral de toutes les religions, ainsi que du spiritisme et de l'occultisme, pour fonder une gnose ésotérique. Le cycle des réincarnations, le cycle temporel et cosmique des yugas, les dessins magiques, les mantras, ainsi que la méditation transcendantale comme moyen d'élévation spirituelle, sont autant de concepts typiquement indiens repris dans la théosophie.

Vingt ans plus tôt, en 1857, Alan Kardec, le plus grand des spirites, publiait déjà ses premiers rapports de transe et de table de spiritisme, reconnaissant le principe des vies passées et futures, rappelant le principe de réincarnation des hindous et bouddhistes.

« Tous ces mouvements : Rose-Croix moderne, Golden Dawn, Société du Vril allemande (qui nous amèneront au groupe Thulé où nous trouverons Haushoffer, Hess, Hitler) avaient plus ou moins partie liée avec la Société Théosophique, puissante et bien organisée. La théosophie ajoutait à la magie néo-païenne un appareil oriental et une terminologie hindoue. Ou plutôt, elle ouvrait à un certain Orient luciférien les routes de l’Occident. C’est sous le nom de théosophisme que l’on a fini par décrire le vaste mouvement de renaissance du magique qui a bouleversé beaucoup d’intelligences au début du siècle. » J. Bergier et L. Pauwels, Le Matin des magiciens (2,5).

Tout au long du 19e siècle, les études linguistiques mettront à jour les généalogies entre le latin, le grec, le sanskrit, mais aussi l'allemand, l'anglais, etc. La fièvre aryenne saisit les courants volkish et païens allemands, qui redécouvrent, avec des erreurs d'appréciation mais animés d'une réelle quête de vérité, les relations entre l’Europe de l'âge de bronze, et les civilisations védiques et perses. Face à des preuves irréfutables d'un lien à la fois linguistique et culturelle entre la plus haute antiquité européenne et asiatique, ces chercheurs, fruits de leur époque, pensèrent qu'en ces temps reculés, ce devait être l’Europe qui colonisa le reste du monde. L'inverse leur eut été impensable. Le peuple européen devait donc représenter une certaine forme de pureté qui se perdit au contact des autres peuples de la planète.

Ce que nous ont révélé l'Histoire et l'archéologie est tout autre : alors même que la civilisation brahmanique des Aryas indiens rayonnait, ceux qui allaient devenir les Celtes et les Germains n'étaient encore que des nomades aux tribus indistincts, errant entre la Sibérie, le bassin du Tarim et le Mer du Nord. Les Celtes n'arrivèrent en Europe au plus tôt vers l'an mille avant J.-C., les Germains les survirent de plusieurs siècles et les Slaves n’arrivèrent en Ukraine qu'au seuil du premier millénaire de notre ère.

Sous l’influence allemande, le terme d'Aryen devint cependant synonyme de race blanche et supérieure, « blonde aux yeux bleus ». Durant la seconde partie du 20e siècle, à la suite de recherches génétiques montrant une origine commune dans le Caucase de la race blanche, le terme de « caucasien » devint le terme officiel de l’administration américaine pour désigner la race blanche. Le terme caucasien ne fait cependant plus mention d'une quelconque homogénéité culturelle, mais seulement de la couleur de peau. Ne qualifiant plus seulement les ethnies nordiques aux yeux bleus et aux cheveux blonds, le terme de caucasien convient aussi aux ethnies méditerranéennes et sémites, à la peau blanche mais aux cheveux bruns. Il exclut par contre les peuples à la peau noire mais au visage de type tout à fait nordique, comme les Indiens et les Iraniens. Cette dénomination, se basant uniquement sur une couleur de peau, exclut en vérité toute la diversité culturelle. Si les Indo-Européens n'étaient pas nécessairement blancs de peau, ils partageaient tous une base mythologique et linguistique commune.

En 1933, le svastika, même incompris, flotte tout de même au-dessus des villes allemandes. Le nazisme devint le principal propagateur de cette interprétation frauduleuse : les Aryens indiens ne dérivaient pas des troupes d'Alexandre le Grand, ni des premiers Aryens européens, mais c'était plutôt les peuples celtes, italiques et germaniques qui avaient quitté l'Asie occidentale pour s'installer en Europe continentale dans un premier temps, puis tout autour du bassin méditerranéen.

