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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

La colonisation britannique en Inde

UN NOUVEAU MONDE

 

Suite aux conquêtes islamiques en Asie centrale, l'Orient n'est plus un chemin mais un mur, dressé devant l'Europe par le monde musulman. En conséquence, la civilisation européenne va d'abord chercher à s'étendre vers l'ouest. Étant contenus et même assimilés dans le sud de l'Europe, les Vikings continuèrent leur expansion vers l'ouest et peuplèrent l’Islande, puis découvrirent les côtes du Groenland et installèrent quelques colonies de pêcheurs et de trappeurs sur les côtes du Labrador (de ce qui deviendra le Canada). Des échanges et des mariages sont contractés avec les tribus amérindiennes, mais aucun commerce d'envergure ne fut instauré, contrairement à ce qui suivit la découverte des Caraïbes par Christophe Colomb en 1492.

Bien vite le Brésil est découvert, puis colonisé, de même que quelques années plus tard Vasco de Gama rejoint l'Inde en passant par le sud de l'Afrique, contournant donc l'hégémonie islamique sur le commerce des épices et la route de la soie.

En 1803, Napoléon Bonaparte vend la Louisiane, et c'est donc sur le modèle hégémonique anglo-saxon que l'Amérique, l'Australie mais aussi les Indes vont être occidentalisées. Pour la première fois, des peuples aussi différents que les Tamouls et les Irlandais, sont les sujets d'une même couronne.

La culture hindoue est alors moribonde, à peine a-t-elle survécu à 800 ans de domination islamique qu'elle doit subir le mépris et la déconsidération de la civilisation chrétienne et protestante (anglicane) qui s'impose à elle.

 

Les comptoirs européens

L'installation des Européens en Inde peut se résumer en quelques dates significatives qui s’étendent sur quelques siècles.

En 1497, Vasco de Gama quitte le Portugal pour découvrir un passage maritime vers les Indes depuis le sud de l'Afrique, afin de contourner la mainmise des musulmans sur la route des épices et de la soie. L'expédition est fructueuse et donne naissance à de nombreuses expéditions qui se militarisent avec le temps.

En 1507, les navires portugais subissent une défaite au large du Gujarat, la marine musulmane ayant reçu l'aide d'un prompt renfort de douze navires venus depuis l’Égypte et Suez. L’année d'après, une nouvelle bataille navale oppose les prétendants portugais et musulmans à la domination des mers et de son commerce. Cette fois, 18 navires composent la flotte portugaise. La flotte égyptienne est détruite, puis les pirates chassés du golfe Persique. L’hégémonie arabe sur les eaux fut dès lors remise en question et Anglais et Hollandais ne tardèrent pas à emprunter le même itinéraire que les Portugais.

En 1510, les Portugais annexent Goa. D'abord tolérants des hindous, dans un effort de lutte commune contre les musulmans et les sultanats du Deccan et de Delhi, finalement les Portugais convertirent en masse et à terme, menacèrent le pouvoir hindou encore puissant dans le sud de L'Inde.

En 1519, Magellan entreprend son tour du monde, ouvrant pour la première fois une route qui relie l’Europe à l'Afrique, aux Indes, aux îles du Pacifique et aux côtes américaines et brésiliennes.

En 1609, les Hollandais ouvrent un comptoir à Poulicat, dans le Pays tamoul.

En 1612, les Anglais établissent leur premier comptoir à Surat, dans le Gujarat. En 1639, ils bâtissent le fort Saint George à Madras, possédant ainsi un comptoir et une place d'armes sur chacune des côtes indiennes de l'océan Indien.

En 1680, fort de ses succès contre les musulmans, Shivaji défait les Anglais, dont les prétentions militaires seront bientôt remplacées par des prétentions commerciales et industrielles.

Accusant un retard qui leur sera fatal, les Français fondent en 1672 le comptoir de Pondichéry, puis ceux de Mahé, Chandernagor, Karikal et Yanaon. En 1719, soit 119 ans après les rivaux anglais de la Compagnie des Indes, est fondée la Compagnie française des Indes. Rivaux dans le Bengale, l'Orissa et le Pays tamoul, Britanniques et Français s'affrontent lors de la bataille du Plassey (Bengale). Des alliés hindous et musulmans combattent aux côtés des belligérants. Victorieux, les Anglais étendent leur influence.

