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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les tensions interethniques depuis la Partition

UN NOUVEAU MONDE

 

Suite aux conquêtes islamiques en Asie centrale, l'Orient n'est plus un chemin mais un mur, dressé devant l'Europe par le monde musulman. En conséquence, la civilisation européenne va d'abord chercher à s'étendre vers l'ouest. Étant contenus et même assimilés dans le sud de l'Europe, les Vikings continuèrent leur expansion vers l'ouest et peuplèrent l’Islande, puis découvrirent les côtes du Groenland et installèrent quelques colonies de pêcheurs et de trappeurs sur les côtes du Labrador (de ce qui deviendra le Canada). Des échanges et des mariages sont contractés avec les tribus amérindiennes, mais aucun commerce d'envergure ne fut instauré, contrairement à ce qui suivit la découverte des Caraïbes par Christophe Colomb en 1492.

Bien vite le Brésil est découvert, puis colonisé, de même que quelques années plus tard Vasco de Gama rejoint l'Inde en passant par le sud de l'Afrique, contournant donc l'hégémonie islamique sur le commerce des épices et la route de la soie.

En 1803, Napoléon Bonaparte vend la Louisiane, et c'est donc sur le modèle hégémonique anglo-saxon que l'Amérique, l'Australie mais aussi les Indes vont être occidentalisées. Pour la première fois, des peuples aussi différents que les Tamouls et les Irlandais, sont les sujets d'une même couronne.

La culture hindoue est alors moribonde, à peine a-t-elle survécu à 800 ans de domination islamique qu'elle doit subir le mépris et la déconsidération de la civilisation chrétienne et protestante (anglicane) qui s'impose à elle.

Le peuplement des îles de l'océan Indien

Si la paix revint en Inde avec la présence anglaise, le sort des Indiens ne s'améliore pas de manière significative. Poussés par la faim, le chômage ou les dettes, des Indiens parmi les plus pauvres s'engagent comme paysans pour s'en aller labourer la terre à l'autre bout du monde, que ce soit aux Fidji, aux Caraïbes ou en Guyane. Le commerce des esclaves africains étant sévèrement réprimé par les pays européens qui régnaient sur l'Atlantique, il était plus simple aux armateurs de s'en aller chercher en Inde de la main-d’œuvre aussi corvéable que des esclaves, mais en échange d'un salaire négligeable.

Dès 1816, des navires dont les cales sont remplies d'Indiens quittent l'Inde pour rejoindre Sydney, fournissant ainsi la main-d’œuvre qui sera utilisée dans les nouveaux vignobles de la vallée de la Yarra (dans l'État du Victoria).

Vingt ans plus tard, c'est vers l'ouest que se tourne le commerce maritime de la main-d’œuvre bon marché. De nombreux Indiens sont déportés vers l'île Maurice, les Comores, l'île de la Réunion et Madagascar. Plus tard dans le siècle, ils seront amenés jusqu'en Afrique du Sud et au Kenya, pour travailler à la place des Africains que les colons trouvent moins appliqués et moins ardents à la tâche. Plus tard, ce sera encore vers les Caraïbes, la Jamaïque, et la Guyane que les paysans tamouls sans emploi seront envoyés. En 1870 est ouvert le premier temple hindou en Afrique du Sud.

Où que les Indiens s'installent, la tolérance du christianisme à l'égard de leur croyance fait défaut. À la Réunion, les ouvriers des champs hindous sont convertis de force au catholicisme. Seuls les musulmans indiens venus du Gujarat sont laissés libres de pratiquer l'islam. Le même phénomène s'observe dans le Pacifique (Fidji) et dans les Caraïbes (Jamaïque, Trinidad, Martinique et Surinam).

Côtoyant les peuplades noires africaines installées aux Caraïbes qui trouvaient la source de leur mysticisme dans les plus anciens textes juifs et éthiopiens, l'hindouisme tamoul de tendance shivaïte influence alors de manière certaine mais encore peu documentée, ce qui deviendra dans le courant du 20e siècle le rastafarisme. Le lègue culturel des Tamouls au rastafarisme est en particulier remarquable par l'emploi de ce que les deux peuples appellent la « ganga » : le cannabis à des fins religieuses, rituelles et méditatives. De même, les quelques Tamouls qui devinrent sadhus aux Caraïbes influencèrent par leur ascétisme et leur allure (en particulier à cause de leurs longs cheveux emmêlés) les rastafariens et leurs célèbres dreadlocks.

 

Vers l'Indépendance

Connaissant la paix et l’essor économique et industriel, l'Inde connaît un boom démographique qui eut pour effet de plonger le pays dans la famine vers 1900. À cette catastrophe s'ajoutent des épidémies de paludisme et de peste (dont celle de Puna en 1897).

La promiscuité des travailleurs, l'absence d'égouts dans les villes, le climat à la fois chaud et humide, les nombreux marais insalubres du pays, tout cela a pour effet de rendre impossible la vie des émigrés européens, et toxique celle des Indiens eux-mêmes. Autre raison de la famine, le manque de mousson frappe le sous-continent plusieurs printemps consécutifs et les impôts collectés par l'Empire britannique enfoncent les paysans indiens dans la misère.

Le paludisme, qui est une fièvre transmise par le moustique, est responsable d'une maladie dégénérescente du cerveau qui pousse les malades à la violence et au délire névrotique. C'était une des principales causes de mortalité parmi les populations autochtones comme européennes et c'était même le principal obstacle à l’installation permanente des aristocrates britanniques, tout comme l'agent principal de la faiblesse et de l'instabilité des soldats de la Couronne. Fort heureusement, en 1883, le bacille du choléra est découvert et en 1897, le paludisme s'explique. Bientôt, s'il n'est toujours pas soigné, il sera néanmoins combattu efficacement en asséchant les marais et salines entourant les nouveaux villages et les colonies industrielles et minières.

 

Après avoir balayé l’Europe, la fièvre nationaliste va saisir l'Inde et ses élites, qui dès lors n’œuvreront plus que pour se voir confier des Anglais les clés du pouvoir et de l'industrie. Face aux abus britanniques, face à l'injustice criante de leur administration, les Indiens réclament plus de pouvoir. Les intellectuels et bourgeois indiens, de culture à la fois brahmanique et anglaise, s'unissent derrière le politicien anglais Allan Octavian Hume (1829 - 1912) et créent le Parti du congrès, qui se donne pour objectif l'indépendance de l'Inde d'une manière non-violente. À la même époque, Sir Saiyad Ahmed Khan crée le Collège musulman anglo-oriental et mène des actions concurrentes du Parti du congrès, afin qu'en cas d'indépendance, les musulmans ne se mélangent pas aux hindous, ni ne les subissent, mais fassent valoir pour eux-mêmes leurs revendications et leurs droits.

En 1905, après une année de guerre, le Japon défait la Russie et remporte la Mandchourie et l'île Sakhaline. La flotte russe est anéantie par les Japonais, qui signent alors la première victoire d'une puissance asiatique sur une puissance européenne, depuis la prise de Constantinople un demi-millénaire plus tôt.

En 1910, c'est la Chine impériale qui affirme ses velléités stratégiques, en occupant Lhassa et le Tibet, poussant le Dalaï-Lama à fuir pour se réfugier en Mongolie. La révolution populaire et communiste chinoise mettra fin à l'occupation de Lhassa, qui vivait pourtant ses dernières décennies d'indépendance après des milliers d'années de paix et d'autarcie.

 

Incapables de gérer un empire si vaste, les Britanniques morcellent le pays en communes et communautés autonomes, c'est le communalisme. Les communautés hindoues et musulmanes, en l'absence de la férule anglaise, ont alors bien du mal à cohabiter. En 1905, après une vague de terrorisme, le Bengale est divisé en deux régions administratives de confessions différentes.

Un an plus tard, la Ligue musulmane est fondée à Dacca. Elle se donne pour objectif de concurrencer le Parti du congrès et de fédérer les Indiens musulmans derrière sa bannière, afin de sauvegarder les intérêts islamiques qui risquent d'être noyés sous la démographie hindoue en cas d'indépendance. Saisissant l'opportunité politique de se construire en opposition, la Ligue musulmane s'oppose au boycott des marchandises étrangères proposé par Gandhi. La Ligue musulmane supporte aussi la partition du Bengale, l'ouest de la région étant majoritairement musulmane.

Les musulmans obtiennent ainsi des députés à l'écart des autres Indiens, dans la nouvelle Chambre des députés qui est créée pour faire tampon entre la Couronne britannique et les chefs de villages, brahmanes et kshatriyas du pays. Les brahmanes, qui sous la domination musulmane occupaient des emplois de fonctionnaires, sont gardés à leur poste par l'administration anglaise, qui se contente de prélever l’impôt, de calmer par les armes les guerres intestines et de réprimander le brigandage et les détrousseurs de grand chemin.

 

Durant la Première Guerre mondiale, 1, 2 million de soldats indiens volontaires seront levés par les Anglais, dont la plupart combattront en Afrique du Nord et dans les champs du nord de la France. En 1916, les musulmans indiens se retirent cependant de l'armée des Indes ; le califat ottoman venant d'entrer en guerre aux côtés de l'Allemagne, il ne leur était donc plus possible de combattre sans rompre le précepte du Coran qui impose de « ne pas prendre part, aux côtés des infidèles, à des combats ni d'être complices d'agressions ayant pour cibles d'autres musulmans. »

 

Régulièrement, jusqu'à la fin du 20e siècle, des tensions interreligieuses ont mené à des massacres, le pouvoir central peinant depuis Delhi à les contenir et à les réprimer.

En octobre 1921, une révolte indépendantiste se déclare dans une communauté musulmane de la côte Malabar. Un califat islamique est proclamé, une dizaine de milliers d'hindous sont massacrés, des femmes sont violées en public, mais aussi des hommes et des garçons, que l'on humilie tandis que des personnes sont brûlées vives. 100 000 hindous devront quitter la région de manière permanente des suites de ce que l'Histoire a retenu comme étant les « émeutes de Moplah ».

Durant trois jours de septembre 1924, le petit village de Kohat, dans le nord de ce qui deviendra bientôt le Pakistan, s'embrase : une cinquantaine de musulmans gisent morts sur les chemins de terre, à côté de 155 hindous et sikhs massacrés eux aussi. Des suites de l'incident, le village fut définitivement évacué puis abandonné et 100 000 hindous durent fuir la région pour ne pas être victimes de représailles dans une contrée à majorité musulmane.

Deux ans plus tard, les émeutes de Calcutta, dont l'origine est l'agression par un voleur musulman d'un boutiquier hindou, font plus d'une centaine de morts et plus de 200 blessés. La police montée doit être dépêchée et charge la foule.

 

Jinnah à gauche et Gandhi à droite

 

Le Mahatma Gandhi

Refusant de céder à la violence, qu'elle soit une réponse aux privilèges abusifs des Anglais ou à l'appel à la partition ethnique voulue par des musulmans, Gandhi (1869 - 1948) initie en 1922 le mouvement de désobéissance civile. Des grèves et des marches pacifistes se déclarent dans tout le pays. Parfois, elles sont réprimées dans le sang par des policiers anglais qui songent avant tout à ce que les factories et usines continuent de fonctionner.

En 1930, le succès de la marche du sel et la popularité de Gandhi, mettent à mal des Britanniques qui ont de plus en plus de mal à conserver leur hégémonie. La masse démographique indienne inquiète alors les Britanniques, qui savent ne pouvoir opposer autre chose que la menace et la matraque à une cause dont la justesse mènera à terme à la victoire.

Mohandas Karamchand Gandhi, leader politique, nationaliste indien et guide spirituel, est un des pères de la nation indienne. Né d'une famille fortunée de la caste supérieure des brahmanes, il fit ses études en Angleterre, avant de s'installer comme avocat des communautés indiennes aisées immigrées en Afrique du Sud.

De retour en Inde, il s'engage dans la lutte pour l'indépendance, pour laquelle il passera au total six années en prison. Homme politique de premier plan, il fut le leader du Parti du congrès, la principale force d'opposition à la présence coloniale.

En 1930, il organise la « marche du sel », en protestation contre la spoliation britannique des ressources indiennes. En 1942, il est à l'origine du mouvement de grève et de révolte non-violente « Quit India » (Quittez l'Inde) qui aura une telle portée que les Anglais devront incarcérer près de 100 000 Indiens et interdire la plupart des groupements politiques indépendantistes pour conserver, pour encore quelques années, leur autorité.