La théorie des invasions aryennes, en vogue tout au long du 19e siècle jusqu'au milieu du 20e, est de nos jours considérée comme erronée. Pour nous en faire un résumé, laissons donc la parole à celui qui en fut un fervent défenseur. Dans son manifeste politique et philosophique, Mon Combat (1925), Adolphe Hitler reprend une théorie tout à fait classique du surgissement des peuples aryens à travers le monde, mais largement erronée, car composée de préjugés qui seront, au fil des découvertes linguistiques et archéologiques, dûment démentis tout au long de la seconde partie du XXe siècle :

« L'image qu'on peut se faire de l'évolution [des peuples] est la suivante : des peuples aryens - dont l'effectif est d'une faiblesse vraiment ridicule - soumettent des peuples étrangers et, sollicités par les conditions de vie que leur présente la nouvelle contrée (fertilité, nature du climat, etc.) ou profitant aussi de l'abondance de la main-d’œuvre que leur fournissent des hommes de race inférieure, ils développent alors les facultés intellectuelles et organisatrices qui sommeillaient en eux. En quelques millénaires, ou même quelques siècles, ils mettent sur pied des civilisations qui, primitivement, portent des traits répondant complètement à leur façon d'être et adaptés aux propriétés particulières du sol indiquées plus haut et à l'esprit des hommes qu'ils ont soumis. Mais enfin les conquérants deviennent infidèles au principe, d'abord observé, en vertu duquel ils conservaient la pureté de leur sang ; ils commencent à s'unir aux indigènes leurs sujets et mettent fin ainsi à leur propre existence ; car le péché originel commis dans le Paradis a toujours pour conséquence l'expulsion des coupables. » Adolphe Hitler, Mon Combat, 1925.

Comme se l'imaginait Hitler, les migrations aryennes en Inde furent longtemps présentées comme des invasions. Pourtant, aucun massacre d’importance, aucune trace de guerre, aucune trace de génocide ne suivent leur avancée en Inde, et si les Aryens ont véritablement dominé le nord de l'Inde de 1500 à 500 avant J.-C., il s'agissait alors plutôt d'une domination politique, d'une influence culturelle et religieuse, plutôt qu'une vaste conquête ayant opposé clans aryens et tribus dravidiennes. Plutôt que de s'opposer, ces deux cultures semblent avoir bien souvent cohabité et échangé leurs pratiques mystiques, philosophiques et culturelles. Comme le résume très justement Augustin Filon (L’Inde d’aujourd’hui d’après les écrivains indiens) :

« La soumission des races autochtones par les Aryens, graduelle et pacifique, fut moins une conquête qu’un apostolat »

Alors qu'éclatent la première puis la Seconde Guerre mondiale, l’Inde est une colonie anglaise, donc un ennemi de l'Allemagne. Le Parti du congrès, qui avait été formé par une bourgeoisie indienne anglophile, était puissant en Inde. Il encourageait toute tentative de libération du joug anglais, en particulier par les grèves et les actions non-violentes (Gandhi), mais ce parti refusait catégoriquement de s'allier à un régime autoritaire lointain. En somme, et paradoxalement, ce parti s'alignait parfaitement sur la position de leurs maîtres britanniques. Dans les années 1940, la situation est donc paradoxale : à Calcutta, des grèves et des mouvements non-violents sont menés à grande échelle et à travers tout le pays. Mais de l'autre côté de l'Eurasie, des millions de volontaires servent sous l'uniforme de celui qui porte aussi le fouet. Encore plus ironiques, leurs adversaires sont alors des soldats allemands réunis sous la bannière du svastika, le symbole du peuple aryen.

Les pères du nationalisme indien comme Gandhi et Nehru n'ont cependant jamais caché leur intérêt pour des personnalités européennes comme Mussolini ou Hitler. Mais une fois les combats engagés, l'Inde se rangera sans difficulté du côté de la Couronne britannique, comme son plus fidèle et servile allié. En 1939, l'armée des Indes britanniques est composée de 205 000 hommes. Suite à l’enrôlement des volontaires, poussée à s'engager dans un climat de famine et de paupérisation dû à la sécheresse et à l'inflation, elle en comptera plus de deux millions et demi. La plupart sont des volontaires, poussés à se battre à des milliers de kilomètres de chez eux pour échapper à la famine qui déchire alors le nord-est indien.