En 1761, la France perd Pondichéry. L'année suivante, le traité de Fontainebleau, fait perdre à la France la Louisiane au profit de l'Espagne. L’année suivante, encore, le traité de Paris consacre la Grande-Bretagne première puissance mondiale, avec la perte des possessions françaises en Amérique du Nord et en Inde.

Quarante ans plus tard, en 1803, Napoléon vend ce qu'il reste à la France de la Louisiane pour une somme qui paraît modique en considération des enjeux. La situation des territoires et colonies françaises du Nouveau Monde s'aggravera encore. Préférant se concentrer sur l’Europe, échaudé par son aventure malheureuse en Égypte, Napoléon donne des concessions aux Anglais, ne comprenant qu'en leur laissant la mer, il leur offre le monde. À partir de cette date, le règne des Britanniques sur l'Inde est sans partage et ils ne cesseront d'encore augmenter leur emprise sur tous les territoires de la plaque indienne, de l’Afghanistan et du Tibet au Pays tamoul. L'Inde est alors administré par l'East India Compagny qui abuse de son pouvoir et pillera des siècles durant les richesses et ressources du pays.

En 1826, les Britanniques annexent l'Assam en mettant fin à l'Empire Ahom, dernière puissance hindoue qui avait résisté aux musulmans et à l'acculturation sino-khmere depuis plusieurs siècles. La culture intensive du thé est introduite dans cette région, ainsi que dans le Darjeeling voisin. Ces deux régions sont depuis les premiers centres de production mondiale de thé noir. Encouragée par la présence anglaise, l'évangélisation des territoires tribaux du nord-est commence, mais ne rencontre pas le succès. En 1852, la côte birmane est sous contrôle britannique.

En 1857, la révolte des Cipayes, une mutinerie qui dégénère, met fin à l'administration de l'East India Compagny, remplacée par la couronne britannique qui crée pour l'occasion l'Empire britannique des Indes. Vingt ans plus tard, la reine d'Angleterre Victoria est proclamée Impératrice des Indes. Habitués à voir depuis les premières incursions musulmanes des étrangers diriger leur pays, les Indiens accueillent favorablement leur nouvelle reine. Grâce à la paix, l'économie indienne retrouve un certain essor.

Toujours plus puissants, les Britanniques dominent Singapour et le détroit de Malacca en 1874, contrôlant ainsi l'essentiel du commerce mondial de Gibraltar à Suez, Ormus, Surat, Calcutta et Malaka. En 1885, suite à la prise de Mandalay, la Birmanie est annexée à l'Empire des Indes et le roi de Birmanie est déporté en Inde. Si une décennie durant la guérilla continua dans les montagnes, l'occupant anglais ne connaissait plus d'ennemi d'envergure, du désert du Thar jusqu'au détroit de Malacca.

En 1904, alors que le Tibet, pays longtemps interdit et inaccessible, vient à peine de s'ouvrir au commerce et aux voyageurs, les troupes britanniques occupent Lhassa, en réponse aux incursions des Tibétains dans le Sikkim (à présent sous leur administration).

En 1911, la capitale administrative et politique de l'Empire des Indes est déplacée de Calcutta à Delhi, dans le nouveau quartier construit pour l'occasion (New Delhi) et doté de larges avenues ainsi que d'un réseau de trains qui joint en quelques jours chacune des régions de l'empire. De Lahore à Rangoon, de Patna à Kanchi, un vaste réseau de milliers de kilomètres de voies ferrées voit le jour, emprunté par des machines à vapeur importées depuis l’Angleterre et fabriquées dans les usines de Liverpool, Glasgow et Manchester.

 

La colonisation britannique

Mis à part l'érection de quelques forts et mausolées, tels le Taj Mahal ou le Fort rouge d'Agra, bâtis sur les ruines d'un nombre incalculable de temples hindous, il apparaît que les 800 ans de conquêtes et de domination musulmane en Inde furent marqués par des régressions dans tous les domaines de la société.