Celui que les Indiens surnomment affectueusement « Bapu », Papa, ou encore le Mahatma, la « grande âme », est la personnalité indienne contemporaine la plus célèbre à travers le monde. Son exemple de révolte pacifique et son action déterminée mais non-violente, son application des préceptes de la désobéissance civile et du concept hindou de l'ahimsa, le principe de non-agression envers le vivant, inspirera de nombreuses autres luttes sociales au cours de la fin du 20e siècle, notamment le mouvement pour les droits civiques aux États-Unis.

Gandhi militait aussi pour l’égalité entre les sexes et contre le système des castes, qu'il voyait comme une excroissance pathologique de l'hindouisme authentique. Hindou pratiquant, Gandhi vivait dans son ashram, en suivant des règles d’ascétisme strictes, pratiquant le végétarisme et le jeûne.

Ouvert au dialogue religieux et opposé à l’Intouchabilité, Gandhi n'était pas favorable pour autant à la mixité sociale, religieuse ou ethnique. Pour lui, la base culturelle de l'Inde devait être l'hindouisme, et l'islamisation comme l'occidentalisation du pays étaient autant de dangers qu'il fallait combattre avec respect mais détermination. À de multiples occasions, Gandhi a pu exprimer sa réprobation des mariages interreligieux ainsi que tout lien social qui serait basé sur l’intérêt individuel plutôt que collectif.

L'accusant, en tant que leader politique, de ne pas avoir correctement protégé les minorités hindoues et sikhes du Pakistan, qui furent massacrées par les musulmans durant la partition du pays, un fanatique hindou assassina Gandhi un an après l'Indépendance du pays, en 1948.

Les tensions interethniques depuis la Partition

La Partition

En 1946, l'indépendance de l'Inde s'annonçant comme imminente, les chefs locaux musulmans font valoir leur différence, afin que leurs territoires ne soient pas administrés par une république multiconfessionnelle ou laïque (ce qui aurait signifié pour eux une perte d'autorité.) En effet, l'immense majorité des Indiens, même après plus d'un millénaire d'occupation musulmane, était demeurée hindoue (ou l'était redevenue une fois libre de la domination islamique).

Durant un mois, du 15 août au 17 septembre 1946, Calcutta, la capitale du Bengale où cohabitaient alors près d'un million de partisans des deux croyances, s'embrase. 7000 à 10 000 victimes hindoues comme musulmanes sont à déplorer après un mois d'émeutes. La All India Muslim League, le parti politique musulman alors en vogue, mène lui-même les ratonnades contre les hindous et orchestre les viols de masse.

Toujours dans le Bengale, en octobre et novembre de la même année, les émeutes de Noakhali font 5000 victimes hindoues. Des villages de cette communauté sont pillés, des femmes hindoues sont violées par centaines, et les biens des familles hindoues sont réquisitionnés par la ligue musulmane. Le Bengale, cœur culturel et économique du nord-est indien est une nouvel fois partagé en deux États, l'un à majorité hindoue, l'autre à majorité musulmane.

Une véritable épuration ethnique va alors se mettre en place dans la partie musulmane et orientale, qui deviendra le Pakistan oriental en 1947, puis le Bangladesh en 1971. 150 000 à 750 000 réfugiés hindous s'entassent alors dans des camps de réfugiés situés dans la partie occidentale du Bengale.

À la fin de cette sinistre année 1946, c'est dans l'État voisin du Bihar que 2000 à 3000 musulmans sont lynchés, en représailles aux massacres de Noakhali.

Forcés de quitter le pays pour ne pas subir eux-mêmes la rançon de ces troubles, les Britanniques quittent l'Inde à l'été 1947. Ils laissent derrière eux un sous-continent miné par les luttes entre rois hindous et rois musulmans, tout comme entre démocrates hindous et démocrates musulmans.

Sans haine ni violence, le départ des Anglais se déroula dans le calme. La domination anglaise sur l'Inde ne reposa jamais que sur un savant jeu d'alliance entre princes locaux et représentants de la Compagnie des Indes. En outre, la présence anglaise en Inde ne dépassa jamais les quelques milliers de colons. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il n'y eut jamais plus de 10 000 Britanniques aux Indes ! Enfin, le climat exotique et les mœurs locales, ont de tout temps freiné la colonisation démographique européenne en Inde. De sorte qu'en 1947, à part les employés de la Compagnie ou des soldats, il n'y avait pour ainsi dire aucun Anglais en Inde.

Le règne de la Grande-Bretagne aux Indes s'acheva le 15 août 1947. Des rues de Karachi, capitale du nouvel État du Pakistan, où les dernières troupes anglaises formaient une haie d'honneur, aux avenues de New Delhi submergées par la liesse populaire, tout un peuple reconnaissant acclama son dernier vice-roi et célébra son indépendance dans une euphorie délirante. À New Delhi, le carrosse de Lord et Lady Mountbatten fut englouti au milieu d'un océan de bras et de têtes. 

D. Lapierre et L. Collins, Cette nuit la liberté

Le pays entre cependant dans une période d'instabilité aussi meurtrière que durant les pires années du règne des sultans. Les musulmans, majoritaires dans certaines régions du bassin de l'Indus et du delta commun du Gange et du Brahmapoutre, font sécession et forment le Pakistan dans le sang. Pakistan veut dire littéralement le « pays des purs », en opposition au pays des infidèles, des païens et des « koufars » que représente l'Inde des hindous aux yeux des islamistes.

La plus grande migration de l'Histoire traverse le Penjab en feu. Dix millions d'hindous, de sikhs et de musulmans s'enfuirent de leurs maisons pendant l'été et l'automne tragiques qui suivirent la partition des Indes. Les yeux et la gorge brûlés par la poussière, les pieds grillés par la chaleur des pierres et de l'asphalte, torturés par la faim et la soif, attaqués par des bandes de tueurs. Les damnés du Penjab marchèrent vers l'Inde et vers le Pakistan. De lourds chariots croulaient sous le poids du plus hallucinant déménagement de l'Histoire. Les rares trains furent pris d'assaut. Beaucoup n'arrivèrent à destination qu'avec un chargement de cadavres.

D. Lapierre et L. Collins, Cette nuit la liberté

Comme aux plus sombres heures des sultans afghans, il est interdit aux hindous, aux sikhs et aux bouddhistes de résider à l'ouest du désert du Thar et aux alentours de l'Indus. Sous peine d'être exécutés ou rançonnés, les habitants sikhs et hindous des quelque 3 000 kilomètres de la vallée de l'Indus fuient le Pakistan pour s'installer dans les États indiens du Penjab et de l'Haryana. Ils émigrent aussi jusqu'au Ghana, en Australie et aux États-Unis.

Le bilan de la partition de l'Inde est très lourd : 7 à 8 millions d'Indiens musulmans ont fuit de la République indienne vers le Pakistan. 9 millions d'hindous ont pris le chemin inverse. Le nombre total de déportés durant la Partition se situerait donc entre 14 et 17 millions, toutes confessions confondues. Quant aux victimes, on estime de 200 000 à 2 millions le nombre de sikhs et d'hindous ayant perdu la vie en essayant de quitter au plus vite les territoires pakistanais orientaux et occidentaux. 60 000 morts seraient à déplorer au Penjab, 180 000 au Bengale.

On compterait 400 000 à un million de morts rien que dans l'été 1947. Si la communauté musulmane est souvent à l'origine des violences, la communauté hindoue n'est pas en reste, et en septembre et novembre 1947, au Jammu, une région frontalière du Cachemire à majorité hindoue, 20 000 à 100 000 musulmans sont massacrés, accompagnés dans la mort par quelque 20 000 sikhs et hindous. Quelques mois plus tôt, en répression aux exactions commises par les Pakistanais sur les émigrés (trains brûlés, assassinats arbitraires…), 25 000 musulmans sont massacrés à Delhi.

 

L'Indépendance redessine le paysage politique du sous-continent : la démocratie remplace les royautés musulmanes et hindoues, et la planification industrielle remplace la colonisation anglaise. Une réforme agraire d'inspiration socialiste est mise en place, ainsi que de nombreux chantiers quinquennaux inspirés du communisme soviétique. Mohamed Ali Jina (1876 - 1948), activiste depuis les années 1910, devient le premier président du Pakistan. Nehru (1889 - 1964), un brahmane de culture anglaise, sensible au socialisme et aux figures du fascisme, devient quant à lui le Premier ministre de L'Inde. À la place d'un empire, cohabitent à présent 565 États pour deux nations, bientôt trois (avec la création du Bangladesh).

De 1947 à 1970, l’Afghanistan va s'éloigner du sous-continent pour entrer dans le giron soviétique. Le Tibet lui aussi s'éloigne, annexé par la Chine en 1950. Quant à l'Indochine, après avoir été leader du non-alignement, elle entre dans les cercles d'influence chinois (Laos, Cambodge) et américain (sud Vietnam, Thaïlande, Malaisie).

En 1962, l'Inde se trouve des frontières septentrionales en se confrontant à la Chine dans les confins du Cachemire, durant une courte guerre qui se déroulera sur la frontière himalayenne. Moins capable militairement et afin que ne s'engage pas une guerre longue, inutile et dangereuse pour la paix mondiale, l'Inde refuse l'escalade de la violence et abandonne à l'administration chinoise un petit espace montagneux et plusieurs hauts sommets stratégiques (l'Aksaï Chin).

Sachant l'Inde affaiblie et en quête d'une reconnaissance internationale, l'armée pakistanaise ne cesse ses provocations et ses incursions armées au Cachemire. Cette région était un État dont la population était en majorité musulmane mais dont le roi hindou avait fait le choix d'incorporer son royaume à la république laïque indienne (afin que la population hindoue du Cachemire ne soit pas exterminée comme elle l'avait été du côté de la frontière pakistanaise).

Dans les années 1960, l'Inde se rapproche de l'U.R.S.S., tandis que le Pakistan devient un allié instable mais fidèle de l'Amérique. En 1971, un traité d'amitié est signé entre l'Inde et l'Union soviétique.

Cependant, à l'inverse de la Chine et du Japon, l'Inde tarde à se moderniser et le pays vit encore selon des standards médiévaux sans aucun rapport avec les enjeux démographiques et industriels qui l'attendent. Dans une immense proportion, le pays reste agricole. Une réforme agraire n'est pas même nécessaire, car les grands propriétaires terriens n'existent pas encore.

En 1966, en plein zénith des trente glorieuses américano-européennes, des émeutes de la faim éclatent au Bengale alors que plus de 100 millions d'Indiens et de Bangladais sont menacés par la famine. L'État indien est quant à lui dépassé dans tous les domaines et son administration est entièrement gangrenée par la corruption et l'immobilisme.

 

Le Bangladesh

Les tensions intercommunautaires ne cessèrent pas durant le reste du siècle. En 1969, alors que l'été de l'amour bat son plein à Woodstock et que les G. I. noient le Vietnam sous le napalm, au Gujarat de très violentes émeutes ont pour cible la population musulmane. Près de 50 000 familles se voient dépossédées de leurs biens et chassées de leurs villages. Officiellement, 660 victimes sont recensées (dans leur grande majorité musulmane), mais plus de 2 000 est une estimation plus vraisemblable. Outre les victimes humaines, les pertes sont estimées à plus de 42 millions de roupies de dommages sur la voie publique (soit 5,6 millions de dollars au cours de l'époque, ce qui représenterait 42 millions de dollars en 2021). Quelque 33 millions de roupies (33 millions de dollars actuels) sont spoliées aux communautés musulmanes.

Si les persécutions de grande ampleur contre les musulmans cessent rapidement du côté indien, elles dureront encore de longues décennies côté pakistanais et bangladais, et non seulement contre les hindous, mais aussi contre les sikhs et les bouddhistes.

C'est ainsi qu'une seconde vague d'épuration ethnique ayant pour cibles toutes les populations non islamiques de la vallée de l'Indus se déroulera à nouveau dans les années 1970. Un premier temple hindou s’ouvrira au Ghana en 1975, à la suite d'un afflux massif d'émigrés fuyant le Pakistan ou le Bangladesh vers l'Afrique.