Durant la Première Guerre mondiale, des indépendantistes indiens avaient encouragé une révolte dans les troupes indiennes engagées auprès des Britanniques, puis une alliance avec les Allemands pour libérer, après l’Europe, le Moyen-Orient, la Perse et l'Inde. Cependant, ce projet était resté à son état de projet et plus tard, face à un conflit d'envergure mondiale, il semblait équivoque à certains indépendantistes que l'Inde se range systématiquement du côté de son maître et envahisseur.

Jeune nationaliste de la bourgeoisie occidentalisée indienne, Subhas Chandra Bose (1897-1945) pense alors comme de nombreux Indiens que la Seconde Guerre mondiale allait encore plus affaiblir l'Europe et que les puissances coloniales n'auront bientôt plus la force de maintenir leurs empires. Pour Bose, un rapprochement de l'Inde avec l'Allemagne permettrait d’accélérer le départ des Anglais, qui ne seraient plus en mesure de mener un double front, à la fois subissant les bombes allemandes en métropole et des révoltes paysannes dans ses colonies.

Déjà, la défaite française et l'occupation de la métropole avaient provoqué le départ des quelques milliers de Français qui vivaient encore en Indochine, quittant l'Asie sous les menaces conjointes des forces rebelles et japonaises.

La position de Bose est cependant peu suivie, même si elle est tolérée. Gandhi, ainsi que les chefs de la bourgeoisie indienne, quoique indépendantistes, sont très attachés à ce que l'indépendance ne se fasse pas sans sauvegarder les bénéfices et les intérêts que les Anglais leur transmettraient. Leur souhait était d'éviter une guerre, civile comme militaire, tout en se posant comme seule force politique capable de succéder à la Couronne britannique.

C'est donc de sa propre autorité que Bose prit l'avion au début de l'année 1941 pour rejoindre d'abord l'URSS, puis l’Europe continentale et enfin Berlin, où il put rencontrer le maître du nouveau Reich allemand, Adolphe Hitler. Leur entrevue fut rapide, une poignée de mains officialisa la rencontre, mais rien ne fut obtenu.

Bose proposait pourtant au führer de lever les campagnes indiennes contre les Britanniques, de ne plus payer les impôts à la Couronne, de mener mille grèves aux quatre coins de l'Empire des Indes. Bose se faisait fort d'une légion de 10 000 hommes qui l'attendaient au Bengale, et qu'il remettait complètement aux ordres du commandement allemand, si celui-ci en avait besoin. Il proposa enfin de lever des engagés volontaires indiens pour venir grossir les rangs de la Wehrmacht, une fois qu'elle aurait envahi la Perse et roulerait vers Delhi.

En 1941, Hitler n'a pas encore rompu son pacte avec Staline, l’Angleterre était seule à subir la foudre des bombes, les Américains n'avaient pas encore débarqué en Afrique du Nord, les forces italiennes enfonçaient les lignes éthiopiennes et françaises comme le sable coule d'un sablier. Puissant, se croyant maître de son destin, le chancelier allemand, qui n'avait pourtant que la race aryenne à la bouche, refusa alors la main tendue d'un sous-continent pour une alliance indo-européenne. Le contrôle de soi, la famille, les dieux élémentaires et le parti unique auraient été les piliers d'un tel empire. Après quelques photos de circonstance, Subhas Chandra Bose se retira. Les 40 000 Indiens volontaires de Bose s'allièrent finalement à l’armée japonaise.

L'erreur que fit Hitler de refuser un allié, aussi humble soit-il, les Anglais ne la firent pas. Au même moment, à plusieurs milliers de kilomètres de Berlin, les Britanniques signaient avec les dignitaires perses des alliances et des promesses d'indépendance en échange de leur pétrole et surtout, de la possibilité de disposer leur armée pour protéger les champs pétroliers iraniens et irakiens, dont l'avenir de la guerre dépendait.

