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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

La GIGANTOMACHIE indienne (Dévas contre asuras)

Il y a deux natures parmi les vivants, celle qui est divine, et celle des Asuras. [...] L’hypocrisie, l’orgueil, la vanité, la colère, la dureté de langage, l’ignorance, tels sont les signes de celui qui est né dans la condition des asuras.

Bhagavad Gita, 16

Dévas contre asura : la gigantomachie indienne

L'origine des asuras

« Au plus haut des cieux, dans le paradis de Vishnou appelé le Vaikunta, les quadruplés Kumaras passaient rendre hommage à leur gourou, l'être cosmique qui résidait en ce lieu. Cependant, les deux gardiens du Vaikunta, Jaya, la Victoire et Vijaya, le Succès, leur refusèrent l'entrée. Ces monstres infaillibles, chargés par Vishnou de défendre son domaine de toute incursion étrangère à sa propre nature, arguèrent que ces enfants n'étaient pas assez matures pour être conscients de la véritable nature de Vishnou, ni assez âgés pour prétendre jouir des plaisirs accessibles dans le Vaikunta.

Les Kumaras leur répondirent en chœur qu'ils n'étaient là que pour saluer Vishnou sous la forme de Krishna et lui rendre visite dans les prairies de Goloka, la planète des vaches. Aussi, dirent-ils à Jaya et Vijaya qu'ils étaient fils de Brahma et qu'ils n'étaient donc animés d'aucune hostile intention. Mais les deux monstres ne fléchirent pas, et c'est avec la plus grande fermeté qu'ils leur barrèrent le passage.

C'est alors que les Kumaras, qui possédaient de leur père le pouvoir de créer la vie et d'influencer le destin par le verbe, maudirent les deux monstres du Paradis en leur garantissant que dans une prochaine vie, ils connaîtraient les tourments de la vie sur Terre et des affres de la matérialité, pour avoir osé mépriser ce qui est jeune, innocent et plein d'espoir.

Enfin, après avoir fait la démonstration de leur sagesse à travers l'univers, les Kumaras furent accueillis lors de leur prochain passage à Vaikunta par Vishnou lui-même, qui leur permit dès lors de le visiter comme bon leur semblait ainsi que d'habiter en lui et en Vaikunta aussi souvent qu'ils le souhaiteraient.

Cependant, la malédiction avait été jetée et devait donc se réaliser. Vishnou, qui possédait bien sûr le don de clairvoyance, n'eut donc aucune objection à ce que ses deux gardiens Jaya et Vijaya, une fois leur existence arrivée à son terme, ne soient pas réincarnés en Vaikunta mais sur Terre afin de purger leur peine.

Alors qu'au ciel Vishnou et les Kumaras échafaudaient ensemble le plan divin qui donnerait une leçon à Jaya et Vijaya, et à travers eux à l'humanité tout entière ainsi qu'au dévas, sur Terre, l'infatigable pénitent Kashyapa, en être vertueux, se retirait tous les soirs dans un lieu solitaire pour se livrer à la prière et à la contemplation.

Outre Aditi, et Vak, le prajapati Kashyapa avait eu aussi Viniata pour femme. Viniata était la mère de tous les oiseaux qui peuplaient le ciel de toutes les planètes de l'univers. De son union avec Kashyapa étaient nés Garouda et Arouna.

Garouda, l'homme-oiseau, fut offert à Vishnou qui s'en servit dès lors comme monture pour parcourir les univers. Satisfait de ses services, Vishnou chargea Garouda de chasser les serpents nagas qui peuplent les dimensions les plus basses de l'existence et dont le royaume se trouve à Mahatala, le cinquième monde souterrain. Craint de tout ce qui rampe, espéré de tous ceux qui respectent le Dharma, Garouda est depuis l'oiseau de vérité dont le vol indique la direction que doivent prendre les prières des sages.

Quant à Arouna, Kashyapa le confia à son demi-frère Surya afin qu'il soit pour lui l'aurige de son char céleste.

Cependant, Kashyapa, qui aimait beaucoup les femmes, ne fut pas toujours aussi heureux avec sa descendance. C'est ainsi que pour le malheur de l'humanité, il rencontra un jour Diti, la déesse de la Matière. Malgré ses airs tristes, Diti sut séduire Kashyapa, et elle prit sa place dans le cœur du rishi à la suite d'Aditi, la déesse de la Lumière et de Viniata. Ceci dit, Kashyapa menait une vie d'ascétisme le plus fanatique ; ses trois femmes se partageaient la couche d'une simple cabane en bois.

