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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les GRAMADEVATAS (divinités indiennes)

Les gramadevatas

Les gramadevatas sont littéralement les déesses (devatas) des villages (grama). Il s'agit de petite figurine, souvent en terre cuite, symbolisant la déesse-mère et associées à un village en particulier. Outre des figurines, il peut s'agir d'une simple représentation symbolique ou conceptuelle, composé d'une pierre (idole) ou d'un objet en forme de coupe, symbolisant le yoni (la vulve). De fait, les gramadevatas sont souvent interprétées comme des versions locales de la Grande Déesse Dévi-Parvati-Kali. Cependant, prédatant les réformes religieuses végétariennes du jaïnisme, du bouddhisme et du vishnavisme, le culte des gramadevatas ne pratique pas l'ahimsa (« non violence envers le vivant »), ni le strict végétarisme (les sacrifices animaliers sont fréquents : cochon, caprins, poulets, etc.)

Une gramadevatas ne possède en général pas de temple, mais seulement un autel, situé dans un espace vaste et aéré, en général à l'entrée des villages. Les gramadevatas sont célébrées particulièrement au début de l'année agricole, afin de bénir les champs et prémunir le bétail des maladies. Gardienne d'un village, la gramadevata le protège des sortilèges, des maladies, des mauvaises récoltes et du mauvais climat. Elle est bien sûr invoquée lors des cérémonies de mariage et de naissance.

Sous la forme de statuette d'argile et de terre cuite, les gramadevatas sont la forme de culte la plus ancienne retrouvée dans le sous-continent indien, mais encore largement pratiquée de nos jours dans les zones rurales indiennes. Prédatant l'arrivée des Aryens en Inde, mais aussi la civilisation de l'Indus, les premières traces du culte des gramadevatas se trouvent dans le site archéologique de Mehrgarh (Baloutchistan, 4e millénaire av. J.-C.)

La civilisation de l'Indus elle-même propose quantité de gramadevatas dans les ruines de Harappa (3e au 2e millénaire). Les gramadevatas sont alors associée aux plantes et à leur croissance, à la fertilité. Elles sont vénérées à travers le culte des arbres-vies et du verger céleste. L'idole de la gramadevatas peut être alors être une coupe, une pierre, une icône d'argile, une statue, etc. Autour d'elle se trouvent des figurines d'animaux (éléphants, chevaux).

Les gramadevatas retrouvées à Harappa nous sont présentées sous deux formes récurrentes : celle d'une femme qui accouche d'un arbre, ou d'une femme placée dans un arbre. Dans sa première forme, la statuette peut être considérée comme un culte de la Déesse-Mère. Dans sa deuxième occurrence, la gramadevata rappelle le mythe de l'arbre Kapilavriksha, le Kadampa (ou Kapanga) des Tamouls. C'est l'arbre-monde, l'arbre de la connaissance, associé au verger du paradis (l'île de Sveta-Dvipa, l’île du « repos de Shakti »). Aussi appelé « l'arbre à souhait », cet arbre est le pourvoyeur de tout ce que l'humanité peut désirer : richesses, amour, sagesse. C'est sous un tel arbre que la princesse Sita attendit d'être délivrée des griffes de Ravana. C'est aussi sous un arbre de ce type que le Bouddha trouva l'illumination ; en méditant sous l'arbre de la sagesse ultime (Mahabodhi), le maître repoussera les assauts de l'illusion (Maya), ce qui lui permettra d'accéder à la sagesse ultime (para-nirvana).

Les traditions indiennes considèrent l'arbre de la connaissance d'une tout autre manière que les traditions abrahamiques. Les spiritualités indiennes poussent leurs adeptes à goûter de ce fruit, qu'ils identifient aux Védas et à la pratique du yoga. Mais encore, la jouissance et le bonheur sur terre sont clairement reconnus par les doctrines indiennes comme faisant entièrement partie de l'expérience de l'incarnation terrestre. L'arbre de vie des Indiens est donc lui aussi un arbre de la connaissance, tout autant qu'un arbre du désir, mais il n'est ni interdit, ni tabou.

Le culte des gramadevatas se retrouve de l'autre côté de la plaine gangétique, dans la culture munda. Arrivée en Inde vers 4500 av. J.-C., les Mundas pratiquaient (et pratiquent encore) le culte des gramadevatas sous la forme de figurines en terre cuite.

Avant l'arrivée des Aryens vers l'an 1000 av. J.-C., les Mundas peuplaient l'ensemble de la plaine gangétique, se partageant le sous-contient avec les Dravidiens, installés depuis les plaines du Sindh jusqu'à la péninsule tamoule. À la suite de la domination militaire et culturelle aryenne, associée à la montée en puissance des Royaumes et Empires dravidiens et khmers, la population munda diminua, pour ne plus se concentrer de nos jours qu'en Orissa et dans la zone du Bengale et du Bangladesh. Plus de deux millions de Mundas vivent aujourd'hui en Inde, la plupart dans des zones rurales où se pratique encore le culte de la gramadevata.

Le culte munda des gramadevatas n'est cependant pas resté le même depuis plus de 6000 ans. Suite au développement des traditions védiques, vishnavites et shivaïtes, les gramadevatas ne furent plus strictement féminine, mais prirent parfois la forme d'un avatar de Shiva ou Vishnou. Et de même qu'en Europe le christianisme diabolisa les figures du paganisme, en Inde les cultes shivaïtes et vishnavites déprécièrent les gramadevatas. De déesse-mère, elles devinrent des démones dans la présence sur Terre était dû à une faute originelle. La mythologie shivaïte les présente alors comme des créatures qui vivaient jadis au ciel, mais qui étaient dotées d'un caractère fier et vaniteux. Shiva les aurait punies en les envoyant vivre sur Terre afin de défendre les villages contre les esprits malfaisants, et ainsi œuvrer pour la purification de leur karma.

Les GRAMADEVATAS (divinités indiennes)

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