La gestion des deux Pakistan n'étant plus possible depuis Karachi ou Islamabad, deux villes distantes de Dacca de plus de 2 000 kilomètres, le Pakistan oriental déclare son Indépendance de manière unilatérale en 1971. Craignant l'embrasement d'un pays voisin, l'Inde apporte un support essentiel à la guerre d'indépendance de ce qui devient le Bangladesh (« le Pays des Bengalis »).

Le Pakistan occidental réplique alors de manière violente et militaire. Du côté bangladais, les temples hindous furent brûlés par l'armée, les femmes hindoues violées. Les différents partis politiques et groupes paramilitaires musulmans furent coupables de crimes de guerre, y compris contre leurs propres coreligionnaires de culte. Un million de réfugiés durent être accueillis en Birmanie mais surtout en Assam et au Bengale indien, ce qui ne manqua pas d'entraîner dans les décennies suivantes et jusqu'à nos jours, de nombreuses tensions ethniques. Selon M. A. Kahn, historien spécialiste de la Partition, l’armée pakistanaise tua « entre 1,5 et 3 millions de personnes (principalement des musulmans) en seulement neuf mois » (op. cit.)

Cinq ans seulement après son indépendance du Pakistan, le Bangladesh voit son président, Mujibur, assassiné. Quatre ans plus tard, en 1981, c'est le président Ziaur Rahman qui sera assassiné à son tour.

Au début de l'année 1979, huit ans après une indépendance que le Bangladesh n'aurait obtenue sans le concours de l'Inde, les persécutions contre les hindous sont pourtant telles que ces derniers sont à nouveau expulsés de leurs villages. À nouveau, ils migrent vers le Bengale et l'Assam. Le nombre des victimes, attaquées durant leur marche vers l'exil, varie de 50 à 5 000, selon les sources officielles, officieuses et vraisemblables.

 

Au Pakistan, la junte militaire de Zia-Ul-Haq se maintient au pouvoir et un référendum est organisé en 1984 pour islamiser encore plus profondément le pays. L'Histoire se répète : des milliers d'hindous doivent fuir leur pays pour se réfugier dans le Penjab indien voisin et dans les banlieues et bidonvilles de Delhi.

En réaction, les hindous font aussi preuve de fanatisme. En 1980, à Moradabad, à quelques centaines de kilomètres de Delhi, 400 à 2 500 victimes sont la conséquence d’émeutes entre hindous et musulmans. L'affrontement commence par une agression supposée de la police musulmane envers un citoyen hindou. La police répond alors aux intimidations par la violence, la torture, l'incendie, puis les communautés se fédèrent et s'affrontent en étant solidaires de leur caste et de leur religion.

 

Le nucléaire et le militaire

Dans les années 1970, fort de son alliance avec l'U.R.S.S., l'Inde maîtrise l'enrichissement de l'uranium et forme le vivier de scientifiques qui plus tard sera exploité par la Silicon Valley et la N.A.S.A. En 1974, dix ans après la Chine, l'Inde devient la sixième puissance nucléaire, avec l'explosion de sa première bombe atomique. Quelques années plus tard, dans une course à l'armement nucléaire fortement relayée par les médias du monde entier, le Pakistan devient elle aussi une nation nucléaire. Depuis, la potentialité d'un conflit ouvert entre les deux nations inquiète régulièrement l'opinion internationale. Cependant, la « course à l'armement nucléaire » entre l'Inde et le Pakistan est restée relativement calme, les têtes nucléaires indiennes ou pakistanaises ne représentant de nos jours pas même 4 % du stock nucléaire russe ou américain.

Stock mondial des têtes nucléaires

 

Têtes nucléaires

Essais nucléaires

Tête nucléaire / habitants

Russie

6850

415

1 / 20 000

USA

6450

1054

1 / 51 000

France

300

210

1 / 223 000

Chine

280

45

1 / 5 000 000

Pakistan

150

6

1 / 1 300 000

Inde

140

6

1 / 9 600 000

Israël

80

0

1 / 106 250

Source: atlasocio.com (2018)

Officiellement, les essais nucléaires indiens se sont limités à seulement six essais, tandis que les États-Unis en ont produit sur une période semblable plus de 1 000. Quant au nombre de têtes nucléaires, l'Inde eut l'intelligence de ne pas renchérir sur le Pakistan, qui posséderait même plus de têtes nucléaires (150) que son voisin indien (140), pourtant quatre fois plus grand et six fois plus peuplé. Dans un même souci de comparaison, nous remarquerons que la Russie possède une tête nucléaire pour quelque 20 000 habitants, les États-Unis une pour 51 000 habitants, le Pakistan une pour 1,3 million d'habitants, tandis que l'Inde, bien derrière ses concurrents potentiels, n'en possède qu'une pour 9,6 millions d'habitants.

Quant au nucléaire civil, en 2010, la visite du président français Nicolas Sarkozy scelle des accords pour plus de 400 milliards de dollars (comprenant la vente de plusieurs centrales.) Une fois passés les effets d'annonce, une partie seulement de cette somme sera effectivement échangée (le parti français ayant gonflé les chiffres et joué sur les effets d'annonce, tandis que le parti indien n'honora tout simplement pas ses engagements). Neuf ans plus tard, le président indien Modi est inquiété par un scandale de pots-de-vin perçus lors de la signature de ces contrats.

 

Quelques mots sur l'armée indienne : au début du 21e siècle, si elle n'est ni la plus puissante ni la plus moderne du monde, elle tient cependant sa place parmi les armées régulières les mieux entraînées et les plus nombreuses. Si l'armée chinoise avec ses cinq millions de soldats en activité ou réservistes est la plus grande armée du monde, l'armée indienne la suit de près avec ses quatre millions de soldats et paramilitaires. Quant aux véhicules, avions et navires de combat, si l'Inde ne semble pas en mesure de concurrencer les armées russes, chinoises et américaines, elle possède tout de même cinq fois plus de tanks et deux fois plus d'avions de chasse que l'armée française.

Puissance économique et culturelle certaine, la République indienne possède en effet une armée conséquente qui lui permettrait, si l'envie lui prenait, de revendiquer une stratégie plus impérieuse. Cependant, face à l'hégémonie chinoise en mer, face à l'hégémonie américaine et européenne dans les instances internationales, l'Inde se contente d'adopter traditionnellement une position non-interventionniste (sachant bien qu'en cas de conflits ou d'embargo, sa faiblesse économique impacterait tragiquement les secteurs militaires et humanitaires).

Les grandes puissances militaires mondiales

Pays

Budget militaire annuel pour l'année 2016 (en milliards de dollars)

Budget en % du PIB

Soldats, réservistes et paramilitaires

(en millions)

Tanks

Avions de combat

Porte-avions et porte-aéronefs en service ou en construction

USA

610

3,5

2,3

8 000

2400

19

Russie

84

4,1

3,3

18 500

3200

2

Chine

216

2,2

5

8 500

1200

2

Inde

50

2,7

3,8

5 000

600

2

Pakistan

10

3,5

1,5

2 000

500

0

France

43

1,8

2

1 000

300

4

Israël

13

0,8

5,2

3 200

400

0

Wikipedia 2017 et 2018. France : chiffres du ministère français des armées.

Pour le Pakistan : aide américaine incluse.

Une courte analyse des principaux chiffres de l'armée indienne permet de se convaincre du caractère pacifique de la République indienne, malgré les menaces pakistanaises, chinoises et bangladaises qui pèsent sur elle. Le budget annuel (50 milliards de dollars en 2016) dépensé par la République indienne est à peine supérieur à celui de la France (43 milliards d'euros pour un pays presque 20 fois moins peuplé), et plus de 10 fois inférieure à celui des États-Unis (610 milliards de dollars). À population égale, le budget militaire indien est quatre fois moins important que le chinois. En pourcentage du P.I.B., ce budget ne représente que 2,7 % des dépenses publiques indiennes, ce qui est bien moins que la part américaine (3,5 %) ou la russe (4,1 %).

 

La suite des tensions communautaires

Les années 1980 seront une décennie de nouveaux massacres intercommunautaires. 900 ans de domination musulmane dans le nord de l'Inde auront laissé des traces dans les consciences. Pourtant, ce sont les musulmans qui le plus souvent commencent les hostilités, en pratiquant de manière systématique l'épuration culturelle et ethnique dès qu'ils sont en majorité dans une contrée.

En 1986, une vague d'attentats frappe le Penjab, que certains musulmans voudraient voir intégrer à la région voisine pakistanaise dont Lahore est la capitale. Le 28 mars, 13 hindous sont tués à Desri, le 29 à Jalandhar, ce sont 20 paysans hindous. Le 25 et le 30, deux autocars de voyageurs hindous sont arrêtés et leurs voyageurs sont massacrés, faisant 33 victimes.

L’année suivante, à Meerut, en Uttar Pradesh, 42 musulmans sont tués dans des émeutes. Dans le Penjab, le terrorisme continue, ayant toujours pour cible les hindous. 80 d'entre eux meurent à Ludhiana dans l'attaque d'un train auquel on a mis le feu. En 1988, toujours à Ludhiana, 49 hindous meurent dans une nouvelle attaque de train.

En septembre 1989, à Hazaribagh, dans le Jarkhand, au nord de la vallée du Gange et du Bengale, de très violentes bagarres, nées d'un fait divers, font passer de vie à trépas 20 musulmans et 53 hindous.

La même année, dans l'État voisin du Bihar, des rumeurs réveillent les rancœurs et des hindous massacrent 900 musulmans et laissent dans la poussière une centaine des leurs. Deux rumeurs sont à l'origine du massacre. L'une fait état de 200 étudiants indiens assassinés dans un campus par des terroristes islamiques, ce qui provoque une vague d'indignation parmi les communautés hindoues de la ville, qui prennent alors râteaux et gourdins et s'en vont ratonner au hasard des ruelles du quartier musulman. Une autre rumeur, plus proche sûrement de la réalité, fait mention de 31 étudiants hindous du collège de sanskrit massacrés, dont les corps furent jetés dans un puits. La réalité est difficile à appréhender, car souvent, la police, composée en large majorité par la communauté musulmane, couvre alors l'affaire d'une chape de plomb, ce qui pousse la communauté hindoue à vouloir se faire justice elle-même.

 

Le Cachemire

Dans les années 1990, c'est surtout au Cachemire que vont se concentrer le terrorisme et les attaques contre le gouvernement central de Delhi ou les hindous en général. De 1989 à 2004, on estime dans cette région à 400 le nombre d'hindous assassinés pour ne s'être ni convertis ni avoir abandonné leur maison, leurs terres et leurs biens. L'année 1990 en particulier fut la plus meurtrière, avec quelque 300 assassinats pour cette seule année.

Les manifestations qui s'y déroulent dégénèrent régulièrement en révolte contre la police ou l'armée. Le 20 janvier 1990, à Srinagar, la capitale du Cachemire, l'armée indienne ouvre le feu sur des manifestants musulmans qui leur jetaient des pierres. 50 morts sont à déplorer.

Tout au long de l’année 1993, les manifestations violentes des étudiants cachemiris seront réprimées dans le sang par la police ou les forces armées, faisant régulièrement plus d'une cinquantaine de victimes.

Quelques années plus tard, en 1998, en représailles, 23 pandits (brahmanes intellectuels), sont assassinés. La même année, 26 hindous sont exécutés à Prankote, 25 villageois de la même communauté sont assassinés à Chapnari, un village situé à la frontière entre le Cachemire et le Jammu et encore 35 autres hindous sont assassinés par un groupe terroriste dans la vallée d'altitude de Chamba.

En 2000, c'est un village sikh qui est attaqué, 36 morts sont à déplorer. Pa ailleurs, un car de pèlerins hindous et sikhs est attaqué, entraînant la mort de 30 victimes. À chaque fois, sont jugés responsables des carnages des groupes terroristes infiltrés depuis le Pakistan et financés par l'État pakistanais lui-même, afin de semer le trouble dans une région que ce pays voudrait à terme annexer.

Le début des années 2000 sera marqué par des attentats de grande ampleur d'une fréquence presque mensuelle. Pour ne citer que les plus importants, nous mentionnerons le massacre de Kishwar, le 3 août 2001, faisant 19 morts hindous, lynchés par une foule de manifestants musulmans. En octobre 2001, un attentat suicide revendiqué par des islamistes contre le parlement de l’État du Cachemire fait 38 morts. Le 23 mars 2002, après avoir pris possession d'un commissariat cachemiri grimés en militaires de l'armée régulière indienne, des terroristes pakistanais exécutent 24 hindous dont 11 femmes et 2 enfants.