Hitler s'étant montré plus d'une fois en public avec des cheikhs musulmans, Bose pensait que le Führer serait sensible à la condition des Indiens, qui auraient pu en échange d'un maigre salaire ou d'un espoir de liberté, se lever par millions pour repousser les Anglais à la mer. Mais Hitler avait le racisme farouche, ce qui devait le mener à se méfier de tout ce qui venait d'Orient. Bose le laissa indifférent. Hitler, pour qui l'ésotérisme ne fut jamais qu'un passe-temps, n’éprouva aucun respect particulier pour ce jeune brahmane à l'accent fort prononcé et à l'allure efféminée et empotée.

En revanche, Bose fut bien accueilli par Heinrich Himmler, le chef des SS, qui s'intéressait aux spiritualités indiennes. Ce dernier avait créé l'Ahnenerbe : la section anthropologie et archéologie de la SS.

« Ces recherches allaient de l’activité scientifique proprement dite à l’étude des pratiques occultes, de la vivisection pratiquée sur les prisonniers à l’espionnage des sociétés secrètes. Il y eut des pourparlers avec Skorzeny pour organiser une expédition dont l’objet était de voler le Saint Graal, et Himmler créa une section spéciale, un service de renseignements charge « du domaine du surnaturel ».La liste des rapports établis à grands frais par l’Ahnenerbe confond l’imagination : présence de la confrérie Rose-Croix, symbolisme de la suppression de la harpe dans l’Ulster, signification occulte des tourelles gothiques et des chapeaux hauts de forme d’Eton, etc. Quand les armées se préparent à évacuer Naples, Himmler multiplie les ordres pour que l’on n’oublie surtout pas d’emporter la vaste pierre tombale du dernier empereur Hohenstaufen. En 1943, après la chute de Mussolini, le Reichsführer réunit dans une villa des environs de Berlin les six plus grands occultistes d’Allemagne pour découvrir le lieu où le Duce est retenu prisonnier. Les conférences d’état-major commencent par une séance de concentration yogique. Au Tibet, sur ordre de Sievers, le docteur Scheffer prend de multiples contacts dans les lamaseries. Il ramène à Munich, pour les études « scientifiques », des chevaux « aryens » et des abeilles « aryennes » dont le miel a des vertus particulières. » Le Matin des magiciens (2,10).

 

Frei Indien

 

Il fallut pourtant encore attendre dix mois et décembre 1941 pour que soit créé le corps indien de la Waffen S.S, sous le nom d'« Indische Legion », les volontaires indiens. Destinés à l'origine à lutter contre les Britanniques, quelque 4000 à 5000 hommes furent recrutés par Bose et les SS, en puisant surtout dans les prisonniers de l'armée anglaise récupérés en Afrique du Nord, ainsi que dans les rangs de la diaspora étudiante indépendantiste indienne installée en Allemagne. La légion des volontaires indiens sera exposée quelque temps aux yeux de la presse propagandiste, puis elle fut entraînée et trimballée d'une zone de guerre à l'autre, sans jamais vraiment participer aux combats. Quelques soldats sikhs furent employés en France au contrôle des routes et à la vérification des papiers d'identité des Français.

 

Les volontaires indiens, en France

 

Pour en savoir plus sur les relations entre le nazisme et la tradition indo-aryenne, le livre de Jacques Bergier et Louis Pauwels, Le Matin des magiciens (1960), bien que décrié, demeure une référence. Cet ouvrage, qui n'est pas un travail d'historien ni de scientifique, est un point de départ stimulant permettant des recherches plus approfondies. Cependant, si ce livre nous indique les relations, et elles sont très nombreuses, entre le nazisme et la culture indo-européenne, ce précieux ouvrage ne doit pas occulter la réalité de la politique nazie envers le paganisme. Celui-ci ne fut jamais ne fut priorité nationale et les racines indo-européennes ne furent jamais célébrées qu'à travers le prisme du parti unique et la gloire du Führer.

Il faut donc différencier l'aryanisme d’apparat, de vitrine, de ce que furent les faits en réalité. Loin de les menacer, le régime nazi sauvegarda les intérêts de l’Église, et une fois la guerre commencée, c'est-à-dire que les choses sérieuses débutèrent et que la propagande battait à plein régime, les programmes de recherche sur les racines indo-européennes furent stoppés. Les expéditions dans les îles Féroé, en Suède, au Népal, au Tibet, la collecte d'objets de sorcellerie et l'étude scientifique de l'ésotérisme, se sont dès lors arrêtées avant même qu'elles n'aient donné des résultats intéressants.