L'hindouisme avait perdu son rôle fédérateur et le sous-continent était alors morcelé en ethnies, en religions, en sectes et en lignées plus ou moins légitimes à la tête de royaumes dont les frontières changeaient à chaque génération, en fonction des raids musulmans et des guérillas hindoues.

La colonisation britannique, qui commence en 1747 avec la bataille du Plassey et finit en 1947 avec l'Indépendance, eut quant à elle un bilan plus mitigé. Son principal bienfait fut de libérer l'Inde de la mainmise arabo-musulmane, mais ce fut au prix d'une nouvelle domination et d'une nouvelle injustice. Pour la première fois, une unique couronne gouverne les peuples d'Europe, d'Inde et même d'Amérique (même si en 1776 l'Amérique s'éloigne en gagnant son indépendance. )

Cet empire ainsi formé n'avait pourtant ni allure, ni autre raison d'être que celle d'appuyer les volontés et les bénéfices de la Compagnie des Indes. N'ayant rien en commun, Anglais et Indiens se regardèrent deux siècles avec surprise, en même temps qu'avec un profond mépris.

Les Britanniques, pas plus que les Français ou les Portugais, n'étaient plus des Indo-Européens. Ils étaient devenus des judéo-protestants et ne priaient plus des dieux qui auraient pu ressembler à ceux que priaient encore leurs lointains cousins hindous. Les Britanniques ne furent cependant pas fanatiques comme l'avaient été les Arabo-Turcs qui avaient dévasté le pays en éradiquant ceux qui ne se convertissaient pas.

Si la Compagnie des Indes autorisait l'esclavage et le vol des terres et des richesses indiennes, elle ne se mêla pas de religion, ni même ne tenta de réduire le système des castes, ou de christianiser le continent. Par ailleurs, le climat et le paludisme empêchaient la colonisation démographique de l'Inde par les Britanniques.

Méprisant l'hindouisme et les coutumes autochtones, les Britanniques ne cherchèrent pourtant pas à éradiquer la culture du sous-continent. La couronne britannique joua même souvent sur les antagonismes entre hindous, sikhs et musulmans pour encourager et financer tel parti ou tel autre en fonction de son intérêt. « Diviser pour mieux régner » est une expression qui semble avoir été créée pour décrire la gouvernance britannique en Inde. Pour autant, première puissance militaire, la Couronne savait protéger les intérêts de son commerce, à coups de canons s'il le fallait.

Se contentant d'en piller les richesses, les Britanniques ne changèrent pas l'Inde et après deux cents ans d'une domination politique et économique et non raciale ou religieuse, ils quittèrent le pays sans qu'aucun réel échange culturel de grande ampleur n'ait été entrepris.

L’Inde était revenue à ses habitudes de tolérance lorsque commença la période anglaise. Elle rencontra une tolérance égale chez ses nouveaux maîtres. Tout occupée d’exploiter sa conquête, la Compagnie demandait des dividendes et non des conversions. Elle craignait fort qu’un réveil soudain du fanatisme, chez ses sujets hindous ou mahométans, ne vînt troubler ses opérations commerciales.

A. Filon, L’Inde d’aujourd’hui d’après les écrivains indiens

Ce qu'il reste de la présence anglaise en Inde est aujourd'hui semblable à celle qu'il reste de la française au Maghreb, c'est-à-dire un vaste réseau de voies ferrées, des bâtiments hauts et larges qui très vite ont été dégradés par l'humidité, une bureaucratie de plomb et le goût pour les journaux et la politique.

 

Le peuplement des îles de l'océan Indien

Si la paix revint en Inde avec la présence anglaise, le sort des Indiens ne s'améliore pas de manière significative. Poussés par la faim, le chômage ou les dettes, des Indiens parmi les plus pauvres s'engagent comme paysans pour s'en aller labourer la terre à l'autre bout du monde, que ce soit aux Fidji, aux Caraïbes ou en Guyane. Le commerce des esclaves africains étant sévèrement réprimé par les pays européens qui régnaient sur l'Atlantique, il était plus simple aux armateurs de s'en aller chercher en Inde de la main-d’œuvre aussi corvéable que des esclaves, mais en échange d'un salaire négligeable.