Durant l'année 2002, le terrorisme et la lutte armée cachemirie vont donc se tourner vers l'État voisin du Jammu, avec lequel le Cachemire forme une entité administrative dépendante de Delhi.

Le 30 mars 2002, une semaine après les incidents cités précédemment, dans la ville hindoue de Jammu, le temple de Raghunath (Vishnou) est attaqué par des militants islamiques. Dix hindous meurent, une vingtaine sont blessés.

L'origine des assaillants n'est pas toujours claire, et c'est souvent au Lashkar-e-Taiba, « l'armée des pieux », que seront imputés des crimes qui ne sont pas revendiqués (il s'agit d'une organisation militaire et islamiste basée au Pakistan et financée par le Pakistan afin d'organiser des actes terroristes en Inde et en particulier au Cachemire).

Deux mois plus tard, le 14 mai, un autocar transportant les familles des soldats indiens en visite au Cachemire est attaqué à Kaluchak (Jammu). Le bilan est de 31 morts.

Au cœur de l'été 2002, à Qasim Nagar dans le Jammu, 29 hindous des castes les plus basses dont 13 femmes et enfants et une trentaine de blessés sont victimes d'une attaque terroriste. En fin de journée, alors que la population est assemblée pour écouter à la radio la retransmission du match de cricket qui oppose l'Inde à l'Angleterre, un petit groupe d'islamistes fanatiques entre dans le bidonville hindou, grimé en sadhus, puis jette des grenades autour d'eux et tire sur les habitants avec des fusils-mitrailleurs.

Avant que l'année ne se termine, le 24 novembre, le temple de Raghunath est à nouveau attaqué, faisant 14 morts et 45 blessés. Cette fois, l'attaque est revendiquée par Lashkar-e-Taiba.

En 2006, Lashkar-e-Taiba est encore responsable d'un massacre. À Doda (Jammu), la communauté hindoue récemment émigrée du Cachemire est une nouvelle fois visée. Ces familles avaient quitté le Pakistan pour le Cachemire, pour fuir les persécutions engendrées par la Partition. Elles avaient également dû quitter le Cachemire au début des années 1990, à cause de la haine des islamistes à leur égard. Une décennie plus tard, à peine installées dans la banlieue de Jammu, ces mêmes communautés redevenaient donc une cible. 35 hindous meurent ce jour-là (des civils d'une caste pauvre, qui ne possédaient pour la plupart qu'un animal domestique.)

Le message des islamistes indépendantistes est alors clair : tant que le Cachemire ne serait pas libre de la domination indienne, aucun hindou ne serait en sécurité au Cachemire. En riposte, le gouvernement indien et son armée tirent à balles réelles sur les manifestants et étudiants cachemiris qui défilent violemment dans les rues de Srinagar. Et pour chaque Cachemiri qui meurt des balles indiennes, des dizaines d'hindoues sont tuées, violées, violentées d'une quelconque manière que ce soit, quelque part entre l'Afghanistan et le Bangladesh.

Des années 2000 à nos jours, l'Inde et le Pakistan ont déployé plus d'un million d'hommes de part et d'autre de leurs frontières. Leur rôle est de contrôler les frontières, non pas de l'immigration classique, mais de l'infiltration de groupes djihadistes armés. En 2009, la route à deux voies qui relie le Cachemire à la péninsule indienne depuis la frontière administrative du Jammu jusqu'au centre-ville de Srinagar (soit quelque 250 km), était bordée tous les 20 mètres d'un soldat indien. C'est cependant plus au nord de Srinagar, par les montagnes et quelques-uns des plus hauts cols du monde, qu'entrent les djihadistes. Lesquels descendent ensuite dans les vallées pour mener les actions dont nous venons de mentionner les plus funestes.

Après une accalmie qui dura un peu moins d'une décennie, le terrorisme reprend en 2017, avec l'attaque d'un autocar de pèlerins hindous qui relie le reste de l'Inde aux grottes d'Amarnath Yatra, consacrées à Shiva et situées en territoire cachemiri. Le bilan est de huit morts parmi les voyageurs hindous. Une nouvelle fois, l'attentat est revendiqué par Lashkar-e-Taiba.

 

Les événements de la mosquée d'Ayodhya

Lorsqu'elles étaient puissantes, les armées du sultanat de Delhi avaient rasé le temple de Rama d'Ayodhya situé au cœur de la vallée du Gange, pour y construire une mosquée. Depuis, les hindous attendaient d'être un jour assez forts et assez nombreux pour détruire la mosquée et rebâtir le temple de Rama. En effet, parmi les innombrables temples détruits lors des invasions islamiques, celui d'Ayodhya était différent. Dans la mythologie hindoue, Ayodhya est la première cité du monde, créée par Manu, le premier homme. Ayodhya est aussi la ville des rois légendaires de la dynastie solaire, dont les héros épiques Raghu, Harishchandra, Bhaguirata, Manu et Rama font partie.

Le 30 octobre 1990, une foule de fanatiques hindous attaque la mosquée et réussit à la détruire en partie. Le chef de la police, musulman, ordonne à ses hommes de tirer sur la foule pour la disperser. Afin qu'ils ne soient ni comptés ni identifiés, les corps des 16 victimes hindous sont jetés dans le fleuve par les forces de police (composées ethniquement de musulmans).

Suite à l'attaque de la mosquée Babri Masjid d'Ayodhya une vague de terrorisme islamique traverse Bombay et Delhi. Au nom de la solidarité entre les peuples musulmans, en une seule journée, 30 temples hindous sont détruits au Pakistan. Le siège de la compagnie Air India est bulldozérisé et un temple hindou est caillassé à Dubaï.

De décembre 1992 à janvier 1993, des émeutes éclatent dans Bombay, l'un des principaux foyers du nationalisme hindou. Après trois mois de violences, on compte comme victimes 575 musulmans, 275 hindous, et 45 corps ravagés qui n'ont pu être identifiés. En voici le résumé :

C'est dans le Gujarat, à Ahmedabad en 2002 que culminent les violences. Des cortèges de manifestants hindous sont pris au piège de la police, dirigée par les musulmans et des groupes armés de villageois venus des communautés musulmanes entourant la ville. Des centaines de corps des manifestants hindous sont jetées dans le fleuve. Une fois encore, l’origine de la tragédie est un acte d'agression de la part d'un délinquant musulman envers un hindou. En réaction et les jours suivants, les hindous, sous l'égide des partis les plus nationalistes et fanatiques, appliquèrent les mêmes règles de représailles et dans un camp comme dans l'autre, des centaines de victimes et de nombreux viols et incendies furent à déplorer.

Wikipedia

Les effets des incidents de la mosquée d'Ayodhya se feront sentir durant une décennie. En février 2002, 1 000 à 2 000 musulmans fanatiques incendient un train transportant des pèlerins hindous revenant d'Ayodhya. Il s'agit du massacre de Godhra, coûtant la vie à 59 passagers hindous, pour la plupart des femmes et des enfants, brûlés vifs ou lapidés. L'évènement déclenche des affrontements entre hindous et musulmans dans le Gujarat, faisant près de 2000 morts (essentiellement des musulmans). À la fin d'un procès-fleuve, seulement 31 musulmans furent condamnés à la prison, et 63 d'entre eux furent acquittés par manque de preuves.

Un mois durant dans la ville d'Ahmedabad, les foules se déchaînent dans des émeutes ultra-violentes. Les chiffres officiels font état de 790 victimes musulmanes, 254 victimes hindoues, 223 disparus, et 2 500 blessés. Pour correspondre plus précisément à la réalité des événements, ces nombres peuvent être doublés, voire triplés (l’Observatoire des Droits de l'Homme estime à 2000 le nombre de victimes, répartis entre les deux communautés).

À la fin de l'année 2002, le Gujarat s'embrase encore : le temple hindou d'Akshardham est attaqué par les djihadistes : le bilan est de 29 morts et 79 blessés. Cette fois, ce n'est plus une foule haineuse, mais un commando armé et entraîné qui est responsable de la tuerie.

 

La guerre de Kargil

En mai 1999, l'Inde doit faire face à l'une des crises militaires les plus tendues avec le Pakistan. Des djihadistes, secondés par des troupes régulières pakistanaises, occupent une montagne du Cachemire à la frontière pakistanaise. De là, ils bombardent la route qui relie Srinagar à Kargil (dernière ville d'importance avant le Ladakh et le haut plateau tibétain).

Les terroristes sont alors installées au pied d'un glacier, dans un endroit stratégique depuis lequel elles peuvent s'enfuir facilement vers le Pakistan. Encastrés dans les montagnes, avec une vue dégagée sur la vallée, les terroristes semblent inexpugnables.

Dans l'obligation de faire cesser ces attaques sur la route de Kargil, l'Inde est pourtant dans l'impossibilité totale de déloger les terroristes en les prenant à revers. Si tel était le cas, cela signifierait l'invasion par les forces armées indiennes d'une partie du territoire pakistanais et donc la potentialité d'une possible guerre entre deux nations possédant la bombe nucléaire.

Durant quelques semaines de combats, les troupes d'élites indiennes vont donc escalader le seul versant escarpé qu'elles puissent emprunter sans passer en territoire pakistanais. Bien que ce passage soit à découvert des balles ennemies, et à force de courage et d'abnégation, le nid de terroristes sera délogé et ses occupants exécutés.

Loin d'avoir cédé aux provocations pakistanaises ou d'avoir refusé le combat, l'Inde sort du piège de Kargil renforcée, s'imposant aux yeux de la communauté internationale comme l'interlocuteur le plus stable et le plus puissant dans la région.

À la fin de l'année 1999, pour la première fois en 50 ans, le chef du gouvernement indien, Atal Behari Vajpayee, visite officiellement le Pakistan. L’événement marque une volonté (tout du moins apparente) des deux partis d'apaiser leurs relations. Une liaison par autocar est même inaugurée entre New Delhi et Lahore. La frontière du Penjab est à nouveau ouverte au commerce et passages des populations. Des traités de paix sont signés.

 

Le terrorisme islamique depuis les années 2000

Depuis les années 2000, outre dans le Cachemire, le Jammu et les régions frontalières tribales, le terrorisme frappe l'Inde tout entière. Aucune région indienne ne semble à l'abri.

En 2003, un gang musulman, à la suite d'un accident de voiture, procède à une violence systématique qui s’abat sur la population hindoue d'une petite ville du Kerala. 8 morts et 58 blessés sont à déplorer.

Dans l'État du Haryana, le train du Samjhauta Express relie les villes indiennes et pakistanaises, à minuit un commando islamiste l’attaque et l'assaille avec des bombes incendiaires. 68 personnes périssent brûlées vives.

Dans le centre de l'Inde, à Hyderabad, trois explosions tuent plus de 40 personnes et font près de 80 blessés et 19 autres engins explosifs sont retrouvés dans plusieurs endroits de la ville. Le marché et le parc d'attractions de la ville étaient visés.

L’année 2008 est la plus terrible. Le 13 mai, sept attentats à la bombe sur des marchés de Jaipur (Rajasthan) font plus de 60 morts. Les « moudjahids indiens » revendiquent les attentats. Ils feront 150 morts jusqu'à la fin de l'année.

Le 26 juillet, une série d'explosions fait plus de 50 morts à Ahmedabad, capitale du Gujarat, où les affrontements entre hindous et musulmans avaient fait plus de 2000 victimes en 2002. Le 13 septembre, 22 personnes sont tuées et une centaine blessée dans cinq attentats à la bombe dans plusieurs quartiers commerçants de New Delhi. Le 30 octobre, treize attentats coordonnés dans l'État de l'Assam font plus de 80 morts. Ils sont revendiqués par la « Force de sécurité islamique des Moudjahidines indiennes ». Les violences intercommunautaires qui en résultent font 50 morts et des dizaines de milliers de déplacés en Assam.

Enfin, du 26 au 29 novembre, 190 personnes sont tuées à Bombay dans une série d'attaques d'un commando d''une dizaine d'islamistes contre deux grands hôtels, la gare, des restaurants et un centre religieux juif. Le ministère indien des Affaires étrangères affirme alors que les auteurs des attentats étaient tous pakistanais.