Le chercheur aventurier Otto Rahn fut même persécuté et exécuté, de même que le château de Wewelsburg, qu'Himmler avait voulu comme un centre de recherches mystico-culturelles, n'était plus, en 1939, qu'un centre de formation de la SS, où étaient formés non pas des intellectuels et des linguistes, qui auraient dû devenir la nouvelle noblesse de l'Occident renouvelé, mais de simples soldats, qui furent parmi les plus cruels soudards de l'Histoire.

Tout cela nous indique que le Führer n'avait jamais eu la moindre envie de promouvoir les racines germaniques et donc païennes de l'Europe, et qu'il ne s'agissait là que d'une compromission avec les premières élites du parti nazi, qui étaient ethnologues, indianistes, voyageurs et poètes.

De fait, à part un thème brandi, à part un slogan, à part le vol ignoble du Svastika pour l'afficher sur un drapeau taché de sang, la connexion indo-européenne, les velléités « aryennes » de Hitler et des nazis ne furent qu'un simulacre qui, en plus d'être inefficace, jeta pour longtemps l'opprobre sur les véritables racines des peuples européens.

Dans une tentative désespérée de doubler les Alliés par l'est et de rejoindre les champs pétroliers de la Perse et de la Mésopotamie, dont pense-t-il, dépend le sort de la guerre, Hitler lance l'opération Barbarossa dans l'été 1941. La Wehrmacht tente alors de rejoindre les champs pétroliers, espérant couper les Anglais du principal moteur de leur industrie.

L'URSS puis l'Ukraine sont envahies. Pourtant, contrairement à l'invasion des pays du Benelux et du nord de la France, la Blitzkrieg ne donne pas les mêmes résultats en Russie, où les distances sont si vastes et les villes si rares, que l'état-major allemand, comme Napoléon plus d'un siècle plus tôt, semble avoir méprisé la spécificité géographique russe.

Empêtré dans la révolution communiste et le stalinisme, la Russie n'oppose d'abord qu'une résistance théorique et politique, mais rien ne fait obstacle à la Wehrmacht qui progresse vite, mais pas assez vite pour rejoindre les champs pétroliers arabes. Après une année de manœuvres et d'escarmouches, l'armée allemande lance à l'été 1942 l'opération Bleue, qui a pour but de s'avancer le plus en avant vers le Caucase afin de préparer l'invasion de la Perse.

Lorsque le Reich lance son offensive sur la Russie et dirige ses chars en direction du Caucase, tous les contingents volontaires européens sont envoyés au front, y compris les Wallons de Léon Degrelle et la légion bleue espagnole, envoyée par Franco. Les quelques milliers de soldats de la légion indienne, sûrement mal préparés et peu entraînés, destinés à une mort certaine mais surtout inutiles, sont laissés en Europe.

Le Caucase est finalement atteint, porte symbolique de l'Orient. Livrée à elle-même, sans commandement clair, l'armée allemande hésite entre l'invasion facile mais inutile du Kazakhstan, la prise de Grozny, la capitale de la Tchétchénie, ou l'occupation de la Géorgie. Par manque de ravitaillement, la pointe de l'armée allemande se retira du Caucase sans avoir vraiment combattu, pour porter main forte à l'arrière-garde qui, plus à l'ouest, en Russie, subissait ses premiers revers.

Après 2 600 km de plaines et de steppes, les troupes allemandes ne dépasseront donc jamais l'Ossétie, ne prendront jamais sa capitale Grozny et reculeront même après leur offensive éclair pour s'enliser en Ukraine et dans la ville symbole de Stalingrad, qu'ils n’évacueront qu'en 1943.