Satisfaites car le prajapati leur avait donné de beaux enfants, Aditi et Viniata ne se plaignaient point, mais ce n'était pas le cas de Diti dont les espoirs d'être mère s'amenuisaient de jour en jour.

Un jour, Diti le suivit dans cette solitude pour lui faire part du chagrin qu’elle ressentait de se voir sans postérité. Lorsqu’ils se trouvèrent tous les deux sans témoins, elle lui tint ce langage :

« Voilà déjà longtemps que je vous ai pour époux mais j’ai la douleur de n’avoir pas encore mis d'enfants au monde. Vous savez bien qu’une femme stérile est partout regardée avec mépris ; délivrez-moi donc de cet opprobre en me donnant des enfants. »

Pour se délivrer des sollicitations importunes de sa femme, Kashyapa lui répondit qu’il tâcherait de satisfaire ses désirs mais que pour cela, il n'était pas bon qu'il choisisse un temps et un lieu destinés à la contemplation. Il la renvoya donc à leur foyer en lui promettant de s’occuper plus tard de ses ardents désirs.

Cependant Kashyapa ne parvint pas à éluder la demande de sa femme ni même à fuir en quelque lieu plus reculé encore pour se soustraire à ses poursuites. Enfin, elle le saisit par la toge et exigea qu'à l’instant même il satisfît ses désirs et mît un terme à sa douleur.

Kashyapa, Rishi Céleste, savait bien des choses grâce à son don de clairvoyance, mais aussi parce qu'il était lui-même l'un des créateurs de la vie dans l'univers ; ce n'était pas sans raison qu'il avait souhaité se défiler de ses devoirs envers Diti. Kashyapa savait en effet qu’elles devaient être leurs suites funestes puisque sa femme était condamnée à ne mettre au monde que des Assura, des fils de la Matière, des géants brutaux, parfois démoniaques, toujours orgueilleux et à jamais dépourvus de ce qui rendaient les dieux, leurs demi-frères, doux et magnanimes.

Kashyapa, la divinité céleste qui incarne la Conscience Créatrice, s'adressa alors à sa femme Diti, la Mère de la Matière et lui dit :

« Malgré tout ce que je t'ai enseigné jusqu’à présent sur le contrôle de soi, tu n'es toujours pas capable de te restreindre. Peut-être que si je t'avoue que tu es condamnée à ne mettre au monde que des monstres, serais-tu plus touchée ? Renonce donc à ta postérité car des malheurs en dépendent ! »

Diti n’écouta cependant pas son mari mais seulement sa passion. Elle ne varia pas sa demande et exigea qu’elle fût satisfaite à l'instant même. Kashyapa dut alors se résoudre à satisfaire ses désirs. Diti conçut et mit au monde deux jumeaux qui furent bien entendu des monstres. Il s'agissait de Hiranyaksha, l’Avarice et de Hiranyakashipu, la Cupidité, deux démons qui n'étaient autres que les réincarnations de Jaya, la Victoire et Vijaya, le Succès, les deux gardiens du Vaikuntha auxquels les fils rebelles de Brahma, les quatre jumeaux Kumaras, avaient infligé une malédiction. » Récit inspiré du Bhagavata Purana (trad Burnouf).

 

Narasimha contre Hiranyakashipu

« À peine furent-ils nés que l'Avarice et le Luxe jetèrent partout l’épouvante. Ennemis des dieux comme des hommes, les garnements firent la guerre à chacun. En vérité, ils n'étaient nés et ne vivaient que pour faire du mal à l'humanité, persécuter et blasphémer les dieux.

L’aîné de ces deux monstres était Hiranyaksha, « Œil d'or », le démon de l'Avarice. De lui naquirent tous les autres démons asuras qui infestèrent bientôt l'univers. Le plus jeune s'appelait Hiranyakashipu, ce qui veut dire « coussin d'or » : il devint le démon du Luxe et de la Vanité.

Peu de temps après leur naissance, l'Avarice et la Cupidité s'en allèrent trouver Brahma, lui rendirent leurs hommages, et après lui avoir prodigué toute sorte de louanges douces comme le nectar, ils lui annoncèrent qu’ils étaient venus le voir pour solliciter de lui une grâce. Brahma, charmé des éloges qu’il venait d'entendre leur répondit qu’il était prêt à leur accorder tout ce qu’ils pouvaient souhaiter. « Rendez-nous immortels, lui demandèrent alors les asuras, puisque rien n’est au-dessus de ton pouvoir, ô Brahma !