La communauté hindoue n'est pas la seule à être visée par le terrorisme musulman. En 2013, le plus célèbre et révéré lieu saint des bouddhistes, le temple de Mahabodhi à Bodhgaya est la cible d'une série de dix explosions. Si le complexe de temples et l'arbre sacré des bouddhistes ne sont pas touchés, cinq personnes, dont deux moines bouddhistes sont blessés alors que la première explosion retentit à cinq heures et demie du matin, à l'heure de la première prière. Trois autres bombes sont désamorcées dans la ville voisine de Gaya (500 000 habitants). Les Moudjahidins indiens sont reconnus responsables après enquête du gouvernement indien.

Quand les violences interreligieuses ne sont pas le fait de groupes terroristes, ce sont les communautés excédées qui les provoquent. Du 25 août au 17 septembre 2013, c'est à Muzaffarnagar, dans l'Uttar Pradesh, que s'affrontent communautés hindoues et musulmanes. Cette fois, ce sont les regards appuyés et les insultes dont sont victimes les jeunes hindoues qui déclenchent des hostilités. Un musulman, accusé d'avoir manqué de respect à une hindoue est tué par un jeune hindou. En réponse à ce meurtre, la communauté musulmane est solidaire et lynche à mort les deux meurtriers. À ceci, les hindous répondent par des lynchages. Après un mois d'escalade de la violence, on déplore officiellement 42 victimes musulmanes, 20 victimes hindoues et 93 blessés.

Les capitales politiques et économiques du pays ne sont pas en reste et reçoivent leur part de massacres. En 2001, un commando islamiste attaque le Parlement fédéral à New Delhi, faisant 13 morts. En 2006, une vague d'attentats dans des trains et des gares à Bombay fait 164 morts et 600 blessés. En 2008, une série de dix attaques terroristes coordonnées trois jours durant, sème la mort à Bombay. 188 personnes, dont au moins 26 ressortissants étrangers, sont tués. On dénombre 312 blessés. L'équipe terroriste était composée de dix militants islamistes « entraînés au Pakistan sans appui direct du gouvernement » (Wikipedia).

La ville sainte de Varanasi représente une ville symbole pour les hindous. Elle est la capitale culturelle et religieuse de la vallée du Gange. Elle accueille le Gange, le fleuve le plus sacré, le plus pur et fondamental, à la fois vénéré des hindous mais aussi des bouddhistes et des jaïnes. La ville fut donc de nombreuses fois la cible d'attaques terroristes islamiques.

En 2006, une série d'attentats touche le temple d'or de Shiva, le temple le plus sacré de Varanasi, ainsi que le temple d'Hanuman. Le bilan fait état de 28 morts et 101 blessés. Malgré le déploiement permanent d'une forte présence policière à travers la vieille ville, en particulier sur ses ghats centraux et les ruelles adjacentes aux temples de Shiva et Hanuman, le terrorisme frappe à nouveau la ville sainte en 2010. Ce sont les ghats qui sont ciblés : la population des pèlerins est massacrée en plein milieu de la puja (célébration) du soir.

 

Les persécutions contre les hindous

L'islam est la deuxième religion du sous-continent indien (comprenant l'Inde, le Pakistan, le Bangladesh, le Bouthan, le Népal, le Sri Lanka et l'Afghanistan) : elle compte 578 millions d'adeptes, ce qui représente 32 % de l'entière population du sous-continent. Si l'islam est minoritaire en Inde (ses adeptes représentent tout de même 15 % de sa population), à l'échelle de l'Asie, la présence musulmane est très diffuse et très souvent majoritaire (Pakistan, Bangladesh, Asie centrale, Indonésie, Proche et Moyen-Orient.)

Depuis la partition indienne, refusant de cohabiter avec les hindous, qu'ils jugeaient trop nombreux pour ne pas leur être hostiles, les musulmans du sous-continent se sont regroupés dans les bassins démographiques que sont le Bengale (Bangladesh) et la vallée de l'Indus (Pakistan). Dans ces régions, l'islam représente aujourd'hui plus de 90 % de la population.

En Afghanistan, contrée jadis ancré dans le sous-continent indien et faisant partie intégrante de l'Hindustan britannique, la proportion de musulmans culmine à plus de 99,7 % de la population. Cette proportion est impressionnante, surtout si l'on songe que de longs millénaires durant, ce pays accueillait une grande diversité culturelle et religieuse, marquée par la cohabitation harmonieuse entre bouddhistes, hindous et zoroastriens.

De même, un territoire comme l'Anatolie (actuelle Turquie), qui a connu dans l'Histoire des dizaines de cultes, est aujourd'hui occupé à 99 % de musulmans. En Iran, berceau du mazdéisme, du manichéisme et du mazdakisme, la majorité musulmane représente aujourd'hui 99,4 % de la population. Le Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie), qui connaissait jadis une très grande mixité cultuelle (marquée par les influences des Carthaginois, des Romains, des Berbères et des Germains), est de nos jours peuplé à 99 % que de musulmans, pour la plupart sunnites et traditionalistes.

En 1951, les musulmans indiens représentaient 35 millions de citoyens indiens sur une population totale de 356 millions. Ils représentaient donc 9,8 % de la population totale du pays. Ils sont aujourd'hui près de 200 millions sur une population totale d’1,3 milliard d'Indiens. Ils représentent donc plus de 16 % de la population indienne. La communauté musulmane a donc augmenté de plus de 400 % en 60 ans et a presque doublé sa part dans la population totale de la nation indienne.

Inversement, le nombre d'hindous et de sikhs au Pakistan et au Bangladesh n'a cessé de baisser pour devenir négligeable : en 2019, 8,5 % de la population du Bangladesh étaient hindoues, et seulement 1,8 % de la population du Pakistan.

Une telle baisse de la population hindoue est le résultat de l'épuration ethnique méthodique entreprise par le gouvernement pakistanais afin d'islamiser le pays et d'éradiquer les minorités ethniques ou religieuses récalcitrantes à un régime politique inspiré de la charia.

En conséquence, depuis bientôt un siècle, les populations hindoues du Bangladesh et du Pakistan s'amenuisent dangereusement à cause des persécutions dont elles sont la cible.

 

Au Bangladesh, en 1988, la constitution est amendée pour faire de l'islam la religion d'État. Ceci a pour conséquence de minorer la place sociale des minorités religieuses hindoues et bouddhistes. Huit ans plus tard, en 2006, des organisations non gouvernementales critiquent la persécution permanente dont sont victimes les minorités religieuses dans ce pays. L'administration Bush est saisie du dossier et le Bangladesh est mis sous pression avant les élections nationales de 2007.

En 2010, le temple de l'ancienne capitale du Bengale hindou, Sonargaon, est attaqué par une foule musulmane fanatique. Le temple est finalement détruit, cinq personnes sont blessées dans l'attaque. L'année suivante, d'autres temples hindous sont encore détruits dont l'énumération serait longue et fastidieuse.

Le 28 février 2013, des émeutes contre les hindous éclatent une nouvelle fois au Bangladesh. La cause est cette fois un jugement qui vient d'être rendu et condamne des militaires de l'armée régulière bangladaise dans les crimes de guerres qui ont dévasté le pays durant la guerre d'indépendance en 1971. Mécontents de la sentence, des partis musulmans fanatiques se vengent sur des communautés hindoues. Les maisons sont pillées, les hommes massacrés, les femmes violées. Les rares temples encore debout furent détruits. Selon les communautés hindoues, 50 temples furent détruits et 1500 foyers pillés et incendiés à travers le pays.

En 2017 le Bangladesh Jatiya Hindu Mohajote (B.J.H.M.) une association communautaire hindoue du Bangladesh, publie une étude saisissante. Sur la seule année 2017, 107 hindous ont été assassinés. 31 furent enlevés et portés disparus. 782 ont été forcés à quitter le pays ou menacés de mort s'ils ne le faisaient pas. 23 hindous furent convertis de force. 25 femmes et enfants furent victimes de viols. Enfin, le BJHM recense dans l'année plus de 6 474 agressions à l'encontre de la communauté hindoue du pays.

Durant les élections de 2019, huit maisons de famille hindoues furent brûlées dans la seule ville de Thakurgaon. Plus tard dans l'année, les statues de Lakshmi et Sarasvati, ainsi que d'autres idoles en construction furent vandalisées de sorte qu'elles durent être désacralisées.

 

Au Pakistan, en 1988 est élue la première femme à la tête d'une nation islamique, Bénazir Bhutto, elle meurt assassinée quelques années plus tard. Cette même année, Deen Mohammad Shaikh, un prédicateur du Sindh, entreprend ses premières campagnes de conversion à grande échelle et à grand renfort médiatique. Jusqu'à ce jour (2019), il se vante d'avoir converti plus de 100 000 infidèles à travers tout le territoire pakistanais.

En 2005, au Baloutchistan, des troubles éclatent entre paysans musulmans et militaires de l'armée régulière pakistanaise. Les combats détruisent un village de la communauté hindoue et 32 hindous sont victimes des combats. L'année suivante, un temple hindou de Lahore est détruit pour construire à la place un centre commercial de plusieurs étages. Interrogés par les médias, les promoteurs du centre commercial déclarent alors qu'aucun temple n'a jamais été édifié.

En 2014, un policier posté devant un temple hindou est assassiné. Cette même année, un rapport rendu public de la All Pakistan Hindu Rights Movement (P.H.R.M.) déclare que 90 % des temples hindous ont depuis l'Indépendance et la Partition du pays été détruits ou transformés en mosquées. Depuis un demi-siècle, la moindre violence à l'encontre d'une mosquée ou d'une communauté musulmane à travers l'Asie, est saisie comme prétexte aux fanatiques pakistanais pour détruire de nouveaux temples. En 2017, un temple hindou est détruit dans le district d'Haripur. En 2019, dans le Sindh, un incendie criminel ravage la bibliothèque d'un temple hindou et toute sa bibliothèque de livres saints.

De 2009 à 2011, se développent aux alentours de Karachi et dans le sud du pays des vastes conversions de masse contre rétribution, où les hindous adoptent la foi musulmane en échange d'un accès à une carte d'identité ou d'autres avantages réservés aux citoyens musulmans du pays. Le gouvernement peut aussi offrir un terrain ou tout simplement de l'argent en échange de la conversion d'une famille entière. 428 hindous sont ainsi convertis par l'école coranique Baitul Islam à Malti, 250 autres le sont à Chohar Jamali, dans le Sindh.

En 2010, l'Observatoire des droits de l'homme (Human Right Watch) publie un rapport sur les persécutions subies par les hindous au Pakistan. Le rapport remarque un nombre toujours important d'hindous obligés de fuir le pays pour cause des persécutions, il note également une augmentation des kidnappings et des viols, engendrant une dégradation drastique des conditions de vie des hindous pakistanais. La communauté chrétienne est aussi victime de ce genre de violences. L'ONG estime que 20 à 25 jeunes filles sont kidnappées chaque mois dans tout le Pakistan, pour être ensuite mariées de force ou réduites à la prostitution.

Enfin, l'arrivée des Talibans dans le nord du pays a rendu encore plus difficile la vie des hindous vivant dans cette région. Depuis les années 2010, ces derniers ne cessent de fuir pour s'installer définitivement en Inde ou en Occident. Les Talibans ont repris les épurations ethniques commencées dans les années 1970 et les communautés hindoues ont été éradiquées en ville et ostracisées à la campagne, où elles périssent d'un massacre à l'autre.

Les persécutions contre les hindous, pourtant acculés au pacifisme et à la passivité la plus totale, atteignent au Pakistan des proportions absurdes. Ainsi, dans une entreprise de restauration, 57 employés hindous furent obligés de se convertir car la clientèle musulmane, s'apercevant un jour qu'ils ne l'étaient pas, la boycotta, craignant que la nourriture qu'on y servait ne fût pas halal, c'est-à-dire préparée selon les rites préconisés par le Coran. Dépendants de leur emploi pour survivre, les 57 employés se convertirent, ce qui relança les affaires de l'usine. Tout aussi insensé mais plus fatal, à Karachi, 60 hindous sont attaqués et roués de coups parce qu'un membre de leur communauté a osé boire dans un puits situé près d’une mosquée et réservé aux musulmans, interdit aux mécréants.

