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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

GILGAMESH déscend en ENFER

Traduction Sauveplane

« Une perte aussi cruellement ressentie, modifia profondément l’humeur de Gilgamesh. De ce jour, ce ne fut plus le même homme. Hanté par de sombres visions, il ne rêva plus de combats, mais d’immortalité. Au lieu de courir les belles aventures, il se mit en quête du secret de la vie. L’infatigable lutteur fit place en lui au chercheur inquiet. Ainsi voyons-nous, dans le poème de Gilgamès, aux récits de guerre, succéder les récits de voyage. La mort d’Eabani est comme le centre de l’action. Elle est la fin d’une Iliade et le commencement d’une Odyssée.

Après avoir rendu à son ami les derniers devoirs Gilgamès s’enfuit en toute hâte, par crainte d’être surpris, lui aussi, par la mort : « Non, se dit-il en lui-même, je ne veux point mourir comme Eabani. Maintenant que j’ai été éprouvé par la douleur, j’ai peur, oh ! j’ai peur de la mort... »[...]

Gilgamesh comptait parmi ses aïeux un certain Uta-Napishtim, lesquels, après avoir été sauvés miraculeusement du déluge, avaient obtenu des dieux, par un privilège unique, le don d’immortalité. Il demeurait au loin, sur un rivage fortuné, à « la bouche » des fleuves. Gilgamesh, miné déjà par un mal mystérieux, sans cesse obsédé par l’image de la mort, se mit donc en route aussitôt, pour se rendre auprès d-Uta-Napishtim, espérant obtenir de lui sa guérison et aussi le secret d’immortalité,

Or, après avoir cheminé tout le long du jour, sur le soir, comme le héros arriva au pied de la montagne, il se trouva face à face avec des lions. A cette vue, son premier mouvement fut un mouvement de frayeur. Mais ayant jeté vers la lune (Sin) cet appel désespéré : « Sauve-moi, ô mon dieu, sauve-moi, » aussitôt il se sentit réconforté. Alors, d’une main saisissant la hache, de l’autre le glaive, il fondit sur les lions. Il frappait de droite et de gauche avec furie.... Dans cette lutte sauvage l’homme vainquit le fauve. Gilgamesh, déjà célèbre par tant d’exploits, acquit ainsi le renom de grand chasseur. Désormais, il restera le type du légendaire tueur de lions. […].

Gilgamesh s’engagea hardiment sur cette route obscure, que suit le soleil au dessous de l’horizon. Après avoir marché pendant vingt-quatre heures, à l’aveugle, à travers la nuit profonde, il se trouva tout d’un coup en pleine lumière, parmi des jardins enchantés, tout plantés d’arbres ravissants, avec leurs branches pendantes et leurs fruits étincelants comme des pierres précieuses. Gilgamesh avait enfin mis le pied sur cette terre idéale, située sur les rivages lointains, aux extrémités du monde, il touchait à ce pays du rêve, qui se cristallisa, dans l’imagination des peuples jeunes, en ces paradis enchanteurs où l’on cueillait les pommes d’or.

Gilgamesh, cependant, allait son chemin... Il allait, conservant le même aspect, le corps couvert d’une lèpre, qui servait de vêtement à sa chair divine, et gardant au cœur la même blessure... Maintenant, il touchait aux bords de la vaste mer, aux limites de l’empire de la déesse Siduri [qui règne sur les fermentations]. Or, celle-ci, ayant tourné les yeux de ce côté, du haut de son trône, aperçut au loin Gilgamesh. A la vue de cet inconnu, son premier mouvement fut un mouvement de surprise.» Jules-Justin Sauveplane, op. cit.

[Une traduction plus littérale permet d'en apprécier le lyrisme. Passons donc à la traduction A. Azrié]

« Elle lui demande qui il est et ce qu'il vient faire en ces lieux interdits aux communs des mortels.

Gilgamesh lui dit:

« Je suis Gilgamesh, je suis celui qui a saisi et tué le taureau du ciel, je suis celui qui a vaincu et abattu Houmbaba le gardien de la forêt. »

Sidouri dit à Gilgamesh :

« Si tu es vraiment Gilgamesh, celui qui a tué le gardien de la forêt, qui a vaincu Houmbaba le gardien des cèdres, qui a tué les lions dans les passages des montagnes, qui a saisi et tué le taureau du ciel, pourquoi tes joues sont-elles flétries et ton visage si sombre ? Pourquoi le chagrin est-il dans ton cœur ? Pourquoi la fatigue et l'épuisement marquent-ils ton visage défait, pareil au visage de celui qui a fait un long voyage ? Pourquoi la grande chaleur et le grand froid ont-ils frappé ton visage pourquoi vas-tu errant dans le désert ? »

Gilgamesh répond à Sidouri :