_ Cela très exactement, je ne peux pas vous le donner, leur avoua le Père des créatures célestes, mais vous aurez au moins en partie ce que vous désirez, continua-t-il, car je vous bénis d'un sort divin : ni les dieux ni les hommes ne pourront vous mettre à mort... Plus encore, vous ne mourrez ni sur terre, ni de jour, ni de nuit ! »

Les frères, fiers de la grâce qu’ils venaient d’obtenir, ne firent qu’augmenter leur tyrannie. Ils inondèrent la terre de sang et de carnage, ils n’épargnèrent ni les dieux ni les sages les plus saints qui, même à l’abri dans des grottes reculées des montagnes, ne connaissaient plus la sérénité.

Touché des maux qu’avaient à endurer les dieux et les hommes, Vishnou voulut y remédier. Mais comme il savait que les frères démoniaques ne pouvaient être mis à mort ni par les dieux ni par les hommes, il décida, afin d'en venir à bout, de s'incarner en Narasima, une créature hybride et monstrueuse, mi-homme mi-lion dont la gueule vomirait des flammes ainsi que d’horribles rugissements et dont l'allure inspirerait la terreur.

Hiranyakashipu avait un fils nommé Pohilada, qui était aussi vertueux que son père était méchant. Pohilada était un fervent dévot de Vishnou ; il chantait sans cesse le nom de Krishna, son glorieux avatar. Un soir, indigné de la dévotion de son fils, le père se mit en colère. Alors que la lune se levait tout juste, il lui dit : « Qu’est-ce donc que ce Krishna dont tu ne cesses de dire du bien ? Sais-tu seulement où il habite et quelles sont sa famille et sa profession ?

- Ce Krishna dont vous parlez avec mépris, répondit Pohilada, c'est l’Être-Suprême ; il est partout et vit en toute chose ! 

- Balivernes ! répartit l’assura, Krishna, n’est qu’un pêcheur et un menteur ! Tout le monde sait bien qu'il fut élevé dans la maison du vacher Nanda Baba ! » Puis il ajouta d'un ton sarcastique : « Mais dis-moi, puisque tu es un de ses admirateurs, tu dois savoir où il réside à présent ce Krishna ! Montre-le-moi donc, que je l’immole sur-le-champ ! 

- Père, Cesse de blasphémer le divin nom de Krishna ! Je te le redis, Krishna est le maître du monde, c'est l’Être-Suprême, et même si nous ne le voyons pas, il est en vérité partout autour de nous !

- Puisqu’il est partout, il sera sans doute aussi dans cette branche ! », hurla de fureur Hiranyakashipu qui s'était saisi d'une bûche qu'il fracassa entre ses mains.

Les dernier rayons du soleil chatouillaient la Lune, ce n'était ni le jour, ni encore la nuit. C'est alors que sortit du bout de bois brisé Vishnou, sous la forme de Narasimha, « l'homme-lion ». Sachant que le géant ne pouvait être mis à mort sur la terre, la créature mi-féline mi-humaine le saisit et le jeta en l’air puis le récupéra en l'écrasant sur sa cuisse pour le déchirer en plusieurs pièces et délivrer par là même la Terre de la calamité du luxe et du confort superflu. » Récit inspiré du Bhagavata Purana.

 

Le nain Vamana et Bali

Le sage Prahlada, le fils d'Hiranyakashipu devint à son tour roi des assuras. Il eut un fils qui lui-même eut un fils, nommé Bali. Il fut élevé dans la vertu et la dévotion jusqu'au jour où il succéda à son grand-père. D'abord, son règne fut caractérisé par la paix et la prospérité et il étendit son royaume, prenant le monde entier sous sa main bienveillante. Il conquit même l'enfer du Naraka et arriva aux portes du Svarga, la demeure d'Indra et des autres dieux.

Afin d'agrandir encore son royaume, Bali effectua le sacrifice du cheval (ashvameda), qui consiste à laisser un cheval errer à sa guise et ainsi, par ses mouvements, délimiter le royaume. À la fin du rituel, le cheval était sacrifié par le Feu considéré comme le plus sacré des sacrifices. Cependant, Indra, au nom des dieux et de leur sauvegarde, fit de même, et les deux personnages renchérirent l'un sur l'autre des milliers d'années durant sans que l'un d'eux ne pût prétendre avoir fait un sacrifice de plus que l'autre ni donc prétendre à la souveraineté sur le domaine du Svarga.

