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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

L'illumination du BOUDDHA

La pratique du jeûne

Les eaux pures d'une fine rivière arrosaient une contrée riche et fertile. De beaux arbres y poussaient, autour d’heureux villages, et les prairies y abondaient. Siddhartha pensa : « Vraiment, ce lieu est aimable ; il semble inviter à la méditation. Je vais y demeurer, peut-être y trouverai-je la voie de la sagesse. »

Il s’adonna alors à la plus grave contemplation. Il était si attentif à sa pensée, qu’il ne respirait plus. Et, un jour, il tomba même évanoui.

 

Pendant six ans, il resta au bord de la rivière. Il méditait. Il ne s’abritait ni du vent, ni du soleil, ni de la pluie ; il se laissait piquer par les taons, les moustiques et les serpents. Les jeunes hommes et les jeunes filles qui passaient, les pâtres et les bûcherons lui jetaient parfois de la poussière ou de la boue et lui criaient des railleries, mais il ne s’en apercevait de rien.

Il mangeait à peine : un fruit, quelques grains de riz ou de sésame suffisaient à sa nourriture. Il devint très maigre. Ses côtes et ses vertèbres étaient saillantes. Mais, sous son front desséché, ses yeux agrandis brillaient comme des étoiles.

Pourtant, la vraie science ne se manifestait pas à lui. Et il pensa qu’il devenait très faible, et que, si toutes ses forces s’épuisaient, il n’arriverait point à l'objectif qu’il s’était prescrit. Aussi résolut-il de mieux se nourrir désormais.

Près du lieu où il méditait était un village nommé Ourouvilva. Le chef de ce village avait dix filles, qui toutes admiraient le siddha et qui lui apportaient en aumônes quotidiennement quelques grains et quelques fruits. D’ordinaire, il y touchait à peine. Or, un jour, les jeunes filles remarquèrent qu’il avait mangé tout ce qu’elles avaient offert. Le lendemain, elles vinrent avec un grand plat, plein de bouillie de riz et l'ascète le vida entièrement.

Les jours suivant, chacune apporta un mets différent et Siddhartha les mangea tous. Commençant à reprendre des forces, il prit la coutume d’aller au village quêter sa nourriture. Les habitants lui faisaient l’aumône, à l’envi, et il redevint fort et beau.

 

Cependant, depuis six ans qu’il les portait, sa toge s’était fort usés, et il pensa :

« Il serait bon que j’eusse des vêtements neufs ; sinon, j’irai bientôt nu, et je manquerai à la décence. »

Il passait alors près d'un cimetière. Or, la plus pieuse des dix jeunes filles qui, longtemps, l’avaient nourri, Soujâtâ, avait une amie qui venait de mourir. Elle avait enveloppé le corps d’un linceul de toile rougeâtre, et l’avait fait porter au cimetière. Le corps gisait dans la poussière. Siddhartha, qui n'avait plus de ressentiment, l’aperçut, se pencha sur le cadavre, et prit son linceul pour s'en couvrir.

 

Notre héros se promena encore longtemps le long de la rivière. Le soir arriva. Les fleurs se fermaient. Les parfums les plus doux montaient des champs et des jardins... Les oiseaux entonnaient des chansons tranquilles.

C’est alors que Siddhartha marcha vers l’arbre de la science, qui était situé au milieu de la campagne verdoyante.

La route était sablée d’or ; des palmiers précieux, couverts de pierreries, la bordaient. Il longea un étang dont les eaux répandaient les plus aimables senteurs ; des lotus blancs, des lotus jaunes, des lotus bleus, des lotus rouges s’y épanouissaient, et des cygnes mélodieux y chantaient des chansons pures. Près de l’étang, sous les palmiers, dansaient des nymphes, et dans le ciel, les dieux admiraient Siddhartha.