« Après Stalingrad, Hitler n’est plus un prophète. Sa religion s’écroule. Stalingrad n’est pas seulement une défaite militaire et politique. L’équilibre des forces spirituelles est modifié, la roue tourne. Les journaux allemands paraissent encadrés de noir et les descriptions qu’ils donnent du désastre sont plus terribles que celles des communiqués russes. Le deuil national est décrété. Mais ce deuil dépasse la nation. « Rendez-vous compte ! écrit Goebbels. C’est toute une pensée, c’est toute une conception de l’Univers qui subit une défaite. Les forces spirituelles vont être écrasées, l’heure du jugement approche. » Le Matin des magiciens, 2,7.

À son avancée maximum, l'armée allemande était donc à mi-distance de Berlin et de la frontière de l'Hindustan, et 2 500 km la séparaient encore du Baloutchistan et du Penjab… Quelques milliers de kilomètres encore plus à l'est, 40 000 Indiens s'étaient déjà engagés volontairement avec le Japon, suivant Bose qui était revenu en Asie.

Durant ces combats rapides dans le Caucase, l'armée allemande put compter sur l'aide des Kalmoukes, le seul peuple d’Europe de confession bouddhiste. Composé d'émigrés mongols venus s’installer dans la Russie tsariste quelques siècles plus tôt, ce peuple souffrait beaucoup de l'épuration ethnique et culturelle qui avait succédé à l'arrivée au pouvoir du parti unique communiste. Une fois l'armée allemande repartie, la Russie soviétique déporta massivement cette communauté et en fit périr un bon nombre au goulag.

Malgré les traités d'alliance signés par le Dalaï-Lama, qui unissaient le Tibet à l’Allemagne hitlérienne, malgré la bienveillance du califat islamique envers une Allemagne capable de réduire à néant les prétentions coloniales françaises, anglaises et sionistes et malgré la main tendue de Bose, l’Allemagne nazie ne jugea pourtant jamais nécessaire de nouer des alliances intercontinentales. Celles-ci auraient pourtant pu, à bien des égards, compenser la nullité de l'encombrant allié italien, la neutralité de l'Espagne franquiste, et le dangereux fanatisme des branches locales des fascismes belge, français, roumain et bulgare.

L'armée allemande échoua donc à étendre son influence à plus de 2 600 km de Berlin. En comparaison, le Japon étendait vers la même époque son influence militaire jusqu'à Imphal, à plus de 3 650 km de l'île japonaise méridionale d'Okinawa et à plus de 4 500 de Tokyo. Les Italiens quant à eux, contrôlaient au début de la Seconde Guerre mondiale, un vaste espace en partie désertique, qui s'étendait de la Calabre à Mogadiscio, 5 000 km plus au sud. En somme, obsédé par la mise sous tutelle des nations européennes conquises, négligeant de nouer des pactes équitables entre nations souveraines, l'Allemagne nazie perdit la guerre seule, étouffée dans une Europe en ruine.

Alors que le front des puissances de l'Axe se concentre vers l'Orient, l'Italie fasciste crée elle aussi en 1942 sa légion indienne, pour les mêmes besoins propagandistes que les nazis, sans plus avoir l'intention de se rapprocher diplomatiquement des Indiens ou de la cause indépendantiste indienne. La légion italo-indienne est formée sur le modèle de sa jumelle allemande, étant principalement constituée des prisonniers de l'armée des Indes, capturés en Perse ou en Afrique du Nord.

Après 1942, quand il s'avéra évident que les puissances fascistes et nazies allaient perdre la guerre, il fut impossible aux Italiens comme aux Allemands de recruter de nouveaux soldats pour ces légions. Peu entraînée, sans être affiliée à aucune division de combat, l’« Azad Hindustan » participa tout de même à la défaite d'El Alamein. Ce qu'il en resta fut joint à ce qu'il restait de la division des volontaires indiens SS et ces quelques centaines de soldats finirent par rejoindre l'Inde en bateau, en 1943, offerts par les nazis aux forces japonaises qui occupaient alors Singapour.

En 1943, une famine ravage le Bengale. Elle est provoquée par l'occupation japonaise de l’Indochine. Le travail dans les rizières est très fortement perturbé. Les relations commerciales des frontières entre l'Inde et la Birmanie sont interrompues. Nombreux sont alors les Indiens qui s'engagent comme volontaires dans l'armée (britannique) des Indes. C'est cette même armée de volontaires qui gardera, dès le début de l'année 1942, les champs pétroliers perses, prête à accueillir par la mitraille toute incursion allemande venue du Caucase. Par leur présence même, toute tentative allemande de traverser la Russie devenait absolument inutile.