Cependant, dans un souci de maintenir la balance entre le bien et le mal alors absents de l'univers, durant le sacrifice de Pouroucha, du pouce de la main droite de Brahma, surgit un mystérieux rishi nommé Daksha. Celui-ci eut de nombreux fils avant d'avoir de nombreuses filles.

Ses fils furent nommés les Danavas car ils avaient été engendrés de son union avec Danu, la déesse de l'océan du chaos. Aussi puissants que les Dévas, aussi honnêtes que leurs cousins célestes, les Danavas furent d'abord la gloire de la Création. Mais alors que Bali gagnait en pouvoir, ils trahirent les dévas et s'unirent au roi des assouras pour causer leur perte.

Kashiapa, attristé de voir sa descendance les assouras se comporter aussi mal, retourna visiter sa première femme Aditi, espérant voir de leur union émerger un nouvel espoir pour les dévas, qui étaient de tous ses fils ceux qu'ils chérissaient le plus car leur rôle à chacun était essentiel à la subsistance de l'univers. C'est alors que Vishnou, qui avait favorisé la puissance de Bali dans le simple dessin de donner une leçon d'humilité au roi des dieux, s'incarna sous la forme du nain Vamana, le dernier fils d'Aditi et Kashiapa. Puis il s'en alla trouver le roi Bali afin de ne lui adresser qu'une seule requête : que le roi lui donnât autant de terres qu'il pouvait parcourir en trois pas afin qu'il puisse travailler à sa subsistance et vivre en ascète

Malgré les mises en garde de ses conseillers qui auguraient là une mauvaise affaire, Bali, jusqu'alors maître des deux mondes inférieurs, le Patala souterrain et la Terre, fut amusé par le nain dont il accepta le marché car il avait bon cœur et considérait en très haute estime ceux qui dédiaient leur vie à Vishnou.

À la stupéfaction générale, Vamana grandit soudainement dans d'immenses proportions. De son premier pas il traversa toute la Terre et l'Enfer, et de son deuxième pas il traversa le domaine céleste du Svarga, prenant ainsi possession de l'univers.

La Terre sous ses pieds et le ciel en guise de couronne, le nain souriait alors de toutes ses dents, heureux de pouvoir mesurer la terre, le ciel et les enfers en seulement trois pas.

C'est alors que les dieux, un par un, selon l'importance du rite védique qui leur était attribué, jetèrent au pied du maître de l'univers, les étoiles qui scintillaient dans le vaste ciel, semblables à des fleurs au pollen évanescent.

Acceptant sa défaite et voyant que Vamana n'avait plus de place pour son dernier pas, Bali proposa humblement d'offrir sa propre tête comme dernière étape au nain qu'il savait être Vishnou, car seul Vishnou pouvait montrer une puissance supérieure à celle d'Indra associée à une intelligence sans faille.

Cependant, Indra, furieux de se voir sans cesse disputer son autorité sur le Svarga, profita de l’inattention de son adversaire et le foudroya de son vajra, le forçant ainsi à rejoindre l'enfer du Naraka et à en faire sa dernière demeure. Impressionné par sa foi et sa fidélité à toute épreuve, Vishnou bénit tout de même Bali et lui confia les clés du Sutala, le troisième monde inférieur et souterrain, qui compose le premier des enfers.

Ainsi, grâce à son amour de Vishnou, Bali connut la Moksha après sa mort, c'est à dire la libération de son âme. Depuis, libre d'un corps qui n'est plus, Bali rend visite en ami et aussi souvent qu'il le désire à Vishnou, en son domaine céleste du Vaikunta. De son corps transpercé des éclairs lancés par Indra, naquirent les pierres précieuses : ses yeux devinrent des saphirs, son sang des rubis, sa chair du cristal, ses os des émeraudes, sa langue du corail et ses dents des perles de nacre.

Quant aux Danavas, les fils rebelles de Daksha et Danu, ancêtres des créatures fourbes et maléfiques qui peuplent depuis l'univers, les dévas les rejetèrent au plus profond de la Terre, dans des cavernes où le soleil lui-même ne leur rend jamais visite. Là, ils attendent dans la peur la fin du monde et le déluge qui les feront retourner à l'océan initial dont ils sont originaires.

La GIGANTOMACHIE indienne (Dévas contre asuras)

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