Il approchait de l’arbre, puis il s’assit, les jambes croisées, le buste droit, le visage vers l’orient, et il dit d’une voix ferme :

« Dût ma peau se dessécher, dût ma chair se flétrir, dussent mes os se dissoudre, tant que je n’aurai pas pénétré la science suprême, je ne bougerai pas de ce siège. »

Arbre Panchavati - Gretz, centre védantique Ramakrishna

La bataille contre Mara

La lumière qu’émettait le corps du héros rayonnait jusqu’à Mâra, le dieu-magicien qui est le créateur et le gardien de la réalité. Mâra en fut tout ébloui, et il lui sembla qu’une voix disait :

« Le héros qui a abandonné la royauté, est assis sous l’arbre de la science. Il concentre tout son esprit, il tente l’effort suprême, et bientôt il apportera aux créatures le secours dont elles ont besoin. Par la voie où il aura passé passeront les autres. Délivré, il délivrera les autres. Apaisé, il apaisera les autres. Il entrera dans le nirvâna, et il y fera entrer les autres. Il obtiendra la sagesse et le bonheur et il les donnera aux autres. Par lui, Indrapura la ville des Dieux sera pleine ! Par lui, l'empire d'illusion de Maya sera vide ! Et toi, Mâra, chef sans armée, roi sans sujets, tu ne sauras où te réfugier. »

Mâra l’illusionniste responsable de nos perceptions, fut alors agité d’une grande inquiétude. Enfin, il se décida à agir contre Siddhartha.

L’armée de Mâra était terrible à regarder. Elle était toute hérissée de piques, de flèches et d’épées. Dépassait d'elle d’énormes haches et de lourdes massues. Les soldats avaient des figures effroyables. Ils étaient noirs, bleus, jaunes, rouges. Leurs yeux lançaient des flammes lugubres ; leurs bouches vomissaient des flots de sang. Certains avaient des oreilles de bouc, d’autres des oreilles de porc, d’autres des oreilles d’éléphant. Quelques-uns avaient le corps en forme de barrique. Celui-ci avait les pattes d’un tigre, le dos d’un chameau et la tête d’un âne ; celui-là avait la crinière d’un lion, la corne d’un rhinocéros et la queue d’un singe. Les êtres à deux, quatre et cinq têtes ne manquaient pas, ceux à dix, douze et vingt bras non plus.

Le plus cruel semblait être qu'ils portaient d’horribles parures à leur coup : des doigts d’homme dont la chair était toute sèche, des mâchoires, des crânes. Ils allaient ainsi en secouant leurs chevelures et leur parures, avec des rires féroces et des cris affreux !

 

Avant de l’attaquer, Mâra voulut effrayer Siddhatha. Il suscita contre lui la colère des Vents. De l’horizon, accoururent des Tempêtes farouches. Elles déracinaient les arbres, elles dévastaient les villages, elles ébranlaient les montagnes. Mais Siddhatha resta immobile et pas un pli de sa toge ne bougea.

Mara appela les Pluies. Elles tombèrent, formidables. La terre fut déchirée, et des villes furent englouties en quelques instants. Siddhartha resta pourtant immobile et pas un fil de sa robe ne fut mouillé.

Mara lança des rochers contre le héros. Les rocs traversaient l’air, mais, en approchant de l’arbre, ils changeaient de nature : ce n’étaient pas des rocs, mais des fleurs qui tombaient sur la tête de celui qui devenait Bouddha.

 

Mâra alors ordonna à ses troupes de lui jeter toutes leurs flèches. T comme pour les rochers, les flèches aussi, devinrent des fleurs. L’armée se rua ensuite contre le héros et les centaines de milliers de soldats célestes descendirent sur la Terre pour le fracasser, mais la lumière qui émanait de lui le protégeait comme un bouclier et les épées s’y brisaient, les haches s’y ébréchaient, puis, tombé au sol, les armes se changeait aussitôt en fleur.

Pris de terreur à la vue des ces miracles, les soldats de Mara s’enfuirent.

Alors une voix sortit du sol: « je suis la Terre !»

Mâra resta muet d’étonnement. La voix continua :

« Oui, moi, la Terre, moi, la mère des êtres, je témoigne pour le Bouddha. Cent fois, mille fois, au cours des existences antérieures, pour d’autres il a donné ses mains, il a donné ses yeux, il a donné sa tête, il a donné tout son corps. Au cours de cette existence-ci, qui sera la dernière, il abolira la vieillesse, la maladie et la mort. »

Et le sorcier Mâra, comprenant que le prince Siddhartha Gotama était un avatar de l'être cosmique, pleura d’avoir été une nouvelle fois vaincu par celui-ci.

 

l’Illumination

Quand s’est enfuit l’armée de Mara, le soleil pointait à l’horizon. Rien n’avait troublé la méditation du héros, et, pendant la première veille de la nuit, il parvint à la connaissance de tout ce qui s’était passé dans les existences antérieures. Pendant la seconde veille, il connut l’état présent de toutes les créatures. Pendant la troisième, il comprit les causes et les effets de tout ce qui est.

