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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les coutumes FUNÉRAIRES des GERMAINS

En Germanie, comme ailleurs, les tombes des personnalités héroïques et bienfaisantes deviennent des sanctuaires.

On n’entasse sur le bûcher ni étoffes ni parfums ; on n’y met que les armes du mort ; quelquefois le cheval est brûlé avec son maître. On dresse pour tombeau un tertre de gazon : ces pompeux monuments que l’orgueil élève à grands frais leur sembleraient peser sur la cendre des morts.

Tacite, Les Germains, 27.

Ces monuments commémoratifs peuvent cependant atteindre 10 m de haut et 75 m de large, comme en témoignent les plus importants sites funéraires scandinaves.

La tombe typique est construite de plaques de pierre ; on y place le cercueil de bois avec son contenu et on couvre le tout d'un tertre de terre (Danemark) ou de pierres (Norvège et Suède). Pour le cercueil, on semble avoir employé de préférence du bois de chêne et c'est cet usage qui nous a conservé une partie du contenu de certaines tombes. Après la toilette funéraire, le mort était étendu sur une peau de bœuf, habillé et paré de ses bijoux. Les hommes recevaient leurs armes, les femmes leurs plaques de ceintures, etc. (excepté dans les régions où le bronze était rare). Le mort était alors couvert et enveloppé dans la peau ; on plaçait près de lui un bol d'hydromel, ou des boîtes avec de la nourriture.

R. Derolez, Les Germains.

Sur les parois de la chambre funéraire sont habituellement représentées des armes et des guerriers en train de combattre, ainsi que des figures masculines ou féminines, identifiées comme des prêtres et prêtresses. Ils peuvent alors être représentés pratiquant des sacrifices humains. Motif indo-européen typique, le cheval est présent sous la forme de scènes de chasse ou de course.

Les pratiques funéraires des Scandinaves ne sont cependant pas homogènes. On observe en parallèle à ces tumulus, l'immolation de navires funéraires sur lequel était placé le corps du défunt, accompagné de ses biens les plus chers (épée, cheval, possiblement femmes et esclaves).

Vers -500, le mythe du voyage en barque s'exprime par la mode funéraire des tombes naviformes. Le bateau est alors un des motifs les plus communs de la peinture et gravure rupestre. Cette coutume funéraire se retrouve dans la mythologie de l'Edda :

Les funérailles de Balder représentent un premier type : le dieu mort fut placé sur un bûcher construit sur un bateau. Quand le bûcher commença à flamber, le bateau fut mis à l'eau et emporta le mort vers sa destinée. Le mort pouvait aussi être abandonné aux flots dans son bateau sans incinération.

Derolez

Ainsi que dans l'épopée germanique de Beowulf :

« Quand le moment fatal fut venu Scyld partit, sous la garde de Dieu, pour le long voyage. Ses chers compagnons le portèrent à la mer, ainsi qu’il l’avait ordonné pendant qu’il régnait [..]. Dans le port se trouvait une barque bien équipée, la barque du roi. Ils y placèrent, près du mât, leur souverain. La barque était remplie d’objets précieux et de trésors venant de lointains pays. Jamais, à ma connaissance, esquif ne reçut une plus belle parure d’armes et d’habits de guerre : cette masse de trésors devait partir avec lui sur les flots. Ils ne furent pas moins prodigues de dons envers lui que ne l’avaient été ceux qui l’avaient livré seul, après sa naissance, au caprice des vagues. Ils firent flotter une bannière d’or au-dessus de sa tête, puis l’abandonnèrent à la mer. L’esprit tout rempli de tristesse, ils n’auraient pu dire en vérité qui recevait la charge du navire. » Beowulf, 1 Trad. Botkine.

Les rites funéraires liés à la mort de Beowulf sont tout à fait similaires à ceux qui marquent la mort des héros grecs Patrocle et Achille :

