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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Bellissant et Blandimain (conte médiéval européen)

« Ainsi Bellissant entra dans la foret étant enceinte comme il a été dit. Or le temps de son enfantement approcha, et elle se mit à pleurer. Alors Blandimain lui demanda :

_ Madame, qu’avez-vous, que vous vous plaignez tant ?

_ Hélas ! Blandimain, dit la dame, mettez pied à terre et descendez-moi, puis allez quérir promptement quelque femme, car le temps est venu où je dois enfanter et ne puis plus attendre.

Blandimain descendit et mit la dame au pied d’un haut arbre, qu’il choisit pour mieux connaître la place où il la laissait, puis monta à cheval et marcha tant qu’il put pour avoir une femme qui vint secourir la dame, laquelle demeura seule et sans compagnie. Alors, par la grâce de Dieu, elle fut délivrée, et fit tant par son secours, qu’elle enfanta deux fils dans la forêt ; mais ils ne furent pas sitôt venus sur la terre qu’il vint vers elle une grosse ourse velue et horrible, faisant de grands cris et effrayée ; elle s’approcha d’elle et prit entre ses dents un de ses deux enfants et s’enfuit dans le bois. Alors la dame fut désespérée, et d’une voix faible et basse commença à crier et à courir par le bois après la trop cruelle bête qui emportait son enfant. Hélas ! la poursuite fut inutile, car elle ne reverra jamais son enfant qu’il ne lui soit rendu par miracle. La noble dame marcha tant dans la forêt en pleurant son fils, qu’une forte maladie la prit, et elle demeura pâmée comme femme morte.

Je laisserai à parler d’elle et vous parlerai de l’autre enfant qui demeura tout seul. Il advint en ce temps que le roi Pépin partit de Paris, accompagné de plusieurs grands seigneurs, barons, ducs, comtes et chevaliers, pour aller à Constantinople voir sa sœur Bellissant ; et en passant vers Orléans, il entra dans la forêt où s’était accouchée sa sœur Bellissant et y trouva sous le haut arbre l’autre fils de Bellissant, gisant tout seul sur la terre ; alors le roi dit :

_ Belle rencontre ! Regardez comme voici un bel enfant, je veux qu’il soit nourri à mes dépens tant que Dieu lui donnera la vie, et qu’il soit gardé bien soigneusement car, s’il vient en âge, je lui ferai du bien. Il appela donc un écuyer et lui bailla la charge de l’enfant en lui disant :

_ Prenez cet enfant, portez-le à Orléans et faites-le baptiser, puis cherchez-lui une bonne nourrice, et faites qu’on ait soin de lui le mieux qu’il sera possible.

L’écuyer prit donc l’enfant ainsi que le roi Pépin lui avait commandé et le porta à Orléans ; il le fit baptiser et le fit nommer Valentin, car tel était le nom de l’écuyer, puis demanda une nourrice, et fit panser l’enfant ainsi qu’on lui en donna la charge. Le roi traversa la forêt, car il avait grand désir d’être à Constantinople pour voir Bellissant, sa sœur, qu’il aimait ; mais il rencontra Blandimain qui menait une femme, et reconnut le roi. Le roi lui dit :

_ Blandimain, beau sire, dites-nous des nouvelles de Constantinople, et entre autres choses, dites-moi comment se porte Bellissant, ma sœur !

_ Cher sire, dit Blandimain, quant aux nouvelles, je ne saurais vous en dire de bonnes, car votre sœur Bellissant, par la trahison du faux langage d’un archevêque, a été par l’empereur chassée et bannie hors de son pays ; et si ce n’eût été les seigneurs du pays, qui ont redouté votre fureur, l’empereur l’eût fait pendre et mourir devant tous.

_ Blandimain, dit le roi qui était fort dolent, pourquoi l’empereur n’a-t-il pas fait mourir ma sœur ; par le Dieu tout-puissant, si je la tenais, jamais elle ne saurait en réchapper. Or, seigneurs, disait-il, notre voyage est fait, retournons à Paris, car je ne veux pas aller outre. Je sais trop de nouvelles de ma sœur sans en plus demander. » Valentin et Orson, 5.

Bellissant et Blandimain (conte médiéval européen)

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