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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Numa et les VESTALES

Par Plutarque

La surveillance des vierges sacrées qu’on nomme Vestales était aussi une charge du grand Pontife ; car c’est à Numa qu’on rapporte l’institution des Vestales, la consécration du feu qui brûle éternellement, confié à leur garde, ainsi que les rites et les cérémonies qu’elles observent. Peut-être Numa pensait-il que la substance pure et incorruptible du feu ne devait être confiée qu’à des corps chastes, exempts de souillure ; peut-être voyait-il dans le feu, stérile de sa nature et infécond, un rapport sensible avec la virginité. En effet, dans les lieux de la Grèce, à Pytho, à Athènes, où brûle un feu perpétuel, la garde en est donnée non à des vierges, mais à des veuves qui ont passé l’âge d’un nouvel hymen. Ce feu vient-il à s’éteindre par quelque accident, comme la lampe sacrée s’éteignit, dit-on, à Athènes, durant la tyrannie d’Aristion ; à Delphes, lorsque le temple fut brûlé par les Mèdes ; à Rome, pendant la guerre de Mithridate et durant la guerre civile, où le temple fut consumé ainsi que l’autel : il est défendu de le rallumer avec un feu ordinaire ; et il faut faire un feu tout nouveau, en tirant du soleil une flamme pure et sans mélange. On emploie, à cet effet, des vases concaves, dont les parois intérieures sont taillées en triangles rectangles isoscèles, et où toutes les lignes tirées de la circonférence aboutissent à un même centre. Ces vases sont exposés au soleil, et les rayons, réfléchis de tous les points de la circonférence, s’entremêlent dans ce centre commun : ils y subtilisent l’air et le divisent ; ils acquièrent, par la réflexion, la nature et la puissance du feu, et ils embrasent promptement les matières sèches et légères qu’on leur présente.

Selon certains auteurs, l’emploi des vierges sacrées se borne à la garde du feu perpétuel ; mais il y a, suivant quelques-uns, d’autres choses saintes sur lesquelles elles peuvent seules porter leurs regards. Nous avons écrit, dans la Vie de Camille, tout ce qu'il est permis de savoir et de dire au sujet de ces mystères. On dit que Numa consacra d’abord deux Vestales, Gégania et Vérénia, et ensuite deux autres, Canuléia et Tarpéia. Servius en ajouta encore deux ; et c’est à ce nombre de six qu’on s’est arrêté jusqu’à présent. Numa prescrivit aux vierges sacrées de garder pendant trente ans la chasteté. Les dix premières années, elles apprennent leurs devoirs ; les dix suivantes, elles pratiquent ce qu’elles ont appris, et, les dix dernières, elles instruisent les novices. Ce temps expiré, elles sont libres de se marier, et de quitter le sacerdoce pour embrasser un autre genre de vie ; mais il en est peu, à ce qu’on assure, qui profitent de cette liberté, et celles qui l’ont fait n’ont pas eu lieu de s’en applaudir : elles ont passé le reste de leur vie dans le repentir et la tristesse. Ces exemples ont inspiré aux autres une crainte religieuse ; et au mariage elles ont préféré la continence, et la virginité perpétuelle.

Numa leur accorda de grands privilèges. Par exemple, elles peuvent tester, du vivant même de leur père, et, comme les femmes qui ont trois enfants, gérer à leur fantaisie, sans l’intervention d’un curateur. Quand elles sortent, des licteurs marchent devant elles ; et, si elles rencontrent par hasard un criminel qu’on mène à la mort, il est mis eii liberté ; mais il faut que la vierge jure que la rencontre est involontaire et fortuite, et n’a pas été ménagée à dessein. Passer sous la litière où on les porte, est un crime puni de mort. Pour les fautes qu’elles-mêmes commettent, les Vestales sont frappées de verges par le grand Pontife ; quelquefois môme elles subissent le châtiment dans un lieu obscur et retiré, nues et protégées d’un simple voile. Mais la Vestale qui a violé le vœu de virginité est enterrée vivante, près de la porte Colline. Il y a, dans cet endroit, en dedans de la ville, un tertre d’une assez longue étendue, qu’en langue latine on appelle une levée. On y construit un petit caveau, où l’on descend par une ouverture pratiquée à la surface du terrain. Il y a, dans le caveau, un lit, une lampe allumée, et une petite provision des choses nécessaires à la vie : du pain, de l’eau, un pot de lait et un peu d’huile, comme pour dissimuler qu’on force à mourir de faim une personne consacrée par les plus augustes cérémonies. Celle qui a été condamnée est mise dans une litière, qu’on ferme exactement, et qu’on serre avec des courroies, de manière que sa voix ne puisse pas morne être entendue ; et on lui fait traverser le Forum. Alors tout le monde se range, et suit d’un air morne et dans un profond silence. Il n’est point de spectacle plus effrayant à Rome, point de jour où la ville présente un plus lugubre aspect. Quand la litière est apportée au lieu du supplice, les licteurs délient les courroies. Le grand Pontife, avant l’exécution, fait certaines prières secrètes, et il lève les mains au ciel. Il tire ensuite de la litière la patiente couverte d’un voile, la met sur l’échelle par où l'on descend dans le caveau, puis il s’en retourne avec les autres prêtres. Elle arrivée au bas, on remonte l’échelle, et l’on recouvre le caveau, en y amoncelant de la terre jusqu’à ce que le terrain soit de niveau avec le reste de la levée. Tel est le châtiment des Vestales qui ont violé leur vœu sacré de virginité.

C’est Numa qui construisit, dit-on, le temple circulaire de Vesta, pour servir d’abri au feu perpétuel. La forme préférée était l’imitation de la figure non de la terre prise pour Vesta, mais de l’univers, dont le milieu, suivant les pythagoriciens, est occupé par le feu, qu’ils appellent Vesta et la Monade. Ils ne croient point que la terre soit immobile, ni placée au centre de la sphère : ils prétendent qu’elle décrit un cercle autour du feu ; et ils ne la comptent pas au nombre des plus précieuses parties, ni des premières, qui constituent le monde. On tient que Platon, dans sa vieillesse, adopta la même doctrine au sujet de la terre, à savoir qu’elle n’occupait pas le centre de l’univers, et qu’elle cédait cette place, la plus honorable, à un plus noble élément.

 

Numa et les VESTALES

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