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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le KALI YUGA égyptien (extraits des Lamentations d'Ipou-Our)

Typiques du Kali Yuga, la décadence et le chaos social se retrouvent à l'identique dans Les lamentations d'Ipou-Our (Papyrus Leiden 334), un texte égyptien de la 19e dynastie (1292 à 1189 av. J.-C.) dont les premières compositions peuvent remonter vers 2000 à 1400 av. J.-C. L’Égypte, qui jamais ne disparut, tout en connaissant des centaines de bouleversements en quelque 3 000 ans, partageait cette notion d'une temporalité cyclique, composée de mouvements ascendants puis descendants, de va-et-vient entre période de sagesse et période de décadence. Ce texte est un chef-d’œuvre de la littérature ancestrale.

*

1, Les gardiens se proposent de piller. Les artisans [ne fabriquent plus d'objet de qualité.] Le blanchisseur refuse de porter leur linge. Les braconniers sont aux affûts, les habitants du delta ont revêtu leurs armures. Les brasseurs [ne font plus la bière et les fêtes sont] tristes. Les pères regardent leurs fils comme des ennemis. La confusion règne. Les tribus du désert sont toutes devenues égyptiennes [...]

2, Les pauvres sont devenus détenteurs de richesses, et celui qui ne pouvait pas même se faire une sandale, est à présent le créditeur des riches. Les esclaves sont tristes et les magistrats, quand ils se prononcent, ne fraternisent pas avec leur peuple. Les esprits s’échauffent, la peste va à travers le pays, le sang aussi est partout. La mort rôde. Les bandelettes des momies s'animent alors que personne ne s'en approche. Nombreux sont les morts qui parsèment le lit du fleuve, dont les vagues sont une sépulture et les tourbillons une salle d'embaumement. Les nobles sont en détresse, tandis que le pauvre est joyeux. Dans chaque cité, les villageois se proposent de supprimer les plus puissants d'entre eux. Les hommes sont semblables aux hérons. La misère est partout dans le pays et il n'existe personne dont la toge soit demeurée blanche. [...] Les pauvres gens se plaignent : « Quelle misère ! Qu'allons-nous faire ? » se demandent-ils. Dans les rivières coule du sang, que les hommes boivent. L'humanité s'éloigne de la condition humaine et elle a soif. [...] Les crocodiles se gavent de poissons et les hommes se jettent volontairement dans leur gueule. C'est la dévastation. […] Rares sont les hommes véritables, mais nombreux sont ceux qui mènent un frère en terre et quand commence à parler le sage, tout le monde s'enfuit au plus vite... Celui qui est bien né a délaissé son épouse pour une autre et a fait du fils de sa femme le fils de sa servante.

3, Le désert ravage le pays, les frontières sont abandonnées, et les barbares venus de l'étranger entrent en Égypte. Des hommes arrivent, [s'installent comme si le pays était à eux] et il ne se trouve plus nulle part de véritables Égyptiens. Tandis que les coffres d'ébène sont fracturés, l'or, le lapis-lazuli, l'argent, le turquoise, la cornaline et l'améthyste, la pierre d'Ibhet, voilà ce que l'on trouve au cou des servantes et courtisanes. Le pays est encore prospère, mais les mères de famille ne cessent de répéter qu'elles n'ont rien à manger. Les corps des femmes de la noblesse sont tristes d'être revêtus de haillons et quand elles se saluent, elles ploient sous la honte. Ceux qui construisaient des pyramides sont devenus des paysans, et ceux que jadis transportaient la barque divine, à présent en sont les rameurs. [...] Le rire est mort, il ne jaillit plus, seuls les gémissements et les plaintes se font entendre à travers le pays.