En 2013, suite à une énième vague de persécutions, 1 000 hindous, c'est-à-dire 1/4 à 1/8e de la population totale des hindous vivant encore au Pakistan, s'enfuient vers l'Inde. L'année suivante, devant le parlement pakistanais, le docteur Ramesh Kumar Vankwani, membre du Pakistan Muslim League-Nawaz (P.M.L.-N.) révèle que 5 000 hindous quittent le pays chaque année pour rejoindre l'Inde, dans le silence le plus total de la communauté ou de l'opinion internationale. Selon le Pakistan Hindu Council, la principale cause de départ des familles hindoues est la peur du viol ou de l’enlèvement de leurs filles pour être mariées de force à des soldats djihadistes. On estime que plus d'un millier de jeunes filles des communautés hindoues et chrétiennes sont réduites chaque année à vivre ainsi une nouvelle vie loin de leur famille.

 

En Afghanistan, quelques rares communautés hindoues et bouddhistes avaient survécu aux invasions turques et mongoles, mais elles furent éradiquées par les Talibans. Au fil des années, ces communautés ont fui le pays pour rejoindre en grand nombre l'Inde ou l'Allemagne. En 2001, sous le régime taliban, les hindous devaient porter une étoffe jaune afin d'être identifiés par les musulmans comme infidèles et idolâtres. Les femmes hindoues furent forcées de se couvrir d'un voile qui les différenciait des autres femmes. Ces signes indiquaient en toutes circonstances leur identité communautaire et religieuse et leur interdisaient la proximité avec le reste de la population.

Cette même funeste année, selon la doctrine islamique condamnant la représentation humaine, les Talibans détruisirent les bouddhas de Bamiyans après un mois de bombardement d'artillerie. Ce trésor de l'humanité disparut sous le regard médusé mais impuissant de la communauté internationale. Même après le départ des Talibans et malgré de nombreuses propositions de reconstruction financées par l’étranger, voire un déplacement du monument, l’Afghanistan refusa toujours, de reconstruire les statues. En 2015, une mosquée et une école coranique sont même construites sur les lieux même où jadis s'érigeaient les statues.

Le 7 juillet 2008, un kamikaze fait exploser une voiture piégée devant l'ambassade de l'Inde à Kaboul, faisant 41 morts. Les services secrets américains soupçonnent les services secrets pakistanais d'avoir aidé les terroristes.

 

L'exemple kailasha : une culture en danger

Les Kailashas font partie du groupe ethnolinguistique des locuteurs du nuristani. Le nuristani appartient à la famille des langues dardiques, une sous-branche de la famille linguistique indo-aryenne.

L'aire culturelle kailasha s'étendait jadis entre l'est du Cachemire à l'ouest de la Bactriane. Aussi connu sous le nom de Peristan, ce pays montagneux n'a jamais été parmi les plus prospères, ni les plus célèbres. Cette contrée est cependant mentionnée dans les chroniques historiques, lors de la campagne d'Alexandre le Grand vers l'Inde. Le biographe du Macédonien, Arrien, décrit les Kailashas comme « distinctement différents » des autres peuples environnant. D'ailleurs, Alexandre ne vainquit pas les Kailashas, mais s'en fit des alliés, afin de continuer plus en avant son chemin à travers les vallées himalayennes.

D'une nature exclusivement paysanne, la société kailasha traditionnelle exclue toute forme de commerce. Les Kailashas ont demeuré près de trois mille ans dans leur vallée de haute altitude sans subir outre mesure l'acculturation étrangère. Encastrés et isolés, les Kailashas n’ont que très peu subit l'influence des Empires perses, scythes ou indiens. Près d'un millénaire durant, les Kailashas eurent le bouddhisme comme voisin, mais celui-ci ne tenta jamais de s'imposer, ni même de devenir une sorte de religion d’État qui légitimerait soumission ou domination. Ce n’est que très récemment, depuis moins de quelques siècles, que le modèle kailasha est véritablement mis en danger par une acculturation forcenée au modèle islamique. En 2020, seuls quelques milliers de personnes, résidant dans la vallée du Chitral (frontalière du Pakistan et de l’Afghanistan) se revendiquaient encore de la tradition ancestrale et panthéiste kailasha.

 

Au 19e siècle, l’Afghan Abdur Rahman Khan et son armée y entreprennent des conversions de masse. Avec l'appuie des Britanniques, 100 000 païens sont convertis, ce qui représente une grande part de la démographie nuristanie. Cette région connue jusqu'alors sous le nom de Péristan, devient le Nuristan, c’est-à-dire « le pays de ceux qui ont connu la lumière ». Cette appellation fait alors référence aux temps obscurs du panthéisme que souhaite voir disparaître l'envahisseur.

À la campagne de conversion et de déportation des autochtones païens, succède l'émigration de très nombreux Afghans vers le Nuristan. Dans ces nouveaux arrivants, il y a beaucoup d’imams, qui sont envoyés gérer les nouveaux territoires conquis. Leur mission est d'éduquer leurs habitants, de les faire vivre dans le respect des règles de la charia. Il s'agit par ailleurs d'ouvrir les hautes vallées aux commerces. Les noms des villages sont islamisés, les temples et les idoles détruits et brûlés.

En réponse, les Kailashas émigrent encore plus hauts dans les montagnes et cachent leurs icônes et leurs idoles dans des grottes, ou encore les enterrent. Quant au riche mobilier du culte, et aux meubles de valeur des villages du Péristan, ils sont saisis comme trésor de guerre par les soldats afghans et envoyés à Kaboul comme butin. On estime de nos jours la population nuristanie à 125 000 personnes, pour la plupart musulmans sunnites. Les Nuristanis qui ne se convertirent pas furent affublés du sobriquet de kafir : une injure musulmane signifiant « porc » et qui est réservée aux mécréants. Le Kafiristan, tel que cartographié par les Britanniques, est donc « le pays des mécréants ».

Les Nuristanis païens, dont font partis les Kailashas ne sont plus que quelques milliers de nos jours à encore pratiquer un culte panthéiste. Estimés à 20 000 avant les premières compagnes musulmanes de 14e siècle, les Kailashas ont vu leur démographie sans cesse décroître, pour ne plus représenter que 8000 personnes en 1951 et 3000 à 6000 de nos jours (2020). Ce chiffre de 3000 à 6000 ne concerne que les Kailashas encore polythéistes, car l'ethnie kailasha elle-même, en grande partie islamisée ou occidentalisée à des degrés divers, représenterait 10 000 à 30 000 personnes. Ceux-ci parlent d'ailleurs la langue nuristani classique et non le dialecte kailasha. Ce dernier n'est plus parlé que par les quelques milliers d'habitants polythéistes de la région du Chitral (Pakistan).

 

Chitral, Pakistan

 

En outre, les relevés topographiques indiquent que le domaine kailasha est passé de 560 km² à moins de 28 km². Avant la création des États pakistanais et afghan, les Kailashas n'étaient isolés qu'en partie. D'un versant à l'autre des sommets himalayens, des sages, des bergers, mais aussi des sherpas se déplaçaient. Malheureusement, depuis la création d'une frontière (pourtant régulièrement bafouée par les groupes djihadistes), les Kailashas sont coupés des autres groupes ethniques avec lesquels ils entretenaient pourtant des relations culturelles depuis des millénaires. Sans possibilité de communiquer avec d'autres clans qui leur seraient apparentés, les Kailashas sont donc condamnés à voir leur culture péricliter.

Dans les années 1970, l’économie kailasha fut bouleversée par la création de la première route carrossable, ce qui amena quelques touristes, mais aussi des organisations non gouvernementales. Depuis, l’économie locale s'est transformée, passant de l'agriculture à la pratique assidue des services. De tout temps, le troc avait été la principale forme d'échange entre vallée, l'argent liquide a donc permis une explosion des activités de services mais aussi l'importation massive de produits manufacturés à bas prix.

Pour décourager la visite des touristes dans une région dangereuse et non musulmane, le gouvernement pakistanais prélève une taxe sur la présence des étrangers en pays kailasha. Il faut donc un permis pour s’y rendre. Cependant, outre cette route principale et quelques villages qui se développèrent, les versant montagneux kailasha sont encore peu desservis, et ne comprennent bien sûr ni école ni hôpitaux.

Du fait de sa situation géographique, à la frontière entre l'Afghanistan, le Pakistan et le Cachemire, la région connaît des graves problèmes de terrorisme. La région est en effet soumise à une pression à la fois du gouvernement d’Islamabad qui désire islamiser la région, mais aussi des divers clans talibans, qui souhaitent l'annexer. Des jeunes filles kailashas sont donc régulièrement enlevées et violées. Les quelques rares temples polythéistes sont régulièrement incendiés, tandis que les rares travailleurs humanitaires sont pris pour cible. Un musée en l'honneur de la culture kailasha fut ainsi incendié par des djihadistes. Pour ces derniers, il est en effet impensable qu'on puisse célébrer un autre culte que celui prôné par le Coran. Dans ces conditions, il est très difficile de construire des écoles kailashas, tandis que fleurissent les madrasas dans les vallées islamisées environnantes. Par ailleurs, un kailasha scolarisé devra apprendre en ourdou (une langue non dardique), un enseignement inspiré des lois coraniques. Enfin, le gouvernement pakistanais appliquant la charia, il interdit aux mécréants kailashas de contracter des dettes ou d’occuper des postes dans la fonction publique. Subissant un racisme institutionnalisé, il n’est pas rare que les Kailashas se fassent lapider.

La pression musulmane pour convertir les kailashas est de nos jours plus prégnante que jamais. Des missionnaires, agissant comme des chefs d'entreprise, sur le modèle des évangélistes américains, ne cessent en effet de harceler le pays kailasha. En 2016, suite à la conversion houleuse d'une jeune kailasha à l'islam, des heurts éclatent, qui pousseront Islamabad à interdire de présence dans les montagnes un groupe de missionnaire nommé Tablighi. Depuis, les conversions n'ont cependant pas cessé. Celles-ci reposent sur une stratégie mêlant séduction économique et sociale, promesse d'accès à l'éducation et aux soins, mais aussi propagande ayant pour objectif de faire passer la culture kailasha pour arriérée, primitive et sauvage. C'est ainsi que des groupes de pression musulmans accusent les Kailashas de rendre un culte au diable, ou de pratiquer la sorcellerie (de mêmes entreprises de diabolisation sont menées auprès des yézidis d'Anatolie). Ces techniques de conversions ne sont cependant pas typiques aux fanatiques musulmans, les catholiques l'employèrent en Amérique et les évangélistes l'emploient encore de nos jours en Afrique, en Australie, en Inde ou en Indochine.

Quand un Kailasha quitte sa famille pour se convertir, un emploi lui est offert et il est célébré comme un « Nouristani », c’est-à-dire un « être éclairée ». Ce n'est qu'au prix du reniement absolu de ses convictions panthéistes qu'un Kailasha peut donc prétendre entrer dans la communauté des « justes », c'est-à-dire des Pakistanais (le Pakistan étant littéralement le « pays des purs »). Les kailashas convertis à l'islam ne le sont donc pas par conviction, mais dans l'espoir de connaître une vie meilleure et d'avoir enfin accès à une certaine forme de progrès, tant au niveau de l'éducation que de la santé ou du travail. Cependant, une fois converti, un Kailasha ne peut apostasier de sa nouvelle foi, tandis qu'il est exclu pour toujours de sa communauté d’origine. La charia et la loi des clans kailashas, punissent en effet de mort l'apostasie. Ainsi, si un Kailasha se convertit à l'islam, il est exclu de sa communauté et doit donc quitter les vallées du Chitral.

Pour la seule année 2016 on estime à 300 le nombre de kailashas convertis, ce qui, rapporté à la population globale de quelque 3000 à 6000 personnes, situe à une dizaine d'années l'espérance de vie de la culture polythéiste kailasha.

La crise des Rohingyas en Birmanie

À l'instar de l'hindouisme, le bouddhisme ne mena jamais de croisade, ni ne se rendit jamais responsable de campagnes de terrorisme d'envergure. Cependant, cette religion dont la non-violence est un pilier essentiel, fut récemment la cible des pires accusations.

Si des groupuscules politiques, en particulier en Birmanie, peuvent se réclamer du Bouddha à travers leurs actes violents, ce n'est pas pour imposer une doctrine, qui par essence est non-violente, mais au contraire la défendre. C'est ainsi que de nombreux Birmans entament depuis le début des années 2010 des actions punitives et violentes contre les populations musulmanes installées massivement, militairement et illégalement sur leur territoire. En ne s'assimilant pas aux traditions locales et en entrant en concurrence démographique et économique avec les tribus locales, ces communautés migrantes mettent en danger la Birmanie et les Birmans (qu'ils soient animistes, comme les peuples indigènes des collines, ou bouddhistes, comme la population urbaine du pays).