« Comment mes joues ne seraient-elles pas flétries et mon visage sombre? Comment le chagrin ne serait-il pas dans mon coeur ? Comment la fatigue et l'épuisement ne marqueraient-ils pas mon visage défait pareil au visage de celui qui a fait un long voyage ? Comment la grande chaleur et le grand froid n'auraient-ils pas frappé mon visage ? Le « destin des hommes » a atteint mon compagnon, mon petit frère, âne sauvage de la plaine, tigre du désert... Celui qui a vaincu tous les obstacles, celui qui a abattu Humbaba, le gardien de la Forêt des Cèdres. Enkidu, mon ami, mon compagnon celui que j'ai aimé d'amour si fort est devenu ce que tous les hommes deviennent. Je l'ai pleuré la nuit et le jour, je me suis lamenté sur lui, six jours et sept nuits en me disant qu'il se lèverait par la force de mes pleurs et de mes lamentations. Je n'ai pas voulu le livrer au tombeau, je l'ai gardé six jours et sept nuits, jusqu'à ce que les vers recouvrent son visage. Après sa mort je n'ai plus retrouvé la vie et je suis allé errant dans le désert. Ce qui est arrivé à mon ami me hante. Mon ami que j'aimais d'amour si fort est devenu de l'argile et moi aussi devrais-je me coucher et ne plus jamais me lever ? Et maintenant que j'ai vu ton visage, cabaretière, pourrais-je ne pas voir la mort que je crains ? »

Sidouri dit à Gilgamesh :

« Où vas-tu Gilgamesh ? La vie que tu cherches, tu ne la trouveras pas. Lorsque les grands dieux créèrent les hommes, c'est la mort qu'ils leur destinèrent et ils ont gardé pour eux la vie éternelle. Mais toi Gilgamesh, que sans cesse ton ventre soit repu, sois joyeux nuit et jour, danse et joue, fais chaque jour de ta vie une fête de joie et de plaisirs ? Que tes vêtements soient propres et somptueux, lave ta tête et baigne-toi, flatte l'enfant qui te tient par la main, réjouis l'épouse qui est dans tes bras. Voilà les seuls droits que possèdent les hommes. »

Revenons à la traduction de Sauveplane :

« Allons, Sidouri, indique-moi le chemin qui mène vers Uta-Napishtim, de grâce, ne me refuse pas ! Je franchirai la mer si cela se peut, sinon, je reviendrai sur mes pas. »

« Non, lui répondit Sidouri, la mer ne se peut franchir, de mémoire d’homme, personne ne l’a jamais franchie, si ce n’est pourtant le dieu Shamash. Mais qui donc pourrait ce que peut le dieu-Soleil ? La traversée est rude et le chemin malaisé. Et d’ailleurs, à supposer que tu franchisses la mer, une fois arrivé devant les eaux de la mort que feras-tu ?... Car, tu le sais sans doute, au milieu de la vaste mer, à sa limite extrême, les eaux de la mort se divisent en deux branches... Cependant, puisque cela te tient à cœur, adresse-toi à Ur-Shanabi. C’est le pilote de Shamash. Va, coupe avec lui un cèdre dans la forêt à l’aide d’un instrument de pierre. Une fois qu’il t’aura vu, tu passeras avec lui, si cela se peut, sinon, tu reviendras sur tes pas. » [...]

Au moment où, franchissant l’extrême limite de la mer, ils parvinrent aux eaux de la mort, le passeur fit à Gilgamesh cette recommandation : « Prends garde surtout de ne point toucher avec ta main les eaux de la mort. Accomplis, cependant, la cérémonie accoutumée, conformément au rite prescrit... » Ce dont le héros s’acquitta ponctuellement, suivant les indications du pilote. Or, Uta-Napishtim, ayant tourné les yeux de ce côté, aperçut au loin ces inconnus qui voguaient vers lui. [...]

Gilgamesh l’aborda De prime abord il se fit connaître et raconta toute son histoire ; il dit à Uta-Napishtim sa lutte contre le guépard de la plaine, contre le taureau divin, contre Humbaba, le mystérieux habitant de la forêt de cèdres, enfin contre les lions... Puis, il lui confia sa peine : « Mon ami, celui que j’aimais tant, est retourné en poussière oui, Enkidu, celui que j’aimais tant, est retourné en poussière. Moi, je ne veux point mourir comme lui, je ne veux point le suivre dans la prison redoutable. C’est pourquoi je suis venu te trouver, toi, Uta-Napishtim, l’Éloigné, dont on parle tant. Je ne me suis pas laissé rebuter par les difficultés et les périls de la route. J’ai parcouru des plaines, franchi d’âpres montagnes, traversé la mer. J’ai connu la détresse, et ressenti la douleur. J’allais, les vêtements en lambeaux, me nourrissant de la chair des bêtes... J’ai tout supporté, tant je désirais te voir et apprendre de ta bouche le secret de la vie. »

[Uta-Napishtim lui répondit : ] « Depuis que l’on bâtit des maisons, depuis que les frères se querellent et que l’inimitié existe entre les hommes, depuis que le fleuve roule ses eaux et que les oiseaux du ciel regardent le soleil en face, toujours l’homme a été voué à la mort... L’homme a beau prier, rien n’y fait. Ce sont les Anunnaki, les grands dieux et Mammit, la maîtresse du destin, qui fixent le sort de chacun et règlent la vie et la mort. Jamais ils n’ont révélé à personne le jour de son trépas. » Sauveplane, op. cit.

GILGAMESH déscend en ENFER
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