4, Ceux qui étaient égyptiens sont devenus des étrangers et sont rejetés de leur propre patrie. Chacun perd ses cheveux, et l'homme de valeur ne se distingue plus de l'homme du commun [le noble ne se distingue plus de celui qui n'est rien.] [Plus personne ne dort plus,] à cause du bruit, car depuis des années retentit un vacarme sans fin. Les puissants comme les petits, tous avouent espérer la mort, et les enfants en bas-âge les maudissent de leur avoir donné la vie. On jette les héritiers des princes contre les murs, et l'on installe au plus haut de l'état des bâtards. Ceux qui jadis méritaient les honneurs de l'embaumement, à présent leurs cadavres sont laissés dans la poussière. Par conséquent, les secrets des embaumeurs se perdent. Ce que l'on apercevait hier encore, aujourd'hui a péri. Le pays est laissé à l'abandon et à sa faiblesse. [...] Celles que l'on n’apercevait jamais de jour, à présent ne se cachent plus. Les épouses leur ont laissé la place dans le lit de leur mari. [Maîtres comme] serviteurs, tous sont ruinés. Il n'y a aucun remède à tout cela : les aristocrates souffrent comme leurs domestiques, et les ménestrels ne jouent plus que du métier à tisser, tandis que les chants qu'ils adressent à leur déesse ne sont plus que des complaintes endeuillées. [Celui qui n'a reçu ni éducation ni initiation gère les affaires du pays, tandis que] ceux qui parlent bien sont courbés dans les champs. Les jeunes filles esclaves sont impertinentes, et quand parle leur maîtresse, elles ne se gênent pas pour lui faire comprendre qu'elle les dérange. Les arbres sont abattus et leurs branches sont arrachées.

5, […] Le Bien résonne partout comme un mot, mais ce que font les hommes, c'est le Mal. Les lâches se disputent le trésor des voleurs, ainsi que tout ce que possède l'honnête homme, puis s'en vont. Les animaux pleurent, les bovins meuglent de désespoir à cause du mauvais état du pays. [...] Khnoum, le dieu du Nil, grogne de reproches. La terreur tue, celui qui a peur s'oppose à ce qui lui est fait. Certains se satisfont de la situation, [d'autres ne cessent de se rebeller, en vain]. [...] Les esclaves [qui jadis vivaient dans la crainte] pullulent, mais c'est les hommes forts que l'on envoie battre la campagne et voyager en tous lieux. Un frère frappe son frère maternel. Que se passe-t-il ? Je ne rencontre et ne devise qu'avec des gens ruinés ! Les chemins sont [dangereux]. Les routes sont gardées, mais cela n’empêche pas les brigands de se tapir dans l'ombre et d'attendre que passe le voyageur aveugle, afin de le dépouiller de tous ses biens, ainsi que de tout ce qu'il porte, pour enfin le rouer à coups de bâtons et le laisser pour mort. Ce que l'on apercevait hier encore, aujourd'hui n'est plus. Le pays est laissé à l'abandon et à sa faiblesse. Les roturiers font et défont les situations. [...]

9, [...] Tout va à la ruine ! Ruinés par les ennemis étrangers, nos artisans ne travaillent plus. Celui qui récoltait, à présent ne connaît plus les saisons et celui qui n'avait jamais récolté pour lui-même, possède des champs entiers. Les récoltes se font, mais elles ne sont pas déclarées. Le scribe est assis à son bureau, mais ses mains sont oisives. [L'anxiété règne] en ces temps, un homme en regarde un autre comme s'il s'agissait pour lui d'un adversaire. [C'est de tout cela dont] souffre la Terre.

10, [Quant au peuple] par la force et la terreur, il se fait extorquer son pain. L'homme du commun se plaint, mais ses requêtes n'arrivent jamais à temps. [Le criminel vit en liberté, mais] on saisit les biens et les propriétés de l'honnête homme. [Un homme se fait rouer de coup chez lui ?] Les gens passeront rapidement devant sa porte, [feignant de ne rien voir.]

Le KALI YUGA égyptien (extraits des Lamentations d'Ipou-Our)

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