En 2017, sévit en Birmanie ce qu'il est convenu d'appeler la crise des Rohingyas. Les médias occidentaux ont par tous les moyens tentés de faire passer ce malheureux événement pour un génocide perpétré par les bouddhistes contre la minorité musulmane des frontières occidentales du pays (Arakan). En vérité, cet épisode ne fut que le zénith d'une crise larvée qui durait depuis de nombreuses décennies.

Incapable de nourrir et de loger sa population, le Bangladesh voisin eut tendance à laisser partir de très nombreux migrants en direction de Dubaï, de l'Inde continentale, mais aussi et surtout en direction des régions frontalières de l'Assam indien et de l'Arakan birman. Ainsi, depuis plusieurs générations maintenant, des Bangladais de culture musulmane, s'installent de manière illégale sur des territoires appartenant à des tribus des collines birmanes, qui pour la plupart ne sont pas bouddhistes, mais animistes. Ces tribus, n'ayant pas les capacités de se défendre contre cette colonie de travailleurs pauvres, doivent leur secours à l'État birman, qui de son côté ne peut agir sans provoquer des tensions internationales.

La Birmanie insiste sur le caractère illégal des infiltrations de migrants, et sur le caractère antagoniste de l'islam, qui depuis 1 000 ans massacre systématiquement les fidèles du bouddhisme des pays qui deviennent à majorité musulmane, comme l’Ouzbékistan, l'Afghanistan ou les îles d'Indonésie… Mais le Bangladesh refuse de fermer ses frontières, protestant que les habitants de la Birmanie sont des Birmans, et que si un nombre de plus en plus conséquent de Birmans devenaient musulmans, alors il fallait à l'état bouddhiste et à la junte milliaire birmane, créer une zone autonome de confession islamique en Arakan.

Il est vrai que depuis les premiers passages de migrants dans les années 1940, la population musulmane de l'Arakan n'a cessé d'augmenter et de s'affranchir de l'influence de Rangoon, la capitale birmane. Les quelques communautés bangladaises en terre birmane sont devenues de véritables villages et les indigènes ont été chassés des terres arables par les nouveaux arrivants qui s'installèrent à leur place.

En 2017, il ne s'agit plus de brigandage ou de guet-apens ; ce sont des milliers de Bangladais, armés et entraînés, qui lancent l’assaut à plusieurs postes frontières birmans. Des dizaines de milliers d'entre eux débordent les soldats de l'armée régulière birmane. Des soldats sont tués, et en quelques jours, des dizaines de milliers de Bangladais passent la frontière pour s'installer dans des collines de l'Arakan, où la démographie demeure très faible.

La réponse birmane ne se fait pas attendre : en quelques semaines, ce sont des milliers de morts parmi les groupes d'insurgés islamiques qui menaçaient de créer une zone de guerre grâce aux armes et à l’entraînement qu'ils avaient reçu du côté bangladais de la frontière (certains avaient même servi dans les guerres de Tchétchénie et de Syrie). De nombreux civils, dont des femmes et des enfants périrent aussi dans les incendies de leur village. Ce fut ensuite la pénurie de médicaments et de nourriture qui frappa les camps de réfugiés que le Bangladesh construisit en urgence.

Très vite les postes de garde furent repris par l'armée birmane, de même que des centaines de colonies musulmanes furent brûlées afin que leurs occupants n'aient d'autre choix que de reprendre le chemin du Bangladesh. Certains en étaient partis la veille, quand d'autres étaient nés en Birmanie depuis plusieurs générations, mais n'avaient jamais été assimilés, ni voulu être assimilés à la culture birmane locale, qu'elle soit animiste ou bouddhiste.

Si en Occident et dans le monde arabe, les Rohingyas sont présentés comme un peuple souffrant du racisme birman, du point de vue birman, ils sont plutôt considérés comme une puissance d'occupation coloniale et subversive, tant au niveau militaire, démographique ou religieux.

Les derniers pays à majorité bouddhiste sont les pays d'Indochine, auquel s’ajoutent le Tibet, le Bhoutan et le Sri Lanka. Conscients de leur situation précaire, ces pays cernés par les puissances culturelles et hégémoniques hindoues, islamiques et chinoises, se considèrent donc à juste titre en danger. Le Laos et la Birmanie sont entourés par la Chine communiste et le Bangladesh musulman… Le Tibet est colonisé, Bali isolée…

Par ailleurs, l'acculturation et la colonisation démographique (à travers les migrations illégales) sont des problématiques qui s'imposent à des centaines de millions d'Indiens comme de Népalais ou de Birmans, désireux de voir leurs traditions ne pas disparaître comme disparurent celles d'Occident. Si des mouvements islamophobes se déclarent en Asie, ce n'est donc pas le fait d’États hindous ou bouddhistes pratiquant le racisme, mais simplement parce que les visées hégémoniques islamiques effraient des populations qui ne veulent pas voir leurs coutumes et leurs traditions disparaître.

 

Castes et minorités religieuses

Statistiquement, il n'existe pas en Inde de ségrégations menées par les hindous à l'encontre des minorités religieuses.

Loin d'être une communauté en danger, les musulmans indiens se distinguent par leur réussite économique et sociale, comme en témoigne leur surreprésentation dans les classes moyennes et supérieures du pays. Sur les 373 millions que représente la « General Class », plus d'une centaine sont musulmans, pour 250 millions d'hindous. Selon ce même census de 2011, 60 % des musulmans indiens appartiendraient à la classe générale, ce qui veut dire que la plupart des musulmans qui vivent en Inde font partie d'une classe favorisée.

Distribution de la population de chaque religion par classes sociales

Religion

Scheduled Castes

Scheduled Tribes

Other Backward Castes

General class / Others

Hindouisme

22.2 %

9_%

42.8 %

27_%

Islam

0.8 %

0.5 %

39.2 %

59.5_%

Christianisme

9.0 %

32.8 %

24.8 %

33.3_%

Sikhisme

30.7 %

0.9_%

22.4 %

46.1_%

Jaïnisme

0.0_%

2.6_%

3_%

94.3_%

Bouddhisme

89.5_%

7.4_%

0.4_%

2.7_%

Zoroastrisme

0.0_%

15.9_%

13.7_%

70.4_%

Autres

2.6_%

82.5_%

6.25_%

8.7_%

Total

19.7_%

8.5_%

41.1_%

30.8_%

Source : India Census 2011

De même, les chrétiens (2,3 % de la population totale), représentent 2,5 % des classes générales, ce qui signifie que cette communauté est elle aussi surreprésentée dans les classes favorisées. La situation est la même pour les sikhs (1,7 % de la population qui représentent 2,3 % des classes générales), et pour les jaïns (0,5 % de la population mais 1 % des castes favorisées). Il est donc évident que si ces minorités religieuses sont surreprésentées dans les castes supérieures, c'est qu'elles ne subissent ni persécution ni racisme systémique de la part de la majorité hindoue.

Plus encore, 46 % des sikhs, 70 % des zoroastriens et 94 % des jaïns, font partie de la classe générale et sont donc à l'abri du besoin, de la pauvreté et de l'insalubrité. L'Inde mérite donc à juste titre le qualificatif de pays tolérant et bienveillant à l'égard des minorités. Que la prédation culturelle et démographique des musulmans, ou l'évangélisation forcenée des chrétiens, puisse parfois mener à des mesures de représailles populaires est une chose, mais que l'Inde soit un pays où règne l'intolérance et le racisme en est une autre.

Une rapide lecture des chiffres du census 2011 nous indique au contraire une situation particulièrement précaire pour les hindous. 74 % d'entre eux font partie des classes en difficulté (Scheduled Castes, Scheduled Tribes et Other Backward Castes). En comparaison, il n'y a que 40 % des musulmans qui en font partie. Au total, Scheduled Castes, Scheduled Tribes et Other Backward Castes réunis, les hindous représentent 85 % de la population pauvre indienne, alors qu'elle ne représente que 80 % de la population totale du pays.

Les premiers touchés par la pauvreté sont en Inde les hindous eux-mêmes. Ils sont sous-représentés dans les castes supérieures et surreprésentés dans les castes inférieures (dans une société dont ils sont pourtant l'écrasante majorité, avec plus d'un milliard d'individus). Dans n'importe quel autre pays du monde, une telle situation se résoudrait par une guerre civile et un génocide, mais en Inde, c'est par les urnes que les hindous expriment leur espoir dans un pays qu'ils reprendraient véritablement en main. Le vote indien en faveur du nationalisme hindou, marqué par l'arrivée au pouvoir en 2014 du B.J.P. de Narendra Modi (un politicien faisant partie d'une caste d'épiciers shudras) est donc la juste traduction d'un déséquilibre économique et social en défaveur d'une communauté pourtant majoritaire.

En outre, les minorités laborieuses musulmanes sont avant tout victimes de ségrégation à l'intérieur même de leur groupe religieux, dans lequel s'applique un système de castes propre à l'islam indien.

Même si elles sont largement inspirées du védisme, les castes ne se limitent pas à l'hindouisme, et sont même une composante importante des autres cultes présents en Inde. Une caste peut même être divisée en plusieurs sous-castes, dont l'orientation religieuse sera un marqueur déterminant. Par exemple, les Khatris sont une jati (sous-caste) de marchands, de secrétaires et d'hommes d'affaires affiliés aux brahmanes, mais dont les sous-jatis peuvent être soit sikhs (les Bédis, Trehans, Bhallas ou Sodhis), soit hindoues, soit musulmanes (Kawaja Sheikh). De même, dans la jati des dalits Dhagis ou Valmikis, on distinguera les sous-jatis sunnites et hindoues. Parfois, les jatis musulmanes sont des sous-branches d'une jati majoritairement hindoue. Par exemple, parmi la caste nomade des Banjaras, spécialisés dans le troc et la revente du sel, se distingue une sous-caste, celle des Banjaras musulmans, qui sont une jati de musiciens et d'artistes de rue.

 

Les castes musulmanes en Inde

Bien que religion universelle ne professant aucune ségrégation, si ce n'est la démarcation entre fidèles et infidèles, l'islam indien est fortement influencé par le système hiérarchique hindou. Au sommet de la hiérarchie musulmane, il y a les descendants des conquérants arabo-musulmans, dont font partie les familles et les dynasties sayyid, moghul et pathan. Les Sayyids sont les descendants du prophète Mahomet, les Moghols sont les envahisseurs turco-mongols islamisés qui régnèrent sur l'Inde au début du second millénaire, et les Pathans sont les descendants des marchands de la route de la soie. Comme en Arabie, ces castes portent le nom de « cheikh » (« sage » ou « maître » en arabe).

Pendants musulmans de la caste des kshatriyas, la caste des Ashrafs est située en dessous de celle des Cheikhs. Il s'agit de la noblesse musulmane, dont font partie les traditions rajpoutes et les descendants des rajas convertis. Vient ensuite la caste des Ajlafs, qui est celle des convertis. Elle se divise en deux sous-castes, celle des convertis des castes hindoues supérieures, et celle des castes hindoues inférieures.

En dessous de cette catégorie, se trouvent les Atrafs, qui sont la caste artisane et laborieuse, dont font partie les barbiers, les tailleurs et les bouchers. En bas de l'échelle sociale musulmane indienne se trouvent enfin les dalits, dont les occupations sont identitiques à celles des dalits hindous (travaux d'entretien et tâches dégradantes).

À ce système de castes typiques à l'islam indien, s'ajoute bien sûr la classique hiérarchie des peuples selon cette religion, qui classe l'humanité en trois ordres : il y a l'Oumma, c'est-à-dire la communauté des croyants, soumis à Allah et à son prophète. Les croyants de l'Oumma jouissent de la charia et de la liberté de vivre. Inférieurs à l'islam et tolérés seulement s’ils sont soumis aux musulmans, viennent les « peuples du livre ». Ne sont concernés par cette catégorie que les chrétiens, les juifs et, selon la tradition iranienne, les zoroastriens. Il s'agit d'infidèles mais qui croyant tout de même en un dieu unique. En s'acquittant d'une taxe, ils ont le droit de vivre, mais leurs droits sont limités.