« Les Goths préparèrent un bûcher solide auquel ils suspendirent des casques, des boucliers et des cottes de mailles brillantes, ainsi que Beowulf l’avait recommandé ; au milieu ils placèrent leur roi en gémissant. Ils allumèrent ensuite un grand feu…. Une fumée noire sortit de la flamme et s’éleva en même temps que leurs gémissements ; la flamme dévora pendant ce temps le corps de Beowulf. Ils se lamentèrent sur la mort de leur roi ; la vieille épouse gémissait aussi : elle était affligée... La fumée se perdit dans le ciel. Les Goths construisirent ensuite sur la colline un tombeau large et élevé qui pouvait être vu de loin par les navigateurs ; ils firent ce monument de Beowulf en dix jours, puis ils l’entourèrent, selon les indications des plus habiles, d’une belle muraille. Ils enfouirent dans la tombe les bracelets, les sigles et tous les objets précieux qui avaient été dérobés au trésor : ils les confièrent à la terre où ils se trouvent encore aujourd’hui, toujours aussi inutiles aux hommes qu’ils l’ont été jadis. Douze nobles chevauchèrent autour de la tombe : ils pleuraient leur roi et s’entretenaient de lui, ils parlaient de ses prouesses et vantaient sa vaillance de toutes leurs forces, ainsi qu’il convient de faire envers un roi défunt. C’est ainsi que les Goths pleurèrent la mort de leur roi et répétèrent qu’il avait été le plus doux et le plus bienveillant des princes, et le plus avide de louanges d’entre tous les hommes. » Beowulf, 43.

 

Dans la même veine littéraire, mentionnons les funérailles de Siegfried.

Les funérailles de Siegfried sont racontées au chapitre 17 de l'épopée des Nibelungen (trad. Laveleye) :

« Ils pleurèrent, du fond du cœur, l’époux de Kriemhilt. On allait chanter la messe ; de toutes parts hommes et femmes se dirigèrent vers l’église. Il y en eut bien peu qui ne déplorèrent pas la mort de Siegfried. […] Le cercueil fut prêt vers le milieu du jour. On leva Siegfried de la civière sur laquelle il était couché. […] On enveloppa le mort dans une riche étoffe ; nul, je pense, n’était là qui ne versât des larmes. […] Quand on entendit qu’on chantait à la cathédrale, et qu’on l’avait enfermé dans son cercueil, une grande foule se rassembla. Que d’offrandes on fit pour le salut de son âme ! Même parmi ses ennemis, plus d’un se prit à le regretter ! La pauvre Kriemhilt dit à ses camériers : « Pour l’amour de moi vous allez devoir vous donner de la peine. Au nom de l'âme de Siegfried, vous distribuerez son or à tous ceux qui lui veulent du bien et qui me sont dévoués. »

Nul enfant, si petit, qui, parvenu à l’âge de raison, ne voulût aller à l’offrande. Avant qu’il fût enterré, on chanta bien cent messes par jour. Les amis de Siegfried s’y pressaient en foule. Quand on eut fini de chanter, le peuple se dispersa. Dame Kriemhilt parla : « Vous ne me laisserez point seule, cette nuit, veiller le corps du héros sans pareil. Avec lui toute joie est enfermée dans cette bière. Je veux qu’il reste ainsi trois jours et trois nuits, afin que je puisse encore jouir de la présence de mon époux bien-aimé. Peut-être Dieu ordonnera-t-il que la mort me prenne aussi. Ainsi finirait la douleur de l’infortunée Kriemhilt. »

Les gens de la ville rentrèrent en leur logis. Mais elle ordonna aux prêtres, aux moines et à toute sa suite, de veiller près du héros. Ils eurent de tristes nuits et des journées pénibles. Plus d’un guerrier resta sans boire et sans manger ; à ceux qui voulaient prendre de la nourriture, on en offrait en abondance ; Sigemunt y pourvoyait ; c’était une grande besogne pour les Nibelungen. Pendant ces trois journées, avons-nous entendu dire, ceux qui savaient chanter accomplirent une tâche pénible, à cause de la douleur qu’ils éprouvaient. Ils prièrent pour l’âme du guerrier vaillant et magnanime. On fit également aller à l’offrande avec de l’or pris dans le trésor de Siegfried, les pauvres qui étaient là et qui ne possédaient rien. Comme il ne devait plus vivre ici-bas, bien des milliers de marks furent donnés pour son âme. On distribua ses terres arables aux couvents et aux bonnes gens. On donna aux pauvres de l’argent et des vêtements à profusion. Kriemhilt fit bien voir par ses actions combien son âme lui était dévouée.

Au matin du troisième jour, à l’heure de la messe, le vaste cimetière, près de la cathédrale, était rempli de gens de la campagne qui pleuraient et qui rendaient hommage au mort, comme on le fait à ses amis chéris. On dit que dans ces quatre jours, trente mille marks et plus furent donnés aux pauvres pour le salut de son âme. Son corps puissant et d’une si grande beauté était là couché dans le néant.