Il serait intéressant d'imaginer ce qu'il serait advenu du destin du monde si Hitler, au lieu de palabres à propos de la suprématie aryenne, avait pris au sérieux la proposition de Chandra Bose, et financé une révolte et une armée parallèle indienne. Celle-ci aurait été acquise à la fois à l’œuvre aryenne et à la lutte contre la puissance britannique.

Si une part, même infime des spoliations colossales et de l'enrichissement du IIIe Reich avait été reversée à la cause indépendantiste indienne, mais aussi arabe, par un jeu d'alliances non pas politiques mais religieuses, la Palestine, l'Irak, l'Inde du Nord se seraient soulevés. Le califat islamique, d'Istanbul à Dacca, aurait pu déstabiliser de manière conséquente l'Empire britannique, qui sans aucun doute aurait signé un armistice favorable aux intérêts continentaux des Allemands. En échange d'une soupe et de l'espoir d'être libérée des Anglais, l'Allemagne aurait pu voir les peuples indiens rallier sa cause et embraser un pays que la Couronne n'avait plus les moyens de surveiller.

De plus, en Asie, le Japon aurait eu avec les indépendantistes des alliés de choix pour combattre la présence et l'influence européenne en Asie du Sud, et communiste en Chine.

Ne dépassant jamais les quelques milliers de soldats, la légion indienne, était toujours dirigé par Bose. Celui-ci voulait associer l'Inde et son gouvernement en exil aux victoires japonaises. Il combattit en Asie jusqu'en 1944 et joua un rôle primordial dans la bataille d'Imphal, qui opposait Japonais et Anglais sur la frontière orientale des Indes, entre l'Assam et la Birmanie. Une victoire japonaise aurait ouvert le corridor du Brahmapoutre et la vallée du Gange aux troupes japonaises.

Ce n'est donc qu'en 1944, deux ans après que les nazis se furent retirés du Caucase, que les troupes japonaises, appuyées des soldats de Chandra Bose (qui avaient prêté allégeance au Japon pour libérer leur pays du joug anglais) attaquent la frontière assamaise lors de la bataille de Kohima, dans le pays Naga.

C'est l'ultime espoir des Japonais de percer l'Inde, mais il est bien vite réduit à néant. Les Japonais, empêtrés dans la jungle, ravagés par la maladie et la fatigue, sont incapables de livrer bataille, tandis que les forces britanniques, de l'autre côté des collines du Nagaland, construisent une route qui quitte Guwahati, la capitale de l'Assam, pour traverser la jungle sur plusieurs centaines de kilomètres. Grâce à ce ravitaillement, les combattants de l'armée des Indes repoussent les Japonais en Birmanie, puis en Indochine.

Les troupes de Bose se battirent vaillamment, mais cela ne suffit pas pour changer le cours d'une bataille perdue d'avance car menée par un Japon exsangue et qui n'était plus maître de la Chine, ni du Pacifique, tandis que l'Empire britannique se voyait libéré de l’emprise nazie en Europe et à la tête d'une alliance comprenant la Russie et l'Amérique.

Situé à la fois à des milliers de kilomètres de Berlin comme de Tokyo, le territoire indien fut donc laissé en dehors du carnage de la guerre.

Faits prisonniers par les Anglais, les soldats de la légion des volontaires ne furent pas traduits en justice pour traîtrise car la population indienne les considérait comme des héros et s'opposait à leur procès.

Subhas Chandra Bose décède en 1945, dans un accident d'avion. Il tentait de rejoindre une île japonaise où il comptait continuer la lutte contre l'envahisseur britannique, quitte à s'associer avec tous les régimes qui auraient pu l'aider dans sa cause mais aussi celle de plusieurs centaines de millions d’Indiens. Aujourd’hui encore Subhas Chandra Bose est considéré, malgré son parcours atypique, comme un père de la nation indienne, dont il est une des figures les plus populaires.

Subhas Chandra Bose
Subhas Chandra Bose
Subhas Chandra Bose

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Le mythe ARYEN moderne et le rapprochement indo-allemand lors de la seconde guerre mondiale

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