Dès 1816, des navires dont les cales sont remplies d'Indiens quittent l'Inde pour rejoindre Sydney, fournissant ainsi la main-d’œuvre qui sera utilisée dans les nouveaux vignobles de la vallée de la Yarra (dans l'État du Victoria).

Vingt ans plus tard, c'est vers l'ouest que se tourne le commerce maritime de la main-d’œuvre bon marché. De nombreux Indiens sont déportés vers l'île Maurice, les Comores, l'île de la Réunion et Madagascar. Plus tard dans le siècle, ils seront amenés jusqu'en Afrique du Sud et au Kenya, pour travailler à la place des Africains que les colons trouvent moins appliqués et moins ardents à la tâche. Plus tard, ce sera encore vers les Caraïbes, la Jamaïque, et la Guyane que les paysans tamouls sans emploi seront envoyés. En 1870 est ouvert le premier temple hindou en Afrique du Sud.

Où que les Indiens s'installent, la tolérance du christianisme à l'égard de leur croyance fait défaut. À la Réunion, les ouvriers des champs hindous sont convertis de force au catholicisme. Seuls les musulmans indiens venus du Gujarat sont laissés libres de pratiquer l'islam. Le même phénomène s'observe dans le Pacifique (Fidji) et dans les Caraïbes (Jamaïque, Trinidad, Martinique et Surinam).

Côtoyant les peuplades noires africaines installées aux Caraïbes qui trouvaient la source de leur mysticisme dans les plus anciens textes juifs et éthiopiens, l'hindouisme tamoul de tendance shivaïte influence alors de manière certaine mais encore peu documentée, ce qui deviendra dans le courant du 20e siècle le rastafarisme. Le lègue culturel des Tamouls au rastafarisme est en particulier remarquable par l'emploi de ce que les deux peuples appellent la « ganga » : le cannabis à des fins religieuses, rituelles et méditatives. De même, les quelques Tamouls qui devinrent sadhus aux Caraïbes influencèrent par leur ascétisme et leur allure (en particulier à cause de leurs longs cheveux emmêlés) les rastafariens et leurs célèbres dreadlocks.

 

Vers l'Indépendance

Connaissant la paix et l’essor économique et industriel, l'Inde connaît un boom démographique qui eut pour effet de plonger le pays dans la famine vers 1900. À cette catastrophe s'ajoutent des épidémies de paludisme et de peste (dont celle de Puna en 1897).

La promiscuité des travailleurs, l'absence d'égouts dans les villes, le climat à la fois chaud et humide, les nombreux marais insalubres du pays, tout cela a pour effet de rendre impossible la vie des émigrés européens, et toxique celle des Indiens eux-mêmes. Autre raison de la famine, le manque de mousson frappe le sous-continent plusieurs printemps consécutifs et les impôts collectés par l'Empire britannique enfoncent les paysans indiens dans la misère.

Le paludisme, qui est une fièvre transmise par le moustique, est responsable d'une maladie dégénérescente du cerveau qui pousse les malades à la violence et au délire névrotique. C'était une des principales causes de mortalité parmi les populations autochtones comme européennes et c'était même le principal obstacle à l’installation permanente des aristocrates britanniques, tout comme l'agent principal de la faiblesse et de l'instabilité des soldats de la Couronne. Fort heureusement, en 1883, le bacille du choléra est découvert et en 1897, le paludisme s'explique. Bientôt, s'il n'est toujours pas soigné, il sera néanmoins combattu efficacement en asséchant les marais et salines entourant les nouveaux villages et les colonies industrielles et minières.

 

Après avoir balayé l’Europe, la fièvre nationaliste va saisir l'Inde et ses élites, qui dès lors n’œuvreront plus que pour se voir confier des Anglais les clés du pouvoir et de l'industrie. Face aux abus britanniques, face à l'injustice criante de leur administration, les Indiens réclament plus de pouvoir. Les intellectuels et bourgeois indiens, de culture à la fois brahmanique et anglaise, s'unissent derrière le politicien anglais Allan Octavian Hume (1829 - 1912) et créent le Parti du congrès, qui se donne pour objectif l'indépendance de l'Inde d'une manière non-violente. À la même époque, Sir Saiyad Ahmed Khan crée le Collège musulman anglo-oriental et mène des actions concurrentes du Parti du congrès, afin qu'en cas d'indépendance, les musulmans ne se mélangent pas aux hindous, ni ne les subissent, mais fassent valoir pour eux-mêmes leurs revendications et leurs droits.

En 1905, après une année de guerre, le Japon défait la Russie et remporte la Mandchourie et l'île Sakhaline. La flotte russe est anéantie par les Japonais, qui signent alors la première victoire d'une puissance asiatique sur une puissance européenne, depuis la prise de Constantinople un demi-millénaire plus tôt.

En 1910, c'est la Chine impériale qui affirme ses velléités stratégiques, en occupant Lhassa et le Tibet, poussant le Dalaï-Lama à fuir pour se réfugier en Mongolie. La révolution populaire et communiste chinoise mettra fin à l'occupation de Lhassa, qui vivait pourtant ses dernières décennies d'indépendance après des milliers d'années de paix et d'autarcie.

 

Incapables de gérer un empire si vaste, les Britanniques morcellent le pays en communes et communautés autonomes, c'est le communalisme. Les communautés hindoues et musulmanes, en l'absence de la férule anglaise, ont alors bien du mal à cohabiter. En 1905, après une vague de terrorisme, le Bengale est divisé en deux régions administratives de confessions différentes.

Un an plus tard, la Ligue musulmane est fondée à Dacca. Elle se donne pour objectif de concurrencer le Parti du congrès et de fédérer les Indiens musulmans derrière sa bannière, afin de sauvegarder les intérêts islamiques qui risquent d'être noyés sous la démographie hindoue en cas d'indépendance. Saisissant l'opportunité politique de se construire en opposition, la Ligue musulmane s'oppose au boycott des marchandises étrangères proposé par Gandhi. La Ligue musulmane supporte aussi la partition du Bengale, l'ouest de la région étant majoritairement musulmane.

Les musulmans obtiennent ainsi des députés à l'écart des autres Indiens, dans la nouvelle Chambre des députés qui est créée pour faire tampon entre la Couronne britannique et les chefs de villages, brahmanes et kshatriyas du pays. Les brahmanes, qui sous la domination musulmane occupaient des emplois de fonctionnaires, sont gardés à leur poste par l'administration anglaise, qui se contente de prélever l’impôt, de calmer par les armes les guerres intestines et de réprimander le brigandage et les détrousseurs de grand chemin.

 

Durant la Première Guerre mondiale, 1, 2 million de soldats indiens volontaires seront levés par les Anglais, dont la plupart combattront en Afrique du Nord et dans les champs du nord de la France. En 1916, les musulmans indiens se retirent cependant de l'armée des Indes ; le califat ottoman venant d'entrer en guerre aux côtés de l'Allemagne, il ne leur était donc plus possible de combattre sans rompre le précepte du Coran qui impose de « ne pas prendre part, aux côtés des infidèles, à des combats ni d'être complices d'agressions ayant pour cibles d'autres musulmans. »

 

Régulièrement, jusqu'à la fin du 20e siècle, des tensions interreligieuses ont mené à des massacres, le pouvoir central peinant depuis Delhi à les contenir et à les réprimer.

En octobre 1921, une révolte indépendantiste se déclare dans une communauté musulmane de la côte Malabar. Un califat islamique est proclamé, une dizaine de milliers d'hindous sont massacrés, des femmes sont violées en public, mais aussi des hommes et des garçons, que l'on humilie tandis que des personnes sont brûlées vives. 100 000 hindous devront quitter la région de manière permanente des suites de ce que l'Histoire a retenu comme étant les « émeutes de Moplah ».

Durant trois jours de septembre 1924, le petit village de Kohat, dans le nord de ce qui deviendra bientôt le Pakistan, s'embrase : une cinquantaine de musulmans gisent morts sur les chemins de terre, à côté de 155 hindous et sikhs massacrés eux aussi. Des suites de l'incident, le village fut définitivement évacué puis abandonné et 100 000 hindous durent fuir la région pour ne pas être victimes de représailles dans une contrée à majorité musulmane.

Deux ans plus tard, les émeutes de Calcutta, dont l'origine est l'agression par un voleur musulman d'un boutiquier hindou, font plus d'une centaine de morts et plus de 200 blessés. La police montée doit être dépêchée et charge la foule.

 

Le Mahatma Gandhi

Refusant de céder à la violence, qu'elle soit une réponse aux privilèges abusifs des Anglais ou à l'appel à la partition ethnique voulue par des musulmans, Gandhi (1869 - 1948) initie en 1922 le mouvement de désobéissance civile. Des grèves et des marches pacifistes se déclarent dans tout le pays. Parfois, elles sont réprimées dans le sang par des policiers anglais qui songent avant tout à ce que les factories et usines continuent de fonctionner.

En 1930, le succès de la marche du sel et la popularité de Gandhi, mettent à mal des Britanniques qui ont de plus en plus de mal à conserver leur hégémonie. La masse démographique indienne inquiète alors les Britanniques, qui savent ne pouvoir opposer autre chose que la menace et la matraque à une cause dont la justesse mènera à terme à la victoire.

Mohandas Karamchand Gandhi, leader politique, nationaliste indien et guide spirituel, est un des pères de la nation indienne. Né d'une famille fortunée de la caste supérieure des brahmanes, il fit ses études en Angleterre, avant de s'installer comme avocat des communautés indiennes aisées immigrées en Afrique du Sud.

De retour en Inde, il s'engage dans la lutte pour l'indépendance, pour laquelle il passera au total six années en prison. Homme politique de premier plan, il fut le leader du Parti du congrès, la principale force d'opposition à la présence coloniale.

En 1930, il organise la « marche du sel », en protestation contre la spoliation britannique des ressources indiennes. En 1942, il est à l'origine du mouvement de grève et de révolte non-violente « Quit India » (Quittez l'Inde) qui aura une telle portée que les Anglais devront incarcérer près de 100 000 Indiens et interdire la plupart des groupements politiques indépendantistes pour conserver, pour encore quelques années, leur autorité.

Celui que les Indiens surnomment affectueusement « Bapu », Papa, ou encore le Mahatma, la « grande âme », est la personnalité indienne contemporaine la plus célèbre à travers le monde. Son exemple de révolte pacifique et son action déterminée mais non-violente, son application des préceptes de la désobéissance civile et du concept hindou de l'ahimsa, le principe de non-agression envers le vivant, inspirera de nombreuses autres luttes sociales au cours de la fin du 20e siècle, notamment le mouvement pour les droits civiques aux États-Unis.

Gandhi militait aussi pour l’égalité entre les sexes et contre le système des castes, qu'il voyait comme une excroissance pathologique de l'hindouisme authentique. Hindou pratiquant, Gandhi vivait dans son ashram, en suivant des règles d’ascétisme strictes, pratiquant le végétarisme et le jeûne.

Ouvert au dialogue religieux et opposé à l’Intouchabilité, Gandhi n'était pas favorable pour autant à la mixité sociale, religieuse ou ethnique. Pour lui, la base culturelle de l'Inde devait être l'hindouisme, et l'islamisation comme l'occidentalisation du pays étaient autant de dangers qu'il fallait combattre avec respect mais détermination. À de multiples occasions, Gandhi a pu exprimer sa réprobation des mariages interreligieux ainsi que tout lien social qui serait basé sur l’intérêt individuel plutôt que collectif.

L'accusant, en tant que leader politique, de ne pas avoir correctement protégé les minorités hindoues et sikhes du Pakistan, qui furent massacrées par les musulmans durant la partition du pays, un fanatique hindou assassina Gandhi un an après l'Indépendance du pays, en 1948.

Jinnah, à droite et Gandhi, à gauche

Jinnah, à droite et Gandhi, à gauche

La colonisation britannique en Inde

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