D’un œil pur, il voyait maintenant les êtres toujours renaissants ; de bonne ou de mauvaise caste, qu’ils fussent dans la bonne ou la mauvaise voie, ils allaient par les existences, au gré de leurs œuvres. Et le héros pensait :

« Qu’il est misérable, ce monde qui naît, vieillit et meurt, puis renaît pour vieillir et pour mourir encore ! Et dont on ne connaît pas le moyen d’en sortir ! »

Et, dans un grand recueillement, il se dit :

« Quelle est la cause de la vieillesse et de la mort ? C’est parce qu’il y a naissance qu’il y a vieillesse et mort. La vieillesse et la mort ont pour cause la naissance. Quelle est la cause de la naissance ? C’est parce qu’il y a existence qu’il y a naissance. La naissance a pour cause l’existence. Quelle est la cause de l’existence ? C’est parce qu’il y attachement qu’il y a existence. L’existence a pour cause l’attachement. Quelle est la cause de l’attachement ? C’est parce qu’il y a désir qu’il y a attachement. L’attachement a pour cause le désir. Quelle est la cause du désir ? C’est parce qu’il y a sensation qu’il y a désir. Le désir a pour cause la sensation. Quelle est la cause de la sensation ? C’est parce qu’il y a contact qu’il y a sensation. La sensation a pour cause le contact. Quelle est la cause du contact ? C’est parce qu’il y a six sens qu’il y a contact. Le contact a pour cause les six sens. Quelle est la cause des six sens ? C’est parce qu’il y a nom et forme qu’il y a six sens. Les six sens ont pour cause le nom et la forme. Quelle est la cause du nom et de la forme ? C’est parce qu’il y a connaissance qu’il y a nom et forme. Le nom et la forme ont pour cause la connaissance. Quelle est la cause de la connaissance ? C’est parce qu’il y a impression qu’il y a connaissance. La connaissance a pour cause l’impression. Quelle est la cause de l’impression ? C’est parce qu’il y a ignorance qu’il y a impression. L’impression a pour cause l’ignorance. »

Il réfléchit encore.

« Donc, à l’origine de la mort, de la vieillesse, de la douleur, du désespoir il y a l’ignorance. Qu’on supprime l’ignorance, on supprime le ressentiment. Qu’on supprime le ressentiment, on supprime la connaissance. Qu’on supprime la connaissance, on supprime le nom et la forme. Qu’on supprime le nom et la forme, on supprime les six sens. Qu’on supprime les six sens, on supprime le contact. Qu’on supprime le contact, on supprime la sensation. Qu’on supprime la sensation, on supprime le désir. Qu’on supprime le désir, on supprime l’attachement. Qu’on supprime l’attachement, on supprime l’existence. Qu’on supprime l’existence, on supprime la naissance. Qu’on supprime la naissance, on supprime la vieillesse et la mort. Toute existence est douleur. Le désir mène de naissance en naissance, de douleur en douleur. En tuant le désir, on empêche la naissance, on empêche la douleur. Par une vie pure, on tue le désir, et l’on ne subit plus ni naissance ni douleur. »

Quand vint l’aurore, Siddhartha Gotama, le meilleur des hommes était un Bouddha. Il s’écria :

« J’ai eu d’innombrables naissances. Je cherchais, toujours vainement, le constructeur de la maison. Ah, qu’il est douloureux de renaître sans cesse ! Ô constructeur de la maison, voici que tu es découvert. Tu ne construis plus de maison. Les liens sont brisés qui rattachaient tes murs. La vieille clôture est rompue ; l’antique montagne s’effondre ; mon esprit touche le nirvâna ; la naissance n’est plus, car le désir n’est plus. »

La terre trembla douze fois ; le monde semblait une grande fleur prête à éclore.

Pourtant, le Bouddha ne bougeait pas. Il resta sous l’arbre, les jambes croisées. Il goûtait le bonheur d’avoir atteint la science parfaite. Il pensait : « Je suis délivré. » Toute une semaine, il fut immobile sous l’arbre de la science.

La seconde semaine, il fit une longue promenade intérieure et il parcourut les trois mondes.

La troisième semaine, il demeura de nouveau sous l’arbre de la science, et, pas une fois, ses yeux ne clignèrent.

La quatrième semaine, en volant, il fit une courte promenade de la mer d’orient à la mer d’occident.