Enfin, en dehors de toute humanité, il y a les athées, les païens et les adorateurs d'idoles et de gourous, dont font partie les hindous, les bouddhistes, les jaïns et les sikhs. Leurs conduites étant contraires à l'islam, elles sont infamantes aux yeux des croyants. Appelés infidèles ou koufards, leur mort par égorgement peut même, dans un cadre djihadiste, « plaire à Allah ».

Les tensions interethniques depuis la Partition

L'Inde dans son aire culturelle

Pour comprendre l'Inde d'aujourd'hui, il convient de la replacer dans un contexte, si ce n'est mondial, tout du moins régional :

L'Inde est une république démocratique à suffrage universel direct et indirect. Sa constitution laïque assure la liberté de culte, de penser et d'entreprendre. Pour les populations musulmanes, la liberté est laissée d'appliquer la charia à titre privé et communautaire.

Le Népal est une ancienne monarchie constituante, devenue une république fédérale de type assemblée constituante. Si l'hindouisme est la religion de 80 % des Népalais, la constitution d'inspiration républicaine du pays ne reconnaît pas de religion d'État. La liberté de culte est assurée, mais il est interdit de convertir ou d'évangéliser.

Le Bhoutan est une monarchie constitutionnelle. Le bouddhisme tantrique est la religion d'État. S'ils ne s'acquittent d'un onéreux permis de séjour, les touristes et étrangers sont interdits dans le pays.

La Birmanie est une jeune démocratie encadrée par une junte militaire. L'État birman est le protecteur du bouddhisme. Si la liberté de culte est assurée, l'État réprime l'évangélisme chrétien et l’expansion musulmane.

Le Sri Lanka est une république démocratique. Sa constitution est inspirée du socialisme mais n'est pas laïque. Le patronage du culte est un devoir régalien. L'État est le garant des pratiques religieuses, quelles qu'elles soient, cependant le bouddhisme est accepté comme religion d'État. À titre communautaire, il est donné aux communautés musulmanes la liberté d'appliquer la charia.

Le Bangladesh est une république dont la constitution est laïque mais tout de même inspirée par la loi islamique. La charia s'applique sur la population musulmane (90 %) du pays.

Le Pakistan est une démocratie parlementaire souvent dirigée d'une main de fer par une junte militaire. Une partie du pays est sous influence et domination talibane. L'islam étant religion d'État, la constitution ainsi que les instances judiciaires du pays sont inspirées par la charia.

Jusqu'à la reprise du pays par les Talibans en 2011, l'Afghanistan était une jeune république déstabilisée par une permanente pression talibane et américaine. La devise de la nation afghane est : « il n'y a de dieu que Allah et Mahomet est son prophète. » Aucune loi civile ne peut contrevenir à l'islam. L'islam étant religion d'État, la charia s'applique dans les territoires sous contrôle républicain comme taliban. La taxe des dhimmis (non-musulmans) s'applique en territoire taliban.

Le Tibet est une région autonome colonisée par la Chine depuis bientôt un siècle. Le parti unique inspiré du marxisme et du maoïsme, est imposé au Tibet depuis Pékin.

Enfin, la Chine est une dictature d'un parti unique pseudo-communiste. Sa constitution est de type révolutionnaire marxiste et maoïste et son économie de type protectionniste et capitaliste. De nombreuses exceptions culturelles et politiques concernent les minorités musulmanes et tribales du pays, tandis qu'une sévère répression en concerne d'autres (Ouïgours du Xin-Yang).

 

La démographie

Trois des quatre principaux foyers de la population mondiale sont situés en Asie. 20 % des habitants de cette planète résident dans le sous-continent indien, formé d'une guirlande de pays accolés à la chaîne de montagnes de l'Himalaya : le Pakistan, l'Inde, le Népal représentant un nombre total d'habitants de plus d'un milliard et demi de personnes, qui passeraient à deux milliards si on y ajoutait les populations afghanes, bangladaises et birmanes.

Le sous-continent indien

Le sous-continent indien

Projection 2050 des pays les plus peuplés

Classement

Pays

Population en millions

1

Inde

1656

2

Chine

1382

3

USA

396

4

Nigeria

383

5

Indonésie

322

6

Pakistan

307

7

Brésil

233

8

Bangladesh

202

Source : ONU 2017

Dans le futur proche, trois pays sur les dix plus peuplés du monde feront partie du sous-continent indien. Si l'Inde a tenté depuis les années 1970 d'infléchir sa courbe des naissances, les pays musulmans du Pakistan et du Bangladesh n'ont pas entrepris de telles politiques et à présent, alors même que la démographie chinoise régresse, la population du sous-continent indien continue d'augmenter d'une manière incontrôlée.

Pour autant, seul un pays du sous-continent (l'Inde) fait partie des dix plus grands pays du monde, et en comparaison à la Chine, à la Russie ou aux États-Unis, le territoire de l'Inde est bien plus petit. Plus petit même que celui de l'Union européenne, qui est pourtant trois fois moins peuplée (513 millions d'habitants contre 1,3 milliard).

De fait, la densité de population est plus de trois fois supérieure en Inde qu'en France. Dans certaines régions de la vallée du Gange ou du Bengale-Bangladesh, la surpopulation peut même atteindre les milliers d'habitants au km carré, avec une moyenne de 1265 personnes au Bangladesh. De tels chiffres permettent de comprendre les mouvements de migration des musulmans bangladais qui quittent leur pays pour coloniser les collines reculées et les jungles des pays voisins comme l'Arakan birman, l'Assam, le Nagaland ou le Bodoland indien.

Toutes les projections démographiques disponibles proposent l'Inde comme pays le plus peuplé du monde en 2050. De même, les projections démographiques des villes et métropoles annoncent elles aussi la puissance démographique du sous-continent et de l'Inde qui deviendra dans le siècle à venir un protagoniste essentiel des rapports internationaux.

Prévisions 2050 des 20 villes les plus peuplées du monde

 

Villes

Pays

Zone géographique

Habitants en millions

1

Bombay

Inde

Sous-continent indien

42

2

Delhi

Inde

Sous-continent indien

36

3

Dhaka

Bangladesh

Sous-continent indien

35,2

4

Kinshasa

Congo

Afrique Centrale

35

5

Calcutta

Inde

Sous-continent indien

33

6

Lagos

Nigeria

Afrique Centrale

32,63

7

Tokyo

Japon

Extrême Orient

32,62

8

Karachi

Pakistan

Sous-continent indien

32

9

New York

USA

Amérique du Nord

24,7

10

Mexico

Mexique

Amérique Centrale

24,3

11

Le Caire

Égypte

Moyen-Orient

24

12

Manille

Philippines

Asie du sud-est

23,5

13

Sao Polo

Brésil

Amérique du Sud

23

14

Shanghai

Chine

Extrême Orient

21

15

Lahore

Pakistan

Sous-continent indien

18

16

Kaboul

Afghanistan

Sous-continent indien

17

17

Los Angeles

USA

Amérique du Nord

16,4

18

Chiennai

Inde

Sous-continent indien

16,3

19

Khartoum

Soudan

Afrique de l'Est

16

20

Dar es Salam

Tanzanie

Afrique de l'Est

15,9

40

Paris

France

Europe

11

Source : Projection 2050 Gobal Cities Institut, Wikipedia

Huit des 20 villes les plus peuplées au monde en 2050 seront situées entre l'Afghanistan et le Bangladesh, ce qui veut dire que près d'une métropole sur deux sera habitée par un peuple hindiphone. À l'échelle de l'Asie, 30 % des 20 plus grandes villes du continent sont déjà implantées dans le bassin qui part de l'Indus (Karachi, Lahore, Islamabad) pour rejoindre l'embouchure du Gange et du Brahmapoutre (Calcutta, Dhaka).

Face au défi de la démographie, la république indienne a promu une politique de contrôle des naissances. Elle fut bien acceptée dans les castes les plus hautes de la société, qui concentraient alors leurs efforts économiques sur un fils ou deux et le financement de leurs études. Mais dans les classes les plus humbles de la société, ainsi que dans les communautés musulmanes, en quête de suprématie démographique dans des régions où elles sont minoritaires, la portée de ces politiques fut sévèrement limitée. En 2018, pour une femme brahmine, la fécondité était de moins de deux enfants, tandis que dans certaines communautés musulmanes, ce taux pouvait monter à plus de quatre enfants.

Tout en promouvant la famille rapprochée, l'administration indienne permet en effet à ses citoyens musulmans d'avoir jusqu'à quatre femmes, ce qui alimente la peur hindoue de voir leur pays submergé par une croissance démographique musulmane exponentielle.

Il serait difficile de dénier aux hindous le fondement de leur peur, car avec une population musulmane approchant les 200 millions, il ne faudra pas longtemps avant que la fragile balance démographique, ethnique et religieuse du pays ne se bouleverse. Si le taux de fécondité des hindoues est identique à celui des Françaises, avec un taux de 2,1 enfants par femme (ce qui est un chiffre juste suffisant pour renouveler la démographie d'un pays), les musulmanes ont quant à elles 2,6 enfants, avec un taux semblable à celui du Pakistan (2,8) et du Bangladesh (2,4) deux pays qui connaissent une telle pression démographique que leur propre population doit migrer pour s'installer illégalement dans les pays limitrophes (Birmanie, Inde, Iran) ou européens (Allemagne, Royaume-Uni, France).

Depuis l'Indépendance, pour endiguer la paupérisation grandissante du pays, le gouvernement indien a pourtant favorisé une politique de faible natalité. La famille nucléaire à l'occidentale s'est depuis imposée dans les métropoles et chez les castes supérieures. Selon les chiffres de 2018, les classes supérieures auraient en moyenne 1,9 enfant par femme, et seulement 1,5 pour le cinquième le plus riche de la population. Les classes défavorisées ont quant à elles plus de trois enfants (3,2). L'absence de système de retraite oblige en effet les plus humbles à compter sur l'aide de leurs enfants pour ne pas finir leurs jours dans le dénuement.

Du fait de toutes ces raisons, l'Inde connaissait jusqu'en 2017 un taux de fécondité plutôt élevé, avec 2,5 enfants par femme, alors qu'il n'était que de 1,6 en Union européenne et en Chine.

 

Défense de l'Inde

Dans un futur proche, en conséquence des migrations de masse liées aux conditions climatiques et économiques de notre planète, la thématique ethnique et religieuse ne va cesser de prendre de l’importance. La République indienne ne semble cependant pas disposée à se laisser dicter sa conduite. Après mille ans de colonisation islamique puis britannique, l'Inde n'est pas prête à céder devant une quelconque puissance, aussi subversive et menaçante soit-elle.

En d'autres termes : s'il s'agit de garantir la pérennité du modèle culturel dharmique partagé par l'immense majorité des Indiens (hindous, bouddhistes, jaïns et sikhes représentant 83 % de la population totale du pays), l'Inde n'hésitera pas à pratiquer une politique intérieure hostile envers les musulmans (14 % de la population du pays).

 

Si de nos jours quelques rares nouvelles arrivent d'Inde, il s'agit invariablement d'un sinistre fait divers, toujours décontextualisé (la crise hospitalière covidienne du printemps 2021 étant un parfait exemple de la manière dont l'Occident se fait peur en regardant l'Inde). Bien souvent, ce qui nous en vient semble n'avoir d'autre intérêt que de renforcer dans l'esprit des Occidentaux le mépris à l’égard d'un sous-continent trop différent pour être appréhendé autrement que par la peur, la commisération ou le misérabilisme. Or, l'Inde, où se pratiquent toujours des cultes millénaires et où se prient encore des dieux préhistoriques, représente à elle seule une part immense du patrimoine culturel mondial. S'y trouvent encore, vivantes et dynamiques, des traditions et des coutumes apparues avant même les prémices de la civilisation gréco-romaine, et que l'on ne trouve plus nulle part ailleurs sur la planète.

La fin du modèle culturel indien, dont les hindous sont les garants et les gardiens, signifierait la fin d'une civilisation qui est le dernier ancrage nous reliant encore à un passé universel.

Il est donc du devoir de chacun de veiller à ce que l'intégrité indienne soit respectée, et qu'aucun peuple, aucun impérialisme d'aucune sorte, aucune religion venue de l'étranger, n'en bousculent les fondations, si chères à la richesse culturelle de l'humanité.

Les tensions interethniques depuis la Partition

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