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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

L'enseignement de PTAH-HOTEP (aphorismes égyptiens)

Enseignement du maire et vizir Ptahhotep

« The Maxims of Good Discourse »

 

Intitulé de l’Enseignement

Début des vers en beau langage, prononcés par le prince et gouverneur, père du dieu et aimé du dieu, fils aîné royal de sa chair,

Par le maire et vizir Ptahhotep, enseignant aux ignorants l’apprentissage selon la norme du beau langage,

Chose bénéfique à qui écoutera, mais préjudiciable à celui qui la transgressera.

 

Avertissement liminaire

Il s’adressa ainsi à son fils : « Ne t’enorgueillis pas d’apprendre, prends conseil de l’ignorant comme du savant. On n’atteindra jamais les limites de l’art, aucun artisan n’est muni de tout son potentiel (akhou). Le beau langage se dissimule plus encore que l’émeraude, on peut le trouver jusque chez les servantes qui travaillent aux meules. »

 

I

CONSEILS POUR RÉUSSIR DANS LA VIE

 

1. Ne pas se confronter à un adversaire méchant mais plus puissant

Si tu rencontres un orateur à l’œuvre, qui a plus de maîtrise et de qualité que toi, incline-toi, courbe l’échine, ne le défie pas : il lui sera impossible de se confronter à toi. Tu rabaisseras celui qui parle à tort en ne l’affrontant pas quand il est à l’œuvre ; il passera pour un complet ignorant quand ta retenue aura été confrontée à sa faconde.

 

2. Pratiquer le silence

Si tu rencontres un orateur à l’œuvre, qui est ton égal, à ta main, tu dois faire prévaloir ta qualité sur la sienne par le silence, quand il se livre à de mauvais propos. Grand sera le désaveu de la part de l’auditoire, et ton renom irréprochable à la connaissance des grands.

 

3. Ne pas humilier un adversaire

Si tu rencontres un orateur à l’œuvre, d’un talent inférieur, et non ton égal, ne te montre pas arrogant envers lui sous le prétexte de sa faiblesse, abandonne-le et il se punira lui-même. Ne lui réponds pas pour soulager ta conscience, ne comble pas les vœux de celui qui te fait face, il est déplacé de démolir l’inférieur — et l’on agira selon tes vœux. Tu le frapperas par la punition que lui infligeront les grands.

 

4. Rendre la justice

Si tu es en position de dirigeant, prescrivant des avis à la foule, cherche donc toutes les solutions adaptées pour rendre ton avis irréprochable. Maât est vénérable et d’un effet durable,elle est imperturbable depuis le temps d’Osiris. On punit celui qui néglige les lois,c’est ce que néglige l’homme cupide. C’est la bassesse qui prend la richesse, mais la vilenie n’est jamais parvenue à bon port. On dit : « Je veux acquérir par moi-même », on ne dit pas : « Je veux acquérir par ma fonction ». La fin venue, seule la maât perdure, et l’on ne pourra point dire : « C’est mon patrimoine ! ».

 

5. Ne pas pratiquer l'intrigue

Tu ne te livreras pas à des intrigues, ou le dieu punira comme il se doit. On dit : « Je vais en vivre », mais on manque de pain à cause d’une formule. On dit : « Je vais avoir le pouvoir », on dit : « Je vais acquérir pour être reconnu », on dit : « Je veux spolier autrui », puis on finit par tout laisser à un inconnu. Les intrigues n’ont jamais abouti, car c’est l’ordre du dieu qui se réalise. Songe à vivre dans le contentement, car ce qu’ils accordent vient naturellement.

 

6. Comment se comporter à la table des puissants

Si tu fais partie de ceux qui s’assoient à la table d’un plus grand que toi, prends ce qu’il donnera et qui se trouvera sous tes yeux, tu regarderas ce qui est devant toi. Ne le transperce pas de regards insistants : c’est l’abomination du ka que de le gêner. Ne lui parle pas jusqu’à ce qu’il se soit adressé à toi, car on ne peut pressentir ce qui est mal perçu ; tu ne parleras que lorsqu’il t’aura interrogé et ce que tu diras sera bien perçu.

Un grand, quand il s’occupe de la nourriture, son avis se conforme à ce qu’exige son ka [âme] ; il donnera à son favori, car c’est « l’avis de la nuit » qui sera advenu. C’est le ka qui tend les bras, le grand donne quand l’homme ne peut atteindre ; s’alimenter dépend de l’avis du dieu : ignorant qui s’en plaindrait.