La cinquième semaine, le Bienheureux resta sous l’arbre. Mais, tout à coup, il souffla un vent froid et tomba une pluie glaciale. Alors Vasuki, le roi des serpents, se dit : « Il ne faut pas que le Bouddha souffre de la pluie ni du froid. » De ses anneaux, il entoura sept fois le Bouddha, et il l’abrita de sa crête ; le Bouddha put ainsi passer sans souffrance ces jours de mauvais temps.

La sixième semaine, il alla près d’un figuier où, souvent, se réunissaient des chevriers.

La septième semaine, il demeura sous l’arbre de la science.

 

Le premier prêche à Sarnath

Le Bouddha se demandait qui, parmi les hommes, serait digne d’entendre, le premier, la parole de salut.

« Quel est, se disait-il, quel est l’homme pur, intelligent, actif, à qui je pourrai d’abord enseigner la loi ? Il faut qu’il n’ait pas de haine, qu’il n’ait point l’esprit troublé, et qu’il ne veuille point garder la science comme un impénétrable secret. »

Tandis qu'il pensait il marcha vers Varanasi, la capitale du royaume de Kashi. Il parcourut la ville en demandant l’aumône et mangea ce qu’on lui donnait, puis il alla vers le Parc aux gazelles, à Sarnath, quelques kilomètres en dehors de la ville, au cœur d'un bois favorisant la retraite yogique.

Quand le Bouddha se fut assis au milieu des autres yogis et qu’il se fut lavé les pieds, il dit aux ascètes :

« Je ne suis pas votre ami, ô moines. Je suis le Saint, le Parfait, le suprême Bouddha. Ouvrez l’oreille, ô moines ; la voie est trouvée qui mène à la délivrance. Je vous montrerai la voie, je vous enseignerai la loi. Si vous m’écoutez, vous saurez la vérité sainte. »

Voyant qu'on l'écoutait, il poursuivit :

« Il y a deux extrêmes dont il faut que vous vous éloignez : il ne faut ni s'adonner aux plaisirs, ni aux mortifications et aux privations.Certains vivent parmi les fêtes et ne cherchent que la jouissance, ceux-là sont méprisables et leur conduite est ignoble et vaine, indigne de qui veut arriver connaître la vérité.

D'autres s’adonnent aux mortifications ; il n’est rien dont ils ne se privent ; leur conduite est triste et vaine ; elle est tout aussi indigne de qui veut accéder à la vérité. De ces deux extrêmes, ô moines, dont je me tiens éloigné, j'ai découvert la voie du milieu. En la suivant, on va vers la lumière qui éclaire les yeux et l’esprit, et on parvient au repos, à la science, au bonheur.

Je vous dirai, ô moines, la vérité sur la douleur. Douleur est la naissance, douleur la vieillesse, douleur la maladie, douleur la mort. Vous êtes unis avec ce que vous n’aimez pas : douleur ; vous êtes séparés d’avec ce que vous aimez : douleur ; vous n’obtenez pas l’objet de votre désir : douleur. S’attacher au corps, aux sensations, aux formes, aux impressions, à la connaissance : douleur, douleur, douleur.

Je vous dirai, ô moines, la vérité sur l’origine de la douleur. La soif d’exister conduit de renaissance en renaissance ; le plaisir et la convoitise l’accompagnent. La convoitise n’est satisfaite que par la puissance. La soif de puissance, la soif de plaisir, la soif d’existence : voilà, ô moines, l’origine de la douleur.

Je vous dirai, ô moines, la vérité sur la suppression de la douleur. Éteignez votre soif par l’anéantissement du désir. Bannissez le désir. Renoncez au désir. Délivrez-vous du désir. Ignorez ce qu’est le désir. Je vous dirai, ô moines, la vérité sur la voie qui mène à l’abolition de la douleur. C’est la voie sacrée, la voie aux huit branches : foi pure, volonté pure, parole pure, action pure, conduite pure, aspiration pure, mémoire pure, méditation pure. Grâce à moi, ô moines, vous saurez la vérité sainte sur la douleur : personne, avant moi, ne l’avait aperçue ; mes yeux se sont ouverts, et à moi s’est découverte la douleur. La vérité sur la douleur, je l’ai comprise : il faut que vous la compreniez, ô moines. »

Et les ascètes attroupés écoutaient avec ravissement la parole du Bouddha.

Le sermon de Sarnath

 

L'illumination du BOUDDHA
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