Quand on eut servi Dieu et que les chants furent terminés, beaucoup d'entre le peuple se tordirent les mains de désespoir. Il fut porté hors de l'église vers la fosse. Là on entendit gémir et pleurer ! Les gens suivirent le corps avec des cris de douleur. Nul n’avait de joie, ni homme ni femme. Avant de le mettre en terre, on chanta et on pria. […] Quand la femme de Siegfried voulut se rendre vers la fosse, un tel désespoir étreignit son cœur fidèle, qu’on fut obligé de lui verser sur le corps à plusieurs reprises de l'eau de la fontaine. [...] On la conduisit vers la fosse. De ses blanches mains elle souleva sa tête si belle, et le baisa mort, le noble et bon chevalier. De douleur, ses yeux si brillants pleurèrent du sang. Ce fut une séparation déchirante. On l’arracha de là ; elle ne pouvait point marcher ; on vit la noble dame tomber sans connaissance. Son corps si gracieux semblait succomber à ce désespoir. Quand on eut mis en terre le noble seigneur, ce fut une désolation sans mesure pour tous les guerriers qui étaient venus avec lui du pays des Nibelungen. Jamais plus on ne vit [son père] Sigemunt joyeux. »

Dans ce récit, les références chrétiennes abondent, mais ne masquent pas les coutumes funéraires typiquement germaniques. Le tumulus a été remplacé par une cathédrale, le bûcher funéraire et les offrandes ont été remplacés par un concert de louanges et de prières, mais comme nous pouvons le constater, la tradition indo-européenne se perpétue :

- Si ce n'est pas un bûcher qui consume les biens du défunt, ses richesses sont néanmoins redistribuées parmi les pauvres, de sorte qu'elles sont, dans une certaine mesure, « sacrifiées ».

- Tout comme le préconise la tradition grecque liée aux funérailles des héros, un banquet est célébré avant que le corps n'entre en terre. Les funérailles de Siegfried se situent dans la longue tradition des funérailles héroïques et populaires, telles que décrites par Xénophon dans les Helléniques. À la mort d'un roi, un deuil solennel de dix jours était suivi dans toute la Laconie. Dans chaque maison, deux personnes libres, un homme et une femme, prenaient les habits de deuil, tandis que des milliers de Périèques et d’Hilotes se rendaient à Sparte « pour chanter les exploits du roi défunt et l’exalter au-dessus de tous ses devanciers ».

- L'exposition du corps avant sa mise en terre dure trois jours et trois nuits, soit exactement la durée réglementaire préconisée par les rituels funéraires aryens (en témoignent le Bundahisn et le Livre d'Arda Viraf).

- Enfin, le comportement pathétique de Kriemhilt, la femme de Siegfried, rappelle celui des reines indo-européennes qui suivaient leur époux dans la mort.

 

Nous observons dans les autres aires civilisationnelles indo-européennes des pratiques similaires. À propos des tribus slaves Drevlianes, Radimitches, Viatitches, Krivitches et Sévériens, la Chronique de Nestor remarque :

Quand l'un d'entre eux mourait, ils célébraient une fête autour du cadavre, puis ils faisaient un grand bûcher, posaient le mort sur le bûcher, y mettaient le feu ; ensuite ils rassemblaient les os, les mettaient dans un petit vase et plaçaient ce vase sur une colonne au bord de la route. Ainsi font encore aujourd'hui les Viatitches. Telles étaient aussi les coutumes des Krivitches et des autres païens, qui ne connaissaient pas les lois de Dieu et se faisaient des lois à eux-mêmes.

Chronique des temps passés, 10. Trad. Léger.

De même, Soslan, le héros sauvage du folklore ossète, héritier de la culture scythe, entre au tombeau accompagné de ses biens les plus précieux, qui sont sans surprise ses armes favorites. Son tombeau est sculpté afin d'y aménager des fenêtres. Il devient alors un mausolée.

Soslan se fit mettre au tombeau. Comme il l'avait prescrit, on plaça près de lui son arc et ses flèches et l'on ménagea les trois fenêtres

G. Dumézil, Le Livre des héros, légendes sur les Nartes.

Les coutumes FUNÉRAIRES des GERMAINS

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