 

7. Être un bon émissaire

Si tu es un homme de confiance, qu’un grand envoie à un (autre) grand, fais preuve d’une parfaite exactitude quand il t’envoie et remplis pour lui la mission comme il le demande. Garde-toi de médire avec une parole qui puisse créer la zizanie entre un grand et un autre. Maintiens la maât, ne l’outrepasse pas, on ne fait pas rapport en assouvissant ses désirs. Ne diffame personne, grand ou petit, car c’est l’abomination du ka.

 

8. Ne pas se vanter ni mépriser

Si tu sèmes, que cela a poussé dans le champ, et que le dieu fasse fructifier ton travail, ne va pas t’en repaître près de ton entourage, car grand est ce que peut faire la retenue de l’homme silencieux. Qui sait contrôler sa nature tout en ayant du bien, il l’emporte comme un crocodile dans l’assemblée.

Et ne dédaigne pas qui n’a pas eu d’enfant, ne montre à ce sujet ni mépris ni orgueil : il existe maints pères qui sont dans la détresse, et la mère accouchée voit plus heureuse qu’elle. C’est un être humain seul que promeut le dieu, on peut posséder une tribu et lui être asservi.

 

9. Se mettre au service d'un homme de qualité

Si tu es d’humble condition, sers un homme de qualité, ta conduite sera toujours bonne auprès du dieu ; si tu as appris sa condition modeste passée, tu ne montreras pas d’orgueil envers lui. Pour ce que tu as appris de sa situation passée, respecte-le en fonction de ce qui lui est advenu ; le bien ne vient pas naturellement. L’opulence, il l’a constituée de lui-même, mais c’est le dieu qui a fait sa qualité, tout en veillant sur lui durant son sommeil.

 

10. Bien occuper son temps

Suis ta volonté le temps de ton existence, mais n’ajoute pas à ce qui est dicté ; ne réduis pas le temps (passé) à suivre la volonté, car c’est l’abomination du ka que de briser son essor. N’épargne pas un moment de la journée pour ajouter à la fondation de ta maison ; le bien n’échoit que lorsqu’on suit sa volonté, point de profit matériel quand on est indolent.

 

11. L'éducation d'un fils

Si tu es un homme de qualité, tu feras un fils par la grâce du dieu. S’il fait preuve d’exactitude, qu’il sert ton image et qu’il prend soin de ton bien comme il convient, procure-lui tout le bien-être possible, car c’est ton fils, qui relève de la procréation de ton ka. Tu ne détacheras pas de lui ton attention : la semence peut engendrer le conflit. Mais s’il s’égare et transgresse ton avis, après s’être rebellé contre toute parole, que sa bouche profère des mots indécents, tu le rétribueras de tous ses propos, car celui qui te tient tête est un être qu’ils ont honni (khébed), c’est un être frappé de disgrâce (sédjeb) dès la naissance. Celui qu’ils guident n’erre point, mais celui qu’ils privent de bateau ne trouve aucun moyen de traverser.

 

12. Bien se comporter dans l’antichambre d'un puissant

Si tu es dans l’antichambre, comporte-toi selon ton rang ; ce qui t’a été assigné au premier jour, ne l’outrepasse pas au risque de te faire refouler. Un homme averti est celui qui entre à l’appel, considérable est la position de celui qui est demandé. L’antichambre est régie par un règlement, chaque avis est conforme à une étiquette. C’est le dieu qui fait avancer la position, on n’a jamais promu ceux qui ont joué des coudes.

 

13. Ne pas obéir à ses pulsions

Si tu es avec des gens, gagne les partisans d’un homme réfléchi, un homme réfléchi qui ne soit pas l’esclave de ce que lui dictent ses pulsions (khet). On devient un dirigeant par soi-même, le nanti se demandant : « Quel serait son avis ? ». Ton renom sera parfait, sans diffamation, ton corps bien nourri et ton attention tournée vers ton entourage, et l’on vantera tes mérites à ton insu.

L’homme qui obéit à ses pulsions suscitera la contestation au lieu de l’affection, son esprit est stérile et son corps sec. Considérable est la volonté de ceux que le dieu a dotés. Celui qui obéit à ses pulsions, il appartient à l’Adversaire.

 

14. Être un bon messager

Fais rapport sur tes directives sans divagation, range ton avis au jugement de ton seigneur. Si le messager est disert quand son seigneur dit « non », son rapport sera jugé déplaisant. [...] Le messager doit se taire et s’en tenir à : « J’ai dit (ce que j’avais à dire) ». S'il parle trop, son seigneur ne sera pas curieux de ce qu'il rapporte, et s'il s'égare dans ses pensées, il pourra en tenir rigueur au messager.

 

15. Penser en bon dirigeant

Si tu es en position de dirigeant, libre de tes avis et de tes ordres, tu dois agir de manière calculée, en ayant pensé aux jours suivants. Une affaire n’a jamais abouti au milieu de louanges, et comme surgit le crocodile survient le dédain.

 

16. Savoir prêter l'oreille au plaignant

Si tu es en position de dirigeant, montre-toi aimable quand tu auditionnes la déposition d’un plaignant ; ne le rejette pas tant qu’il n’a pas déchargé son cœur de ce qu’il avait prévu de te dire. La victime préfère encore s’épancher plutôt que de voir traiter ce pour quoi elle est venue. Celui qui procède au rejet des plaintes, on dit de lui : « Mais pourquoi les refuse-t-il ? » Au contraire, celui qui auditionne comme il convient passe pour un homme poli, même si rien de la plainte déposée auprès de lui ne doit aboutir.

 

17. Ne pas prêter attention aux femmes dans les maisons

Si tu désires faire durer l’amitié à l’intérieur d’une maison que tu fréquentes en qualité de maître, frère ou ami, à quelque endroit où tu aies accès, garde-toi d’approcher des femmes : rien d’heureux ne peut résulter de leur commerce. On perd la lucidité à les observer : une foule d’hommes sont ainsi écartés de leur intérêt. Un bref instant, comparable à un rêve, on gagne la mort à vouloir à le connaître. [...] Celui qui échappe à la convoitise en ce domaine, n’obtient-il pas le succès en toute entreprise ?

 

18. Se garder de la cupidité

Si tu désires que ton mode de vie soit heureux, préserve-toi de tout mal ; garde-toi de faire preuve de cupidité : c’est l’affection douloureuse d’un venin incurable. Toute relation d’intimité en est compromise, elle pervertit pères et mères, ainsi que les frères de la mère, elle prive la femme du mari. C’est une collection de maux en tout genre, c’est un amoncellement d’affres en tout genre. L’homme ne perdure qu’en s’ajustant à la maât, celui qui va à son allure, il doit y conformer son testament ; pas de tombe, en revanche, pour le cupide.

 

19. Être généreux

Ne te montre pas cupide dans les partages, ne te montre pas avide, sauf pour ton dû . Ne te montre pas cupide envers ton entourage, car on honore davantage le conciliant que l’intransigeant. C’est un homme diminué que celui qui s’expose à son entourage, car il se prive de compliments. C’est un peu de cette sorte de cupidité qui suffit à changer en querelleur un tempérament calme.

 

20. Bien se comporter avec sa femme

Si tu es un homme de qualité et que tu fondes une maison, tu chériras ta femme ardemment.

Emplis son ventre, habille son dos, l’onguent est le soin de son corps. Comble-la le temps de ton existence, car c’est un champ bénéfique à son maître. Tu ne la répudieras pas, mais éloigne-la du pouvoir de sa séduction, car c’est une tempête que son regard ; voici le moyen de la maintenir dans ta maison, car si tu la repousses, elle sera comme l’eau. Une vulve, une fois livrée à elle-même, on ne peut la conjurer qu’après qu’elle a fait un canal.

 

21 - Aider ses proches

Satisfais tes proches de ce qui t’a échu, car c’est à un favorisé du dieu que cela échoit ; de celui qui manque à satisfaire ses proches, on dit de lui qu'il est avare. On ne peut deviner l’avenir et discerner le lendemain ; c’est une âme (ka) juste que celle dont on est satisfait. Quand se produisent des événements favorables, ce sont les proches qui accueillent ; on ne va pas chercher le réconfort au quai, on va chercher les proches dans l’épreuve.

 

22. Se garder de l'affabulation

Tu n’enregistreras pas d’affaire de calomnie, alors que tu n’as pas auditionné (c’est le comportement de qui est impulsif). N’enregistre qu’une affaire avérée. Impossible d’auditionner ? Abandonne, ne te prononce surtout pas, observe ce qui est en face de toi, tâche de reconnaître la qualité ! Si l'on ordonne une instruction susceptible d’aboutir, l’enquêteur l’affranchira de la haine en vertu de la loi. C’est que l’affabulation est châtiée : couvre-toi contre elle !

 

23. Savoir écouter et discourir

Si tu es un homme de qualité, siégeant au conseil de son seigneur, concentre ton esprit sur la qualité ; tu te tairas, c’est plus bénéfique que des fioritures. Tu ne t’exprimeras qu’après avoir compris, car seul l’expert doit s’exprimer au conseil. Discourir est plus difficile que toute autre activité : seul celui qui a l’explication peut la pratiquer.

 

24. Savoir diriger

Si tu es un homme puissant, tu ne dois susciter la crainte que par le savoir et la sérénité du langage. N’ordonne pas de ton propre chef, mais en fonction de la situation : celui qui invective verse dans l’injustice. Ne te montre pas hautain pour éviter d’être humilié, ne reste pas silencieux, mais garde-toi d’offenser. En réponse à un discours enflammé, prends du recul et contrôle-toi ; la flamme de l’échauffé est blessante, tandis que celui qui est courtois, on se range à son avis. Celui qui est acariâtre la journée entière, impossible qu’il passe de bons moments ; celui qui est insouciant la journée entière, impossible qu’il fonde une maison. Un tir est médité comme est manié l’aviron de gouverne ; une affaire doit être abandonnée, l’autre saisie, qui obéit à son seul désir est voué au regret.

 

25. Ne gêne pas l'action des puissants

Ne t’interpose pas quand un grand est à l’œuvre, n’irrite pas celui qui est dans son rôle ; cela provoquerait sa disgrâce (sédébi) envers celui qui le combat et le détachement de la personne (ka) de celui qu’il aimait. Car il est un dispensateur de nourritures (kaou) ainsi que le dieu, ce qu’il désire, c’est ce qui doit être fait pour lui. Tranquillise donc après la fureur : la satisfaction réside auprès de sa personne (ka) ; la disgrâce (sédébi) réside auprès de l’Adversaire : ce qui fait croître l’affection (mérout) sont des nourritures (kaou).

 

26. Être de bon conseil

Enseigne au grand ce qui lui est bénéfique, fais naître son emprise au milieu des gens. Tu feras que sa propre sagesse s’impose à son seigneur, car ta subsistance sera auprès de sa personne (ka). L’affection (mérout) engendrera la satisfaction, ton dos en sera vêtu, l’emprise du grand sur toi assurera la vie de ta maison, auprès de ta dignité future, que tu aimes. Si tu es un parfait adjoint, ta maison restera vivante grâce à l’affection. Et elle sera grâce à toi également un auxiliaire parfait, car il s’agit aussi de l'affection de ceux qui t’aiment ; vois, c’est une âme vraie (ka), celui qui aime obéir.

 

27. Être impartial

Si tu es un fils de bonne naissance siégeant à l’assemblée, un chargé de mission destiné à contenter la multitude, élimine les pressions des parties, et quand tu te prononces, ne sois pas partial. Prends garde qu’on ne dise ainsi son avis : « Magistrats, il veut rendre justice avec partialité ! », et que ton propre cas ne tourne au procès !

 

28. La partialité

Si tu te montres indulgent en raison d’un événement passé et que tu penches pour un homme en raison de sa droiture, abandonne l’affaire, n’y pense plus, puisque tu l’as acquitté au premier jour.

 

29. Être humble dans la réussite sociale

Si tu grandis après avoir été humble, et que tu acquiers du bien après avoir été naguère dans le besoin, dans la cité que tu connais, n’invoque pas ta situation antérieure. Et ne sois pas trop fier de ta fortune, car elle t’échoit grâce aux dons du dieu. Tu n’es pas différent d’un autre de tes semblables, à qui aurait échu semblable sort.

 

30. Sois humble devant les puissants

Courbe l’échine devant ton chef, ton directeur du domaine royal : ta maison sera établie sur ses biens, et ta rétribution sera appropriée. Il est pénible d’avoir un opposant comme chef, on ne vit que le temps de sa bienveillance ; mais le bras ne peut frapper celui qui est prêt à se soumettre. Ne vole pas le domaine du voisin, ne fais pas main basse sur le bien de ton prochain ; qu’il ne dépose pas plainte contre toi avant que tu ne t'en rende compte, c’est un défaut de conscience que d’être insatiable. S’il en prend connaissance, il chicanera, et il est pénible d’avoir un opposant à proximité.

 

31. Ne pas encourager l'homosexualité des jeunes hommes

Tu ne coucheras pas avec un jeune efféminé dont tu auras fait la connaissance, ce qui est défendu deviendra de l’eau pour son cœur , car il n’est jamais de cesse à sa passion. Il ne doit pas passer la nuit à faire ce qui est défendu, car il ne cessera qu’après avoir épuisé son désir.

 

32. Gérer les disputes entre amis

Si tu enquêtes sur le comportement d’un ami, n’interroge pas l’un de ses proches : règle l’affaire avec lui seul, jusqu’à ce que tu aies cessé de souffrir de son attitude. Discute avec lui après avoir laissé passer du temps, et sonde son esprit par le dialogue. Si ce qu’il avait reconnu lui échappe et qu’il commet un acte qui te fâche, garde-le comme ami là encore, ne te formalise pas, abstiens-toi d’entrer en conflit avec lui. Ne réponds pas de manière à occasionner une brouille, ne te sépare pas de lui, ne le brime pas. Son destin n’aura jamais manqué d’arriver, car on n’échappe pas à celui qui l’a déterminé.

 

33. Ne pousse pas à la ruine par ton avidité

Montre-toi prévenant le temps de ton existence ; ce qui sort de la réserve ne peut y rentrer. C’est le pain du partage dont on doit être avide : qui a le ventre vide est un accusateur. L’opposant naît de celui qu’on rend indigent, n’en fais pas un homme susceptible de t’atteindre, car l’affabilité (imat) fait le souvenir qu’on conserve d’un homme les années qui suivent la misère.

 

34. Sois bon avec tes amis

Reconnais tes partisans et tu auras du bien, n’adopte pas un comportement vil à l’égard de tes amis. « La rive quand elle est emplie d’eau, est plus importante que les richesses », et le bien de l’un revient à l’autre. Le juste comportement d’un fils de bonne naissance lui est bénéfique, un bon naturel assure le souvenir.

 

35. Sois juste dans tes punitions

Punis à propos, corrige comme il convient, car réprimer la faute passe pour un comportement exemplaire. Une sentence, si elle n’est pas à proportion du crime, cela revient à changer le suppliant en opposant.

 

36. Traite avec bonté une femme enjouée

Si tu as une femme bien ronde, d’un caractère enjoué et bien connue de ses concitoyens, si « elle suit la double loi » (?) et si le temps est agréable grâce à elle, ne la renvoie pas, donne-lui donc à manger : l’enjouement confère l’abondance.

 

II

SAVOIR ÉCOUTER LES CONSEILS

 

Rendre la justice pour la postérité

Si tu écoutes les propos que je t’ai tenus, chacun de tes desseins sera porté en avant ; les actualisations de la maât (« justice, ordre », comparable au Rta védique et au Dharma hindou) qui s’y trouvent, c’est la richesse qu’ils apportent. Leur évocation se transmet oralement par la perfection des vers qu’ils constituent, et chaque mot est rapporté de manière ininterrompue dans ce pays, pour toujours !

Ce qui formera maxime à la perfection, les magistrats parleront en s’y référant ; l’écouter permet de devenir un expert écouté (à son tour). Il est bon de s’exprimer pour la postérité, car c’est elle qui l’écoutera ; que survienne un événement heureux grâce à celui qui est chef, il restera un bienfaiteur pour toujours, et sa sagesse, quelle qu’elle soit, demeurera à jamais ! C’est le savant qui se soucie de son âme (ba) en établissant sa propre perfection sur terre ; c’est à ce qu’il sait qu’on apprécie le savant : s’agit-il d’un magistrat, c’est à sa bonne action. Celui qui équilibre son esprit et sa langue, ses lèvres sont précises tandis qu’il parle ; ses yeux observent, ses oreilles sont dressées, à l’écoute de ce qui est bénéfique à son fils. Agis selon maât, sois exempt de mensonge !

 

Épilogue : Savoir écouter

Bénéfique est l’écoute pour le fils qui sait écouter, et l’écoute ne pénètre que chez celui qui sait écouter ; celui qui sait écouter naît de qui est disposé à écouter, et qui écoute bien parle bien.

Qui sait écouter possède des bienfaits, car bénéfique est l’écoute pour qui sait écouter ; supérieure est l’écoute à toute autre chose, à l’origine de l’attachement (mérout) parfait.

Il est bon que le fils observe les principes de son père : la vieillesse lui en sera accordée, car celui qui écoute est un aimé du dieu, tandis que le haï du dieu n’écoute pas !

C’est la conscience qui fait de son possesseur quelqu’un qui écoute ou qui n’écoute pas ; vie, force et santé d’un homme, ce sont sa conscience. C’est celui qui sait écouter qui écoute celui qui parle, et celui qui agit comme il est dit est celui qui aime écouter.

Il est bon que le fils écoute son père, heureux celui à qui on a dit cela ! Le fils, sa grâce vient de sa capacité d’écoute, celui qui sait écouter et qui en a la réputation se révèle être un digne fils dès la naissance, un révéré auprès de son père. Le souvenir de lui reste dans la bouche des vivants qui sont sur terre et qui viendront à l’existence.

 

III

Un fils doit écouter son père pour réussir dans la vie

Si le fils de bonne naissance observe les principes de son père, aucun de ses desseins ne saurait s’égarer ; tu dois apprendre à ton fils à devenir quelqu’un qui sait écouter, qui sera un homme de qualité dans l’esprit des magistrats. Celui qui régit ses propos selon ce qui lui a été dit est considéré comme quelqu’un qui sait écouter ; le fils, il montre ses qualités quand sa démarche est pesée, mais l’égarement échoit à qui n’écoute pas. Tandis que le savant se lève de manière à trouver la stabilité, l’insensé s’agrippe.

 

IV

Les dangers qui guettent celui qui n'écoute pas les conseils

L’insensé qui n’écoute pas, impossible pour lui d’acquérir aucun bien ; il confond connaissance et ignorance, bénéfique et nuisible. Il commet toute sorte d’actes affreux dont on lui fait grief chaque jour ; il vit de ce dont on meurt, et ce qui est maudit est sa nourriture. Son comportement est là, au su des magistrats, lui qui meurt tout en vivant chaque jour ; car on négligera ses actes du fait du nombre de méfaits qui pèsent sur lui chaque jour.

 

V

Perpétuer le maât

Le fils qui sait écouter est un suivant d’Horus, c’est bon pour lui d’avoir écouté ; il atteint dans sa vieillesse l’état de révéré, lui qui récite la même chose à ses enfants. Renouvelant l’enseignement de son père, chaque homme est enseigné selon ses actes ; il le récitera auprès de ses enfants, qui le rediront à leurs enfants. Sers de modèle, ne donne pas prise à la critique, accrois la maât pour que vivent tes enfants. À la première occasion qui se présentera, relevant de l’injustice, les gens qui verront diront que c’est semblable à ce vers-là ; ceux qui entendront diront que c’est semblable à ce vers-là, également. Chacun voit que ce sont eux qui pacifient la multitude, et la richesse n’aboutit à rien sans eux. N’intervertis pas les mots, ne mets pas l’un à la place de l’autre. Garde-toi de détendre les mailles, évite qu’un savant ne dise : « Écoute donc ! », si tu désires être bien établi dans la bouche de ceux qui auditionnent. Tu ne t’exprimeras qu’après avoir accédé au savoir-faire d’un expert ; en t’exprimant de manière parfaite, tous tes avis seront considérés.

 

VI

Être un bon magistrat

Enfouis ta pensée, contrôle ta parole : tu seras reconnu parmi les magistrats. Montre-toi d’une exactitude totale envers ton seigneur, agis pour lui faire dire : « C’est le fils de celui-là ! », pour faire dire à ceux qui l’apprendront : “Favorisé celui pour qui il a été enfanté !” Fais preuve de retenue au moment où tu t’exprimes, tu ne prononceras que des paroles calculées, si bien que les magistrats qui entendront diront : “Beau ce qui sort de sa bouche !”.

 

Conclusion

Ptahhotep, ministre exemplaire du roi

Agis selon tout ce que je te dis, heureux celui qui a reçu l’enseignement de son père ; issu de lui, de son corps, il était encore dans le ventre quand il lui a parlé ! Mais ce qu’il aura fait sera plus important que ce qui lui aura été dit ; vois, le bon fils que donne le dieu, qui sera allé au-delà de ce qui lui aura été dit, auprès de son seigneur, pratique la maât, sa conscience ayant agi selon son rang. Tandis que tu me rejoindras, ton corps intègre, le roi étant satisfait de tout ce qui est advenu, tu obtiendras des années de vie, et ce que j’ai fait sur terre ne s’évanouira pas. J’ai obtenu cent dix ans de vie, que m’a accordés le roi, mes faveurs surpassant celles de mes prédécesseurs, pour avoir pratiqué la maât [justice] pour le roi, jusqu’à la place de la vénération.

L'enseignement de PTAH-HOTEP (aphorismes